| Sicile
2001 - Etna | ||||
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Andare sù le Mongibello... | ||||
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Dimanche 9 septembre 2001, Après avoir un peu galéré pour trouver un endroit où camper "à la dure", nous avons atterri au camping municipal de Nicolosi. Le départ pour Sapienza est à 9h20 et nous disposons de largement assez de temps pour déjeuner, nous laver... Malgré tout nous partons en catastrophe pour prendre un bus qui n'arrivera qu'à une heure approximative. Nous arrivons finalement au pied des pistes du funiculaire, 20 km plus loin, à 1900m. J'ai le cœur serré, depuis le temps que je rêve de ce moment. Nath est peut-être encore plus enthousiaste que moi, plus expérimentée aussi et sera de bon conseil pour me regonfler lorsque les moments difficiles arriveront. Nous nous faisons régulièrement dépasser par les 4x4 de touristes, nous avalons de la poussière, notre accoutrement semble les amuser, eux sont la plupart du temps en short, basket alors que nous avons déjà enfilé nos vestes, ils comprendront en descendant du bus à 2600m.
Nous aussi finissons par arriver au 'terminus' des bus, et nous nous installons à l'abri du vent dans une sympathique cuvette, dalles de lave et tapis de cendres, en bordure de coulée. Nous nous sommes 'légèrement' étalés, vestes, T-Shirts sèchent au soleil, notre petit réchaud fait ce qu'il peut pour chauffer notre brandade de morue lyophilisée et... un touriste traverse notre 'cuisine', puis un autre, puis le reste du groupe commentant le menu... il semblerait que nous nous soyons installés sur le chemin principal. On se recule un peu pour dégager le chemin, et resterons malgré tout un dernier point incontournable de la coulée de lave. Après une petite sieste, nous reprenons notre ascension, et nous nous engageons dans la coulée de lave qu'il faudra traverser. Alors que nous pensions que cette coulée était complètement refroidie, nous ressentons par moment des bouffées de chaleur. Un malaise lié peut être autant à l'inconnu qu'à l'altitude ou à la charge inhabituelle s'installe en moi. Je persuade Nath d'arrêter pour aujourd'hui, nous nous installerons en haut des pistes... Nous voilà terrassiers, nous sommes à quatre pattes tentant
tant bien que mal de niveler le terrain pour y planter la tente. Il y a beaucoup
de vent, bientôt la nuit va tomber. Nous installons la tente et profitons de la
vue sur Catane. Les nuages s'y mettent et jouent avec le soleil qui naturellement
se couche, lovant quelques rais sur le pourtour de ces boules de coton. Pour moi, c'est du jamais vu, nous sommes au-dessus des nuages, c'est incroyablement beau. Le jour fait place à la nuit, les nuages ont disparu, sur la gauche en bas, Catane, illuminée, une grande guirlande laisse deviner la côte. Nath qui décidément a la pêche, nous prépare une bonne petite soupe de légumes du jardin Knor, complétée de pain (ce sera toujours ça de moins à porter). A propos de porter, il
convient tout de même de préciser combien ma petite puce est solide, puisque proportionnellement,
sa charge représente plus ou moins 40% de son poids contre 35% pour moi, sauf
qu'elle ne bronche pas un seul instant . Après une nuit venteuse, très venteuse même, après avoir entendu de sourdes explosions dans le lointain et deviné dans la nuit derrière la silhouette du Laghetto, une source lumineuse (qui était plus probablement le fait d'un feu d'artifice qu'une soudaine fontaine de lave), en clair, après s'être fait un peu peur, cette nuit s'est déroulée sans incident et nous avons tous deux profité d'un repos mérité... Lundi,
