Nicaragua
2009

Récit de voyage - Claude Humbert
(L.A.V.E.)

Nicaragua (mars-avril 2009)

         

Aller ou ne pas aller voir les volcans du Nicaragua ?

L'axe volcanique qui traverse l'Amérique Centrale du Panamá au Mexique se manifeste au Nicaragua par une grande variété d'appareils éruptifs, du très explosif Cosigüina au tout jeune Cerro Negro. Au sud-est, le grand lac Nicaragua compte une île peu commune constituée de deux stratovolcans, le Maderas et le très actif Concepción (qui porte de belles pelouses à orchidées entre 600 et 1 200 m). L'île est aussi un repère de singes hurleurs, et d'urracas, un magnifique geai huppé. Près des villes de Masaya et de Granada, se trouvent le stratovolcan crénelé et verdoyant du Mombacho, la caldeira d'Apoyo, occupée par un lac, et la caldeira du Masaya que se partagent un lac, de vastes champs de lave, et trois cratères dont le cratère actif du Masaya. Plus au nord, vers León et Chinandega, se dresse la cordillère volcanique des Maribios, longue d'environ 60 km, d'axe nord-ouest sud-est. Et tout au nord-ouest, dominant le golfe de Fonseca qui sépare le pays du Honduras et d'El Salvador, se dresse ce qu'il reste du Cosigüina, décapité par une violente éruption en 1835. On peut prolonger par les volcans d'El Salvador vers le nord-ouest, ou par ceux du Costa Rica vers le sud-est, notamment le Rincón de la Vieja, le plus proche de la frontière (et éventuellement repartir de San José). Le pays est aujourd'hui un des plus sûrs de la région (même si la capitale, Managua, jouit d'une mauvaise réputation, en partie justifiée), et le tourisme s'y développe tout doucement, avec un retard conséquent sur le Costa Rica voisin.

 

Savoir où l'on met les pieds

La République du Nicaragua s'étend sur 129 494 km² entre océan Pacifique et mer des Caraïbes. Elle compte 5,78 millions d'habitants. La langue officielle est l'espagnol, mâtiné de variantes locales (expressions locales et prononciation pas toujours faciles à saisir). L'ouest du Nicaragua préhispanique a été colonisé par différents peuples venus du Mexique, avec leurs coutumes, leurs religions, et leurs langues, notamment le nahuatl. La toponymie est donc souvent d'origine nahuatl (par exemple Ometepe). La monnaie est la córdoba (1$ = 20 córdobas, euro inconnu), mais on peut payer directement en dollars les plus grosses dépenses (restaurants, hôtels). Dans les restaurants, le service n'est pas compris. Les prises de courant sont de type US, fiches plates, 110 V. Enfin, les Nicas sont très souriants et très accueillants ! Et, entre les deux villes coloniales rivales, Granada est la plus soignée, tandis que León est la plus vivante (avec de nombreuses universités). Chacune est donc agréable, à sa façon.

 

Y aller

L'offre en circuits organisés au départ de la France est encore très réduite. Le plus souvent, les agences françaises proposent des voyages couplant Costa Rica et Nicaragua, faisant la part belle au premier, au détriment du second, ce qui, sans nier l'intérêt des parcs naturels du Costa Rica, est tout de même injuste. Pour l'instant, les seules agences à proposer des treks entièrement consacrés au Nicaragua sont Aventure et Volcans www.aventurevolcans.com et Tirawa www.tirawa.com. Le bon niveau de sécurité et le relativement bon réseau de transport dans la partie du pays qui nous intéresse (le pays est très vaste, mais les volcans sont concentrés dans la partie la plus peuplée - donc la mieux desservie -, et la plus plane, sur la façade pacifique) permettent d'y aller par soi-même. On trouve des vols via Miami ou Houston (à condition d'avoir le bon passeport et de s'armer de contrôle de soi au passage de l'immigration et autres contrôles). Voir par exemple sur Jetcost www.jetcost.com. L'aéroport de Managua, à l'est de la ville, est d'une taille raisonnable. On aperçoit le volcan Masaya depuis l'aéroport. Des agences comme Paxeos www.paxeos.com proposent des navettes privées rapides et confortables vers Granada ou León pour se simplifier l'arrivée dans le pays, sachant qu'en dehors de Managua, les transports locaux font aussi bien l'affaire.

 

Se déplacer

Les bus sont souvent d'anciens bus scolaires nord-américains (dans leur livrée d'origine, délavée, et non pas repeints comme au Guatemala). Les ordinarios s'arrêtent partout et entassent marchandises et passagers sans aucune limite. Les expressos s'arrêtent moins fréquemment et sont généralement moins bondés. L'offre est complétée par des minibus (comme ceux de l'organisation UCA, qui a sa propre gare routière à Managua), généralement plus rapides, et qui eux ne partent qu'une fois remplis. Les prix sont assez bas (sauf avec UCA). Les dessertes sont beaucoup plus fréquentes le matin que l'après-midi (passé 15h, dans certains villages, on risque de se retrouver coincé jusqu'au lendemain). Les horaires ne sont indiqués nulle part, il faut demander et redemander (en dehors des chauffeurs de bus et des usagers habituels, il est rare que les gens connaissent exactement les horaires, mais tous sont prêts à vous donner un horaire au hasard pour vous faire plaisir). Il faut parfois changer de bus à des carrefours en pleine nature (par exemple pour Granada qui n'est pas sur la route principale). Le plus contraignant est le fait de devoir passer, en ville, d'une gare routière à une autre pour pouvoir poursuivre son trajet. À León ou Chinandega, des camionnettes bâchées, des taxis collectifs, et des taxis individuels assurent ce service sans risque et pour pas cher. À Managua, agglomération déstructurée par le séisme de 1972, c'est beaucoup moins évident. Les taxis individuels doivent avoir des plaques d'immatriculation à fond blanc entre deux bandes horizontales rouges, et la licence, avec photo du chauffeur, doit être bien en vue.

