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Article publié dans la revue LAVE N°154

POMPEI avant l'éruption du VESUVE

En 79 après Jésus-Christ : tout un art de vivre !

Sylvie Chéreau

1.  Une partie de Pompéi. A l'arrière-plan, le Vésuve
© Sylvie et Daniel Chéreau

Un voyage facile dans le temps et dans l'espace

        Pénétrer, en ce moment, dans les salles du musée Maillol, rue de Grenelle, à deux pas du métro du Bac, c'est un peu comme se transporter instantanément sur les pentes du Vésuve qui surplombe l'admirable baie de Naples et déambuler dans les ruelles des antiques cités vésuviennes sous un soleil de plomb. L'exposition «Pompéi - Un art de vivre» offre l'occasion, jusqu'au 12 février 2012 d'être invité dans la demeure d'un Pompéien aisé, peu de temps avant le cataclysme de 79, il y a presque vingt siècles.

L'éruption du Vésuve en 79

        En 62, un violent tremblement de terre avait déjà causé d'importants dégâts dans les cités des environs du Vésuve, à Pompéi plus qu'ailleurs. Cette ville de 20 000 habitants était donc encore en reconstruction en cet été 79. Des signes avant-coureurs avaient provoqué l'inquiétude chez certains qui se décidèrent à quitter les lieux à temps. Près de 2 000 personnes sont cependant encore là quand, vers une heure de l'après-midi le 24 août, apparaît dans le ciel «un nuage hors du commun» dont «aucun arbre, mieux que le pin, ne pourrait en évoquer l'aspect et la forme» comme l'écrit Pline le Jeune, témoin de l'éruption depuis Misène, dans une de ses lettres à Tacite.

Une éruption volcanique au service de l'archéologie moderne

        Pompéi, Herculanum et d'autres cités voisines, brutalement figées puis enfouies sous une épaisse couche de matériaux volcaniques (cendres, ponces, boue...) vont rester à l'abri des hommes pendant des siècles. Ainsi naturellement conservés et protégés, les impressionnants vestiges offrent encore aujourd'hui, malgré bien des offenses, un panorama complet et vivant de la société et de la vie quotidienne à un moment précis de l'Antiquité. Vision à laquelle s'ajoute l'émotion provoquée par les moulages des empreintes des corps - résultat de la technique mise au point par Giuseppe Fiorelli en 1860 - retrouvés tels qu'ils étaient au moment du déferlement pyroclastique.

        Au moment de leur destruction, Pompéi et ses voisines étaient des villes qui avaient derrière elles plusieurs siècles d'existence mais, situées en Campanie, elles étaient provinciales et, somme toute, ordinaires. C'est justement ce caractère-là qui fait d'elles des exemples représentatifs et uniques de la civilisation romaine.

        Dès 1738 pour Herculanum et 1748 pour Pompéi, les archéologues reconstituent peu à peu ce que fut la maison telle que la concevaient les Romains, surtout à la fin de l'époque républicaine et au début de l'Empire. Les habitations de Pompéi, Herculanum, Oplontis et Stabies offrent des merveilles, notamment des fresques et des mosaïques d'une beauté fascinante mais aussi de nombreux objets de la vie courante.

Une demeure pompéienne reconstituée pour évoquer la vie quotidienne

        Ce qui est d'autant plus intéressant dans l'exposition parisienne, c'est qu'on montre quelque chose de rare. Si les routes et les monuments publics de l'Empire romain comme les théâtres, amphithéâtres, thermes, temples, aqueducs sont nombreux et souvent bien conservés, il n'en va pas de même des résidences privées.

        La scénographie d'Hubert Le Gall prend le parti d'entraîner le visiteur à l'intérieur d'une domus pompeiana (demeure pompéienne) dont on visite différentes pièces : atrium, triclinium, culina, balneum ... sans oublier le jardin. La modernité et le raffinement de ce type d'habitation laissent penser que la vie devait être bien douce pour les habitants les plus fortunés.

        Bien sûr, les nombreux objets de la vie quotidienne exposés ne proviennent pas d'une seule maison mais de plusieurs, comme celles du Cithariste, de Fabius Rufus, de Julius Polybius et d'autres encore. Pour bâtir cette exposition, les organisateurs ont puisé dans les réserves du site archéologique lui-même, mais surtout parmi les richesses du Musée Archéologique de Naples.

        On ne découvre d'ailleurs pas seulement des ustensiles de cuisine, des instruments de pesée (à noter des poids pour balance en basalte), des bijoux, des lampes, des encriers, des fioles à onguent, etc... mais aussi des objets appartenant au domaine de l'érotisme.

2.  A gauche: moulage d'un chien enchaîné cherchant désespérément à se libérer pendant son agonie lors de l'éruption volcanique.
Plâtre, os et bronze.
H.60 L.60 l.60 cm.
Fouilles de Pompéi, réserves archéologiques.

3.  Au milieu: Priape, dieu protecteur des potagers et des jardins, véritable rempart contre les forces du mal. Grâce à son phallus démesuré, il avait le pouvoir d'éloigner le mauvais oeil. Ier siècle après J-C., marbre de Carrare, H. 99 cm. Fouilles de Pompéi, réserves archéologiques. Exposition au Musée Maillol, Paris, jusqu'au 12 février 2011.
© Soptintendenza Speciale per i Beni. Archeologici di Napolli e Pompéi/Fotografica Foglia.