Dans le sable gris, tandis que je compte mes pas... 1, 2, 3... 50, je marque un arrêt, je redresse la tête, je respire, et à nouveau... 1, 2, 3... 50, etc. Nath avance vaillamment plein pot 20 degrés est. De temps en temps, Nath se retourne et me donne des conseils pour respirer, c'est le remake des randonneurs, puis elle continue, se fie à sa boussole, de toute façon la Torre del Filosofo on la voit, alors... Sur la droite je repère un chemin tracé au bulldozer, il y a des traces de 4x4. Je préviens Nath, je pense qu'il doit être possible de rejoindre les pistes plus haut, mais Nath me confirme que sa boussole lui donne la bonne direction... droit dans la coulée de lave, je suis bien chargé, elle voudrait que je traverse cette maudite coulée pour suivre son aiguille, je me dis "qu'elle m'emmerde avec sa boussole!" Nous finissons par arriver à la Torre del Filosofo, ma première impression c'est que refuge de montagne ou non, les sagouins sont passés et ont étalé leurs saloperies partout... Ceci mis à part, c'est
chouette, d'abord, il faut bien l'avouer parce que j'ai posé mon sac, Il fait froid, il y beaucoup de vent,
aussi, vestes polaires, cagoules et gants sont de circonstance. Un couple passe
par là, un guide je pense, qui ressemble étrangement à M. Nicoloso (guide de H.
Tazieff), nous dit qu'il trouve l'Etna calme... trop calme, et ça, ça calme. Emmitouflés,
nous lézardons un peu sur la terrasse de la Torre, puis laissons nos sacs à l'abri
sans oublier de mettre en évidence un mot polyglotte:
D'un pas lent mais sûr, nous parvenons à une cinquantaine de mètre de l'objectif, là, l'adrénaline commence à monter. On se dit qu'enfin on y est, qu'il ne reste plus que quelques minutes avant de voir ce dont on rêve depuis tant de temps, qu'en plus on y est ensemble... En même temps, un je ne sais quoi fait réfléchir et met mal à l'aise.
En avançant, on repère un de ces lambeaux de lave, brillant, certainement fraîchement expulsé, puis du soufre... Un énorme bloc, mélange de roche et de soufre surplombe le sentier. Seront prélevés quelques petits échantillons. Puis nous entrons dans sa gueule, le Monstre a deux têtes, l'une fume par grosses bouffées, l'autre expulse de ses entrailles de vifs filets de fumerolles qu'un vent fort étire à l'horizontale. La Bocca Nuova lâche un épais nuage blanc... qu'une déflagration fait tressaillir, le monstre est en vie, il respire.
Sur les lèvres, la terre humide est teintée de soufre et exhale des vapeurs qui se déchirent, l'atmosphère est suffocante, nous enfilons nos masques à gaz, tentons de profiter d'un maximum de spectacle en un minimum de temps.
Nous traînons, je mets la pression sur Nath, en même temps impossible pour moi de décrocher, combien de temps sommes nous restés? 10, 20, 30 minutes, combien ai-je pris de photos? ... Le moment fut intense, toujours-est-il que sortis du cratère, il nous a fallu un certain temps avant de digérer ce que nous venions de vivre. Les questions se bousculent dans nos têtes: avons-nous bien vu tout ce qu'il nous était permis de voir? Fallait-il y retourner? Allons-nous pouvoir rentrer sans encombre à la Torre del Filosofo? Nous avons respecté l'Etna qui nous a accepté quelques minutes, ne tentons pas le diable et soyons simplement heureux de cet instant... Nous redescendons donc, et curieusement nous n'échangeons pas nos impressions, trop fraîches peut-être, trop fortes assurément. Je repense à ce que disait l'homme à la Torre: calme, trop calme. Je propose à Nath de ne pas prendre de risque, de ne pas camper à la Torre et de redescendre. Exprimés de façons différentes, nous nous adressons à l'Etna, lui assurons que nous l'avons respecté et espérons sa clémence. Nous reviendrons le voir dans quelques mois, peut-être plus en connaissance de cause... (suite) | |||