 

S'orienter

On trouve de bons plans de villes (Granada, León, Chinandega), édités par Va Pues, dans les offices de tourisme ou dans les hôtels. León et Granada ont hérité d'un quadrillage colonial, et de la numération des rues qui va avec (1ère rue, 2ème avenue, etc.). Cette numérotation est superbement ignorée par tous. Dans la pratique, les adresses sont données par rapport à un point de repère. Par exemple : " à deux blocs à l'est de telle église ou de telle station essence ", ou " en direction du lac (al lago) " à Granada. La principale difficulté vient de ce que des points de repère qui ont disparu du paysage continuent à être employés : " en face de l'ancien (donde fue) magasin untel " ! Le guide Lonely Planet Nicaragua-El Salvador (en anglais) est d'une aide précieuse.

 

Randonner

Le sommet du Masaya est accessible en véhicule, et le Cerro Negro ne demande qu'une demi-heure d'ascension. Pour les autres volcans, c'est plus long et plus raide. Sur place, on peut s'en remettre aux transports locaux pour les sites les plus accessibles, ou s'adresser à des agences locales comme Tierra Tours tierratour.com (présent à Granada et León) ou Va Pues www.vapues.com (représenté dans tout le pays) pour organiser les excursions ou randonnées. Les agences commerciales comme Tierra Tours demandent un minimum de deux participants pour réaliser une excursion. Elles utilisent des transports privés, rapides et confortables. Il existe plusieurs autres agences, et plusieurs micro-organisations d'écotourisme se consacrant en général à un seul site naturel. Une autre option, réservée aux plus en forme, pour découvrir le Cosigüina et une partie des Maribios, est l'ONG Quetzal Trekkers www.quetzaltrekkers.com/nichome.html, basée à León. Quetzal Trekkers www.quetzaltrekkers.com/nichome.html bureaux à 1 1/2 blocs à l'est de l'église de la Recolección, León Chez eux, le minimum est de quatre participants, avec un calendrier pré-établi des randonnées. Quetzal Trekkers emploie comme guides des volontaires, le plus souvent de très jeunes (20-25 ans) occidentaux. Le public est dans la même tranche d'âge, et la langue officielle chez Quetzal Trekkers est l'anglais. Quetzal Trekkers utilise les transports locaux (donc moins de confort, moins de souplesse dans les horaires de début et de fin de randonnée, et de plus longues marches d'approche entre les lieux de dépose et les objectifs). Quetzal Trekkers est aussi moins cher, et reverse ses bénéfices à une association caritative locale. J'ai fait avec eux la randonnée au Cosigüina, camp de base sur la plage, montée au volcan avec sac allégé. J'ai aussi fait avec eux la montée au Telica version pleine lune, sac allégé puisque bivouac de seulement 2 h, et seulement un petit déjeuner. Par contre, les autres randonnées se font en autonomie totale sur deux jours (comme celle à Las Pilas que j'ai faite, ou celle au Momotombo que je n'ai pas pu faire, ou le Telica en journée - le San Cristóbal a été retiré de la liste, même s'il figure encore sur la documentation de Quetzal Trekkers), donc avec un sac très lourdement chargé (grandes quantités d'eau à emporter). Ce qui, en y ajoutant le climat qui est lui aussi très lourd, est vite pénible. Un possible point faible de Quetzal Trekkers est la rotation des volontaires (ils restent en général 3 mois). L'ambiance et la qualité des treks peuvent donc fortement varier, dans un sens ou dans l'autre, d'une saison à l'autre - voire d'une randonnée à l'autre (cf. le Telica de nuit !). Côté équipement, prévoir des guêtres (basses) pour la plupart des randonnées, en particulier pour le Cerro Negro qu'on descend tout schuss dans les scories et lapilli.

 

Garder la tête froide

La toute première constatation, à peine arrivé, c'est que le Nicaragua est bien un pays au climat chaud et humide. Heureusement qu'à Granada et à León j'avais réservé une chambre avec climatisation ! Je mettrai la climatisation sur 27º, ça donnera déjà une grande impression de fraîcheur. Il ne faut surtout pas la mettre plus bas car sinon bonjour le choc thermique en sortant de la chambre (ou en y entrant) ! Le climat est donc chaud et humide toute l'année dans la région qui nous intéresse (la plaine d'où émergent les volcans est à 100 m d'altitude moyenne), avec une saison sèche de novembre à avril. La lourdeur du climat pèse sur les randonnées. On transpire abondamment, la sueur vous coule dans les yeux et vous aveugle. Prévoir de quoi s'éponger (serviette), et toujours emporter beaucoup d'eau (2 à 3 l pour les petites randonnées d'une demi-journée, plus au-delà de la demi-journée). Prévoir malgré tout un sac de couchage et une polaire pour les bivouacs sur les volcans : la nuit à El Hoyo, à 900 m d'altitude, j'ai commencé à grelotter dans mon sac de couchage ! Il faut dire que la température était descendue à 22°, avec un léger vent qui renforçait l'impression de froid. Avril est le mois le plus chaud : 35° à l'ombre lorsqu'il y en a, 29° la nuit. Le ciel est aussi très voilé à l'approche de la saison des pluies (donc pas super pour les photos). C'est par contre une période intéressante pour les préparatifs et processions de la semaine sainte.