4.  A droite : la rue du Faune
© Sylvie et Daniel Chéreau

Pompéi, cité des plaisirs et de la volupté ?

        Les premiers archéologues, au VIIIème siècle, eurent ainsi la surprise de découvrir de multiples phallus de taille disproportionnée parfois pourvus d'ailes, de clochettes... mais aussi des fresques évocatrices de pratiques érotiques parfois échevelées que l'on s'empressa d'ôter aux yeux du public en les remisant dans un «cabinet secret» du musée archéologique de Naples seulement accessible, jusqu'à il y a peu, à quelques privilégiés.

        Les représentations phalliques, qu'il faut replacer dans le contexte de la société romaine de l'époque avec ses conceptions de la vie et du monde, ses croyances aussi, n'ont rien d'obscène mais sont au contraire un appel à leur force magique, capable de protéger la maison en éloignant les esprits du mal. Ces sculptures, fresques ou objets sont, en plus, d'une grande finesse et de véritables oeuvres d'art...

Fascination pour un monde disparu mais toujours influent

        Le public qui se presse au musée Maillol pour admirer l'art de vivre des habitants de Pompéi est de tous âges : de jeunes enfants accompagnés de leurs parents ou grands-parents font partie des visiteurs émerveillés par cette leçon d'histoire antique dispensée de façon si vivante.

        Beaucoup de monde donc pour cette exposition et c'est un peu la limite du genre : on a aussi chaud que par une journée de plein été en Campanie et on peine autant à avancer que dans les ruelles pavées de Pompéi encombrées de touristes épuisés. Mais rien d'étonnant à cela quand on sait la fascination qu'exercent ces vestiges sur les artistes et le grand public en général, depuis qu'on les a vraiment redécouverts au milieu du XVIIIème siècle.

Quel avenir pour Pompéi et les cités vésuviennes ?

        Cette exposition est justement là pour rappeler la grande fragilité du site de Pompéi qui compte 44 hectares fouillés — mais beaucoup d'autres encore inexplorés faute de subsides — et accueille plus de 2,5 millions de visiteurs par an. Elle sensibilise aussi le grand public à la question cruciale de la conservation de ces cités antiques inscrites au patrimoine mondial de la culture de l'UNESCO. Fin 2010, des pluies torrentielles associées à des restaurations maladroites voire catastrophiques (notamment dans les années 50) et un manque d'entretien chronique provoquent l'effondrement successif de plusieurs vestiges notamment la Schola Armaturarum (La Maison des Gladiateurs) et la Maison du Moraliste.

        Aux toutes dernières nouvelles, l'UNESCO et l'Italie viennent de signer, le 29 novembre 2011, un accord de coopération initialement fixé à neuf mois qui pourra être étendu. D'ici le 1er février 2013, l'Italie devra fournir un rapport sur l'état de conservation du bien et sur la mise en oeuvre d'un programme s'attachant à rattraper le retard en matière de conservation et de gestion du site, La possibilité d'inscrire le bien sur la liste du patrimoine mondial en péril pourra alors être considérée.

        Le plan va être financé par les 105 millions d'euros débloqués par l'Union européenne en octobre dernier. A cette somme devraient s'ajouter des financements privés comme ceux de l'Epadesa, établissement public chargé de l'aménagement du quartier d'affaires parisien de la Défense, qui bénéficiera de réductions fiscales prévues par la loi française sur le mécénat. Le patronat italien de la région de Naples serait également prêt à faire un effort en participant notamment à l'amélioration des infrastructures dans la zone entourant Pompéi (routes, voies maritimes, hôtels). Un accord a été signé à ce sujet entre la région de Campanie et différents acteurs privés locaux.

        Souhaitons donc que Pompéi et les cités vésuviennes, qui ont traversé les siècles protégées par les retombées d'une puissante colère du Vésuve, reçoivent les moyens de continuer à résister pour porter le témoignage d'un art de vivre révolu aux générations futures.

5.  Mur du triclinium de la villa de Carmiano. Enduit peint à la fresque. Au centre de la paroi principale, Poséidon et Amphitrite, sur un char conduit par des Tritons. Fouilles de Castellammare di Stabia, réserves archéologiques (exposition au Musée Maillol).

Sources

- Cet article a été rédigé après la visite de l'exposition et la lecture du très intéressant dossier de presse proposé sur le site du musée Maillol qui offre de nombreuses autres informations pratiques : http:// www.museemaillol.com
- François Widemann, «Implications économiques des désastres volcaniques. Le court et le long terme dans le cas de Pompéi article «Volcanologie et archéologie - actes des ateliers européens de Ravello, 19-27/11/1987 et 30-31/03/1989» publié dans la revue PACT n° 25, 1990.
- Site de l'UNESCO http://www.unesco.org
- blog de S. et D. Chéreau où plusieurs notes sur le sujet ont été publiées http://volcanspassion.blogs-de-voyage.fr

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