 

Se nourrir

La nourriture de base se résume au gallo pinto du matin, soit riz, haricots rouges et œufs, et à la comida corriente le midi et le soir, soit riz, haricots rouges et viande. D'un restaurant à l'autre, ces mêmes plats peuvent aller du tristement insipide (riz blanc, haricots à l'eau) au très correct (riz pilaf aux petits oignons, viande marinée au citron). Le plus souvent, on aura droit à une version moyenne, dont on tend à se lasser. Mais on trouve, notamment à Granada, d'excellents restaurants qui permettent de varier. Et à Ometepe, la spécialité de viande ou de poulet à la plancha (au Don Castillo et à l'hôtel Central, tous deux à Altagracia) est une délicieuse alternative. On peut accompagner son repas d'une des deux bières blondes qui se partagent le marché : Toña et Victoria. Fierté du pays, le rhum Flor de Caña www.flordecana.com, produit non loin de León, se décline en plusieurs versions, selon l'âge - à noter que le " 21 " n'a en réalité que 15 ans de vieillissement !

Granada et le Mombacho

 

Granada

En plus d'être une belle ville coloniale, Granada est un bon point de chute pour la visite de la ville de Masaya, du volcan Masaya, de la caldeira et lac d'Apoyo, et du volcan Mombacho. Une grande matinée suffit pour faire le tour du centre historique de Granada. La vielle ville est un assez bel exemple de cité coloniale, avec son plan en damier centré sur la place principale, et axé nord-sud est-ouest. Quelques fausses diagonales viennent légèrement rompre cette géométrie. La place centrale est occupée pour l'essentiel par un parc. Autour du parc, des calèches attendent touristes ou habitants, pour de petites courses de quelques pâtés de maisons. À un angle de la place centrale se dresse une belle maison, remaniée fin XIXe-début XXe avec un beau décor de corniches et de balcons d'inspiration Art Nouveau. Elle abrite aujourd'hui le consulat d'Italie. La place est dominée par une cathédrale récente, et d'un intérêt architectural et artistique limité. Sur la route qui mène aux rives du lac se trouve l'église de la Guadalupe, très remaniée. L'église de la Merced affiche une façade majestueuse, flanquée d'un haut clocher. Le décor intérieur en est très simple. La plus belle église est celle du couvent San Francisco. Belle façade théâtrale (son ampleur dépasse de beaucoup celle de l'espace intérieur), flanquée d'un clocher bas à peigne. Le cloître adjacent abrite le musée archéologique et historique de la ville, où est exposée une double rangée de statues précolombiennes sculptées par les Indiens chorotegas dans les années 1 200 à 800 avant J.C. Les statues sont taillées dans un basalte gris foncé, sauf une en basalte rouge. Beaucoup sont anthropomorphes, et coiffées d'une tête d'animal formant casque, comme chez les Aztèques. Le dimanche, beaucoup de gens seront sur leur palier, dans un fauteuil à bascule - le meuble national ! - tentant de profiter des rares courants d'air qui aident à rendre la terrible chaleur vaguement supportable ! Le marché (alimentaire, et produits de consommation courante, rien de touristique) est un endroit agréable.

Masaya

     

Masaya (635 m), dernière éruption connue : 2008

Je visiterai le volcan Masaya avec l'agence Tierra Tours de Granada, en version nocturne : l'agence a obtenu des rangers du parc national de pouvoir rester à la tombée de la nuit pour voir l'incandescence de la lave au fond du cratère actif. Le sommet est accessible en véhicule, les chemins sont bien tracés, et les rangers très présents. Le Masaya compte une vaste caldeira, que se partagent un lac, de beaux champs de lave (coulées basaltiques rappelant celles de l'Etna), et un essaim de cratères, dont le cratère actif actuel. La stratification est bien lisible sur les parois du cratère. Le cratère comporte une terrasse, percée d'un puits plus étroit. Au fond de ce puits se trouve un petit lac de lave, signalé dès 1529 par le chroniqueur espagnol Oviedo. De nuit, on peut apercevoir son incandescence, lorsqu'elle n'est pas masquée par les gaz. Justement, l'important dégazage rendait la visibilité faible, et en plus, on ne peut pas se pencher autant qu'il le faudrait pour bien voir : on est constamment entouré de rangers du parc national qui ne vous quittent pas d'une semelle ! Je pourrai tout de même voir deux points rougeoyants au fond du cratère, à travers les vapeurs soufrées. Les autres touristes se plaindront des émanations sulfureuses. Moi j'ai adoré ! Comme quoi je ne suis pas encore rangé des volcans ! Au sud du cratère se trouvent de nombreux et longs tunnels de lave. La plupart sont habités par des chauves-souris, sauf celui que l'on visite - la fréquentation humaine a fait fuir les chiroptères. Le tunnel qui se visite est long de plusieurs centaines de mètres (on n'en parcourt qu'une partie). La galerie est généralement assez haute pour qu'on puisse s'y tenir debout, et de toutes façons, les rangers fournissent lampes et casques, donc pas de risque de se cogner le crâne contre une stalactite. La visite à la tombée de la nuit permet d'assister à l'envol des chauves-souris.

Ville de Masaya

 

Ville de Masaya

Je visiterai la ville de Masaya dans la journée en partant de Granada. Aller en minibus, avec trois caissettes de poussins sur les genoux. Le minibus me déposera à un carrefour à l'entrée de la ville, avant de poursuivre sur Managua. De là, deux bons kilomètres de marche jusqu'au centre, en passant par l'ancienne gare ferroviaire. Si la ville a conservé son plan en damier, il ne lui reste guère de la période coloniale qu'une belle église bien blanche. Le parc et la place qui encadrent l'église sont gentiment animés. Les plates-bandes offrent un joli effet de damier, étant paillées alternativement de ponces gris clair, et de scories rouges. J'achèterai au marché d'artisanat les masques des danses de la conquête pour lesquels j'avais fait le déplacement à Masaya. Ils sont beaucoup moins fins que leurs équivalents guatémaltèques, mais ils sont beaucoup moins chers ! Le marché local, immense, vaut aussi le coup d'œil.

Laguna de Apoyo

Apoyo, Mombacho, volcan Granada

De Masaya à Granada, retour en taxi pour pouvoir passer par la route ouest, celle qui longe le lac d'Apoyo. Je pourrai ainsi voir, depuis le village de Catarina, le lac d'Apoyo - une belle caldeira pleine d'eau - et au loin, en sentinelle, le volcan Mombacho (1 344 m), qui domine Granada. Mieux encore, le belvédère de Catarina est soumis à un vent agréablement rafraîchissant. Nous traverserons les villages à l'heure de la sortie des écoles. Foules d'écoliers et écolières en uniforme (le plus souvent pantalon ou jupe marine, chemise ou chemisier blanc). Quelques arbres aux belles fleurs roses le long de la route. La plaine entre le Mombacho et le lac d'Apoyo est ponctuée de quelques cônes de scories, dont certains entaillés par une carrière. Il s'agit d'un volcan fissural : le volcan Granada.

Île d'Ometepe

Île d'Ometepe

L'île, sertie dans le grand lac Nicaragua, est faite de deux stratovolcans bien coniques, d'où son nom (ome : deux, tepetl : montagne en nahuatl). L'île présente de nombreux intérêts : volcans Maderas et Concepción, pétroglyphes, et une grande richesse côté faune et flore. C'est un refuge pour le singe hurleur, et pour de nombreux oiseaux, à commencer par l'urraca (Calocitta formosa), un magnifique geai huppé, au dessus bleu foncé, au dessous gris clair barré d'un collier bleu, et à la longue queue. On y voit aussi colibri, pic huppé, zopilote (urubu, du nahuatl tzopilotl), zanate (Quiscalus mexicanus, oiseau très commun, à longue queue, noir aux reflets métalliques, souvent au sol en groupes), et güis (Pitangus sulphuratus, ou Megarhynchus pitangua, sans certitude, bel oiseau noir au ventre jaune toujours perché sur une branche). Le lac attire aussi cormorans et aigrettes. Le plus pratique pour y accéder est d'aller en bus jusqu'à San Jorge, et de là prendre un ferry ou une lancha - bateau de passagers - pour Moyogalpa (plusieurs traversées par jour). Il existe aussi une liaison hebdomadaire entre Granada et Altagracia, plus longue, et plus folklorique ! Je prendrai un minibus direct Granada - San Jorge. Par les bus ordinaires, il faut changer à un premier croisement, puis à Rivas. Nous commencerons par contourner le Mombacho par la même route que la veille. Le sommet du volcan était dans les nuages, plus nombreux ce matin-là. Bonne route goudronnée. Les longs mois de saison sèche rendent la plaine semi-aride, avec une végétation adaptée (épineux, arbres aux troncs en bouteille). Prairies jaunies sous le soleil, quelques chevaux, quelques vaches. Puisant l'eau je ne sais où, une petite rizière, que semblaient apprécier les aigrettes. En approchant de Rivas, champs de canne à sucre et bananeraies. Pas mal de vagues sur le lac. Je prendrai un ferry semblant fait maison, aux vilaines soudures apparentes ! À Moyogalpa, je prendrai le bus - un ancien bus scolaire US type Blue Bird - pour Altagracia. La route sud entre Moyogalpa et Altagracia est la seule bonne route de l'île. Les autres sont des pistes plus ou moins défoncées. Voyage agréable, le bus étant peu rempli. Parmi les passagers, une fillette aux traits typiquement indiens - yeux noirs, cheveux noirs de jais et soyeux, peau foncée. Le caractère insulaire d'Ometepe a permis une relative préservation de sa faune, de sa flore, et de sa population indigène. Pour continuer vers le sud de l'île, on peut changer à El Esquino, mais mieux vaut aller jusqu'à Altagracia, puisque tous les bus vers le sud de l'île partent d'Altagracia. Il est plus agréable d'attendre à Altagracia - El Esquino est un simple carrefour en pleine nature -, et l'on est sûr d'avoir une place assise à Altagracia, alors que les bus sont déjà bondés quand ils atteignent El Esquino. À Altagracia, je prendrai donc un bus annoncé Balgue, avec cette fois un trajet sur piste. Descendu un peu avant Santa Cruz, pour rejoindre El Porvenir. Un kilomètre à pied - 20 mn, en traînant le sac de voyage à roulettes dans les cailloux ! - jusqu'à l'auberge.

Je choisirai de me poser pour deux nuits. D'une part pour me ménager une journée de repos entre l'ascension du Maderas et celle du Concepción, et surtout parce que l'endroit est très agréable. Le gecko, comme toujours fourni avec la chambre, est cette fois allé trop loin : il a sauté dans mon lit ! Discuté avec deux Québécois tout juste redescendus du Maderas. Grands sportifs, ils ont mis 6 h aller-retour, en se perdant, et sont revenus très sales ! Le temps restera moite. Toujours autant de soleil et donc de chaleur. En ajoutant à cela les nuages bas présents le matin, l'on obtient une chaleur bien humide. Un t-shirt tient difficilement plus d'une journée.

Maderas

   

Maderas (1 394 m)

Départ pour l'ascension du Maderas avec un jeune guide local fourni par l'auberge. À 7h45, le soleil était déjà haut et épuisant. Comme son nom l'indique, les pentes du Maderas sont couvertes de forêts. Le chemin traverse plusieurs clairières entre 100 et 500 m, qui sont autant de champs de blocs de basalte. La dernière clairière, à 500 m d'altitude, donne une belle vue sur le Concepción. Le Maderas n'est pas bien haut, mais la marche devient très pénible à partir de 1 000 m. En dessous, le terrain est sec. Mais à partir de là, le chemin est rempli de boue : un nuage stationne en permanence, et surtout, la disposition des strates perméables et imperméables fait probablement suinter les eaux du lac de cratère à ce niveau précis. En plus, à partir de là, on peine à gagner en altitude : montées et descentes semblent se répéter indéfiniment entre 1 000 et 1 100 m. Pour finir, au bout d'une heure de ce régime, on atteint la crête à 1 200 m, et on descend à 1 100 m, au bord du petit lac qui a investi le cratère. Le sommet, à presque 1 400 m, fait partie de la ligne de crête. Dans la dernière partie du chemin, on rencontre une belle épaisseur de ponces, altérées par l'érosion. À la descente, bonne surprise en arrivant au point de vue des 500 m : le Concepción apparaissait avec seulement un infime capuchon de nuages. Pour 1 200 m de dénivelé, il faut compter 3 h 30 de montée (je serai au lac à 11h15) et 2 h 45 de descente, donc 6 à 7 h au total. Et avec toute cette boue, plus cette chaleur humide, on revient complètement crevé ! Et très sale ! J'avais donc bien fait de m'accorder une journée de repos avant le Concepción. Avant de quitter El Porvenir pour Altagracia, je partirai à la chasse aux pétroglyphes. Le chemin qui court à travers l'auberge et les champs alentour en présente une quinzaine, par groupe de deux ou trois (repérables au petit toit de palmes qui les abrite). Le chemin serpente entre anacardiers (cajou), cacaoyers, agrumes aux fleurs odorantes… On y rencontre aussi de nombreux papillons, jaunes ou bleus.

Concepción

       

Concepción (1 700 m), dernière éruption connue : 2007

En contournant le Concepción le premier jour par le bus Moyogalpa - Altagracia, j'avais pu commencer à apprécier la silhouette massive de ce stratovolcan, qui rappelle celle de l'Arenal. Son flanc sud est en partie effondré - un peu comme la sciara del fuoco au Stromboli. En redescendant du Maderas, je verrai un bloc dévaler ce flanc sud, dans une traînée de poussière. En général, le matin, le Concepción est complètement perdu, dès les premières pentes, dans les nues. Et puis souvent il se découvre en toute fin de matinée, sauf le sommet auquel s'accroche toujours un petit nuage. La randonnée au Concepción aura finalement tourné à la simple balade botanique… J'en reviendrai avec les bras tout rouges. Je ne les avais pas protégés car avec la transpiration, ça poisse déjà assez comme ça sans y ajouter de crème solaire. Quand je dis que ça poisse, je boirai 2,5 l d'eau sur les 8 h de rando, sans pisser une seule fois. Tout part en transpiration. Pourtant, j'avais négocié avec le guide de partir tôt pour moins subir la chaleur. Mais la nuit n'est pas tellement plus fraîche que le jour. Départ 5h, altitude 100 m. Une heure de marche d'approche presque à plat (gagné moins de 100 m). Et puis le chemin commencera à se redresser, passant d'abord entre caféiers et bananiers. Une fois sorti de la partie cultivée, le chemin sera médiocre, tout en éboulis d'une belle roche éruptive noire (que je n'ai pas su identifer). À 9h30, nous serons seulement à 1 250 m. C'est là que je prendrai la décision de faire demi-tour. Il restait encore 400 m à monter, soit 1 h 30 de marche sous ce climat, plus 1 h de descente vu la qualité du chemin. C'était donc tout à fait faisable. Mon guide a tout fait pour me décourager, m'assurant par exemple que les nuages au sommet ne se lèveraient pas de la journée. En fait, dès le départ, mon guide était peu chaud pour dépasser la limite " autorisée " des 1 000 m, et il s'était visiblement préparé à ne pas aller bien haut : de mon côté, j'avais 2 sandwiches au fromage, 9 bananes, 2,5 litres d'eau, lui était parti la fleur au fusil, avec moins d'un litre d'eau, sans aucune nourriture, et sans avoir dormi ! Et impossible d'y aller sans guide : le chemin est difficile à repérer. À 13h, retour à Altagracia. Au total 8 h de marche, pour 1 200 m de dénivelé. C'était donc tout de même une bonne préparation pour les randonnées suivantes, et une jolie balade botanique. Car, rien que pour la flore, la balade valait le coup. Le Concepción héberge par exemple trois espèces d'orchidées, occupant chacune un étage bien particulier : entre 400 et 600 m, de belles orchidées blanches à violacées ; au-dessus des 600 m, des pelouses à orchidée orangée (allant du jaune au rouge) ; et vers les 1 000 m, la belle orchidée sobralia à la grosse fleur unique allant du blanc au violet. Mon guide me fera goûter aux fleurs tubulaires rouges et blanches d'un arbrisseau, fleurs au goût délicieusement acidulé, rappelant celui des feuilles de rumex. Il me fera aussi goûter aux tiges de bégonia, également acidulées. Je me régalerai de quelques baies de busserole, presque aussi bonnes que les brimbelles. J'en profiterai enfin pour déguster quelques poignées de termites, au goût de poivre blanc. Je verrai en outre une famille entière de singes hurleurs, à très faible distance. Je préfère passer sur le fait que, dès le début de l'après-midi, le Concepción sera dégagé de tout nuage, de la base au sommet… Du coup, l'on apercevra une petite activité fumerollienne au sommet. Je me trouverai à Altagracia en pleine journée peinture : tout le monde avait un pot de peinture et un pinceau ou une brosse à la main. Et l'on peint. Les maisons, les bordures de trottoirs, les trottoirs, les ralentisseurs… À Altagracia, je verrai une première procession, et des croix fleuries devant certaines maisons. La semaine sainte n'était plus bien loin. Le lendemain, sur la route entre Rivas et Niandame, je croiserai un pèlerinage, sous la forme d'un long cortège de chars à bœufs (60 au total). Le jour de mon départ devait avoir lieu l'inauguration d'une lancha - bateau de passagers - à San Jorge, par le président en personne. À Altagracia, l'événement était annoncé à grands renforts de sono par une voiture qui tournait en rond dans la ville. J'aurais pu en profiter pour me faire transporter gratis à San Jorge, en me joignant au comité local de soutien au président. Je choisirai au contraire de quitter Ometepe de très bonne heure, pour éviter de tomber sur le président lors de sa visite au port de San Jorge (ma première destination) en fin de matinée. Je n'ai rien contre le président, hein, c'est juste que ça risque d'être le cirque, et mon trajet jusqu'à León allait être assez long comme ça (avec le redouté changement de bus à Managua) sans en plus y ajouter un président ! Sur la lancha en quittant Ometepe, je pourrai à nouveau voir le Concepción parfaitement dégagé de la base au sommet. Ce qui permet de distinguer un dégazage finalement plutôt fourni, au sommet. Les premiers nuages commenceront à s'accumuler à partir de 6h30, et à 7h le volcan aura entièrement disparu.

León

León

Ville coloniale rivale de Granada, León est un bon point de chute pour la visite des volcans de la chaîne des Maribios. León est une ville coloniale qui a souffert des outrages du temps, des combats pendant la guerre civile (je vous rassure, elle est bien finie… par contre le président ex-révolutionnaire serait devenu le nouvel oligarque du pays et l'opposition monte), et enfin de la pauvreté actuelle de la ville qui empêche une restauration des quartiers historiques comme à Granada. La ville est donc moins soignée que Granada, mais son statut de ville universitaire la rend plus vivante que Granada (enfin, sauf le dimanche et pendant la sieste). Le dimanche après-midi, la ville est un peu endormie. Surtout qu'il fait 35º à l'ombre (du coup tout le monde rase les murs), et toujours 900 % d'humidité. León compte un théâtre municipal art déco, peu utilisé. Je visiterai le musée des traditions populaires, installé dans une caserne qui servit de prison et de lieu d'interrogatoire pendant la guerre civile (des fresques en témoignent), et le musée d'art moderne de la fondation Ortiz-Gurdián, dont le principal intérêt est d'être hébergé dans deux belles demeures coloniales. León possède de nombreuses églises : cathédrale, El Calvario, La Recolección à la belle façade rappelant les églises du Mexique… Pour des questions d'organisation, je reverrai à la baisse mon programme de randonnées dans la cordillère des Maribios. Ce sont le San Cristóbal et le Momotombo qui en feront les frais. Cela dit, vu qu'avec le climat, on est à peu près aux deux tiers de ses moyens habituels, c'était peut-être un mal pour bien. Au vu de l'expérience du Concepción et de Las Pilas, le Momotombo et le San Cristóbal auraient peut-être été au dessus de mes forces sous ce climat ! Je me consolerai en faisant une plus grande part au tourisme ordinaire.

Cosigüina

   

Cosigüina (872 m), dernière éruption connue : 1859

Départ à 6h15, retour à 14h le surlendemain Je visiterai le Cosigüina avec Quetzal Trekkers, sur trois jours au départ de León. Je me retrouverai avec une bande de jeunes occidentaux venus de toute l'Europe, plus un États-Unien. Hélène, 24 ans, et seule Française de la bande, ne cessera de me vouvoyer, même après que je me sois rasé ma barbe de 2 semaines, toute blanche ! Nous commencerons par une demi-journée de bus. D'abord Chinandega, puis Potosi dans un bus bondé, et enfin El Rosario. Installation pour la nuit sur la plage, côté golfe de Fonseca. Nous verrons passer des frégates à la gorge rouge, des pélicans, de petits échassiers type bécasseau ou avocette. Excellentes mangues en dessert, de production locale. Début de nuit bien étoilé (Grande Ourse et Orion). Un pipi de chat, entre 3h30 et 4h, nous obligera à déménager matelas, duvets, et sacs sous les arbres. Le Cosigüina, vu de loin, est déjà impressionnant. On tente d'imaginer ce qu'il devait être avant son éruption de 1835, quand son altitude atteignait les 3 000 m… Le volcan Cosigüina domine le Golfe de Fonseca, qui sépare le Nicaragua du Honduras et d'El Salvador. La violente éruption de 1835 a laissé un vaste et profond cratère - 600 m de profondeur -, aujourd'hui occupé par un lac. Les parois intérieures sont verticales, et taillées dans des strates plus ou moins instables. À moins de s'être équipé en conséquence (cordes), on ne descend donc pas jusqu'au lac. Le lac affiche une jolie couleur vert émeraude, ce qui laisse peu de doute sur l'acidité de ses eaux. Départ de la randonnée à 7h20. Il nous faudra 3 h pour arriver sur la crête (630 m), en partant de la plage (0 m) : il n'y a pas seulement du dénivelé, mais aussi de la distance. Faute d'équipement, il ne nous sera pas possible de descendre vers le lac. Nous ne pourrons pas non plus faire le tour de la crête : cela représente une grande distance, sur laquelle il faut se frayer un chemin à travers la végétation (le chemin, peu fréquenté, a pratiquement disparu). Les plages, au bord du Golfe de Fonseca, sont de sable noir. Donc en fait de la cendre volcanique. Et la laisse de mer contient ici plus de ponces que de bois flottés ! Dans le golfe, plusieurs îlots, qui seraient des morceaux entiers du Cosigüina, projetés là lors de l'éruption de 1835. Ils sont appelés farallones, et abritent des oiseaux marins. Le ciel restera voilé, et nous devinerons, plus que nous ne verrons, les côtes des deux pays voisins. Au Salvador se dressent les volcans Conchagua (1 225 m) et Conchagüita (505 m). Côté Honduras, les volcans El Tigre (783 m) et Zacata Grande (640 m) forment deux des îles du golfe. Nous passerons une seconde nuit sous les étoiles, sans pluie cette fois. Et puis retour en bus, avec arrêt à Potosi pour une baignade dans des sources chaudes - tièdes en réalité. Ensuite ce sera encore 4 h de bus pour Chinandega, et de là 1 h 30 de bus pour León, où nous arriverons vers 15h. Après cela, j'allais continuer à rêver de neige et de froid pendant encore une semaine…

Cerro Negro

   

Cerro Negro (728 m), né en avril 1850 dernière éruption connue : 1999

Je rendrai deux fois visite au Cerro Negro, la première fois avec Tierra Tours, la seconde avec Quetzal Trekkers en prélude à une plus longue randonnée dans le complexe Las Pilas-El Hoyo. Pour la première visite, départ à 7h30. Une heure de piste en minibus (qui s'ensablera une ou deux fois dans la cendre volcanique) pour arriver au pied du volcan, peu après le poste de garde de la réserve naturelle. Puis ce sera une balade tranquille de près de 3 h sur le volcan. Né en 1850, le Cerro Negro a un profil extrêmement juvénile. Juste à côté se trouvent les volcans de Las Pilas, couverts d'une végétation rase. La base du Cerro Negro est à 450-470 m, le sommet à 720 m. Au Cerro Negro de 1850 s'est adjoint un second cratère. Les deux cratères emboîtés ont une petite activité fumerollienne, avec quelques dépôts de soufre. À l'extérieur de leur double enceinte, trois petits cônes - ou trois grands hornitos ? -, témoignent de la dernière saute d'humeur du volcan. Le tout est fait de bombes et de scories de basalte, globalement noir, d'où le nom. Le sommet offre une belle vue sur la partie nord de la cordillère volcanique des Maribios : Santa Clara (calme), puis Telica (dégazage), et San Cristóbal (dégazage). La cordillère, d'axe nord-ouest sud-est, s'étend sur environ 60 km. Le Cosiguïna en est séparé par 50 km de terrain non volcanique.

Les 250 m de descente prennent une ou deux minutes. Il suffit de se laisser glisser dans les scories et lapilli. Ne pas oublier les guêtres ! On trouve parmi les lapillis au pied du Cerro Negro, côté sud-ouest, de petits cristaux jaunes légèrement translucides.

Les 250 m de descente prennent une ou deux minutes. Il suffit de se laisser glisser dans les scories et lapilli. Ne pas oublier les guêtres ! On trouve parmi les lapillis au pied du Cerro Negro, côté sud-ouest, de petits cristaux jaunes légèrement translucides.


Las Pilas : Asososca

 

Las Pilas : El Hoyo

   

Las Pilas - El Hoyo, lac et Cerro Asososca (1 088 m), dernière éruption connue : 1954

Je passerai deux jours, avec Quetzal Trekkers, à la découverte du complexe volcanique de Las Pilas-El Hoyo. Ce sera à nouveau avec de très jeunes occidentaux. Du coup au petit déjeuner nous aurons du peanut butter ! Et le soir autour du feu de camp nous ferons caraméliser des marshmallows ! Bref ça ressemblait presque à des vacances ! Bon, alors, outre le peanut butter et la marshmallow party, ce sera une belle randonnée. Départ de León à 4 h. Un bus local nous approchera du Cerro Negro. Mais pas autant que le minibus privé de Tierra Tours. Descendus du bus vers 6h, à 200 m d'altitude, il nous faudra près de 2 h de marche pour arriver à 400 m, au pied du Cerro Negro. Le tout par des températures déjà élevées, et avec de lourds sacs : il s'agit d'une randonnée en autonomie sur deux jours, chacun portera donc 7,5 l d'eau, plus une partie du collectif, plus son sac de couchage, poids total estimé à près de 15 kg. Montée au Cerro Negro - sans les sacs ! Je l'avais déjà vu quelques jours plus tôt, mais il est tellement beau qu'on ne s'en lasse pas. La visite se terminera bien sûr par une descente express dans les scories et lapilli. Après une pause au poste de garde de la réserve naturelle, nous repartirons - avec les sacs -, pour nous attaquer cette fois aux Las Pilas. Une montée très raide nous conduira à un col entre deux des sommets. Malgré les sacs et la chaleur, nous avalerons cette montée en seulement une heure. Le plus dur sera alors passé, surtout que j'avais eu la chance de tomber, pour ma part du collectif, sur les provisions du premier repas, que nous prendrons un peu au-dessus du col. Mon sac se trouvera donc allégé plus rapidement que les autres ! La suite de la marche sera entrecoupée de pauses et d'une sieste sous un semblant d'ombre - denrée particulièrement rare. Nous atteindrons finalement le lieu du bivouac : une structure plane, circulaire, partiellement entourée d'un croissant, taillée dans le flanc d'El Hoyo, à 800 m d'altitude. En fin d'après-midi, nous monterons vers le sommet d'El Hoyo. Le cratère culmine à 1 088 m. Un puits vertical, taillé à l'emporte-pièce, s'ouvre 150 m plus bas. Le puits offre une belle vue en coupe du stratovolcan - une succession de dépôts de scories et de coulées basaltiques. Les fougères l'ont colonisé de façon bien particulière, profitant à la fois des meilleurs ancrages, mais aussi des fissures et des différences entre les strates qui déterminent la circulation de l'eau. Une petite activité fumerollienne se déploie à 300 m de là, à la même altitude que le puits. Un peu partout sur les flancs d'El Hoyo, on rencontre de curieuses bombes vaguement fusoïdes, très granuleuses. Au sud, jolie vue sur le Momotombo, qui affiche une belle pente, dont le dernier tiers dans des scories et lapilli, puis sur le lac de Managua, d'où émerge le Momotombito, miniature du précédent, et qui clôt la cordillère côté sud. La nuit à El Hoyo (à 800 m, avec un peu de vent), la température descendra à 22º ! Brrr… Je commencerai à grelotter dans le sac de couchage : ça fait quand même peu comparé aux 35° habituels ! En contrebas d'El Hoyo, le volcan Cerro Asososca (aussi appelé El Tigre), et à ses pieds, le maar du même nom, abritant un joli lac. C'est là que nous descendrons le lendemain matin. La baignade sera délicieuse. Oui, la baignade dans une eau douce (donc après on ne poisse pas contrairement à la baignade dans le Golfe de Fonseca) et fraîche (enfin, relativement à la température ambiante)… Du lac, il nous faudra encore une heure de marche pour rejoindre un arrêt de bus. Retour à León en début d'après-midi, en passant par La Paz Centro.

Telica

     

Telica (1 061 m), dernière éruption connue : 2007

Dernière randonnée, avec Quetzal Trekkers, pour découvrir le Telica à la faveur de la pleine lune (4 h de montée, 3 h de descente). L'ambiance et la conduite de la randonnée seront bien en dessous de mes deux premières expériences avec Quetzal Trekkers : retard, participants nombreux et bruyants, guide jouant en boucle, sur le haut-parleur de son téléphone, les trois chansons contenues en mémoire, encadrement inexistant, gestion désastreuse des pauses (une pause de 15 mn toutes les 45 mn, donc on n'avance à rien, et on se refroidit complètement pendant les pauses), marche en accordéon (guide avançant vite, sans tenir compte des plus faibles, et obligé ensuite de s'arrêter pour les attendre)… Partis de León à 22h45 en minibus, nous serons au poste de garde de la centrale géothermique du Telica vers 23h30. Altitude 200 m. Au bout de 2 h, nous ne serons encore qu'à 400 m. Au total, nous mettrons à peu près 4 h pour nous hisser jusqu'au Telica, vers les 1 000 m. Arrivée vers 4h au cratère du Telica. Beaucoup de gaz, donc impossible de voir quoi que ce soit dans le cratère, réputé abriter un rougeoiement comme le Masaya. Nous ferons un court bivouac à quelque distance du cratère. Je serai le seul à retourner au cratère au lever du soleil, vers 6h. C'est pourtant là qu'il sera le plus beau, dans la lumière du matin. La crête offre un belvédère sur le San Cristóbal, qui lui aussi dégazait abondamment. Après le petit déjeuner, nous ferons exactement le même trajet en sens inverse, en 3 h. Déjeuner dans un petit restaurant de bord de route, puis bus, et retour à León à 13h30, en plein vendredi saint.

Semaine Sainte

Semaine sainte

À l'approche de la semaine sainte, partout on s'active en préparatifs. Les parvis des églises sont passés au nettoyeur haute pression. Les piliers sont drapés du violet propre à cette période du calendrier catholique. La plupart des représentations du Christ sont voilées du même violet. L'église de la Recolección, au déjà très riche décor intérieur, abritera en plus un autel temporaire orné de force angelots. Le dimanche des Rameaux, les églises seront bien remplies, Les fidèles ont tous leur rameau (fait ici de fibres d'une sorte d'agave), qu'ils entortillent (c'est plus souple qu'une branche de buis) et nouent pour en faire une croix. Pendant la semaine sainte, il y aura une procession par jour, à chaque fois au départ d'une église différente. Le programme des randonnées me fera rater la plupart des processions. Le vendredi saint, à défaut de la procession elle-même, j'assisterai, dans le quartier de Subtiava, à la confection des alfombras, les tapis de sciure colorée que foulera la procession. Spectacle passionnant, dans une bonne ambiance. Ce qui est peut-être même plus intéressant que la procession ! Quelques heures plus tard, je serai dans l'avion du retour…


Nicaragua (mars-avril 2009)



Claude Humbert


 

Liste des volcans du Nicaragua :

 

Nom

Numéro

Altitude

Localisation

Type

Activité ou dernière éruption

Apoyeque

1404-091

518 m

12° 14′ 31″ N

86° 20′ 31″ O

12.242, -86.342

 

2 100 ans BP

Apoyo

(Lac d’)

 

468 m

11° 55′ N

86° 02′ O

11.92, -86.03

caldeira

23 000 ans BP

Azul (Volcán)

1404-14-

201 m

12° 32′ N

83° 52′ O

12.53, -83.87

cône de scories

Holocène

Ciguatepe

(Cerro El)

1404-132

603 m

12° 31′ 48″ N

86° 08′ 31″ O

12.53, -86.142

stratovolcan

Holocène ?

Cosigüina

1404-01=

872 m

12° 59′ N

87° 34′ O

12.98, -87.57

stratovolcan

1859

Estelli

1404-131

899 m

13° 10′ N

86° 24′ O

13.17, -86.4

volcan fissural

Holocène ?

Granada (volcan)

1404-101

300 m

11° 55′ N

85° 59′ O

11.92, -85.98

volcan fissural

cônes de scories

Holocène
(entre 12 000

et 2 000 ans BP)

Lajas (Las)

1404-133

926 m

12° 18′ N

85° 44′ O

12.3, -85.73

volcan bouclier

Holocène

Masaya

1404-10=

635 m

11° 59′ 02″ N

86° 09′ 40″ O

11.984, -86.161

caldeira

2008

Mombacho

1404-11=

1 344 m

11° 51′ 43″ N

85° 58′ 05″ O

11.862, -85.968

stratovolcan

Holocène

Nejapa-Miraflores

1404-092

360 m

12° 07′ N

86° 19′ O

12.12, -86.32

volcan fissural

Holocène

(2 600 ans BP)

Zapatera

1404-111

629 m

11° 44′ N

85° 49′ O

11.73, -85.82

volcan bouclier

Holocène

Île d’Ometepe

Concepción

1404-12=

1 700 m

11° 32′ 17″ N

85° 37′ 19″ O

11.538, -85.622

stratovolcan

2007

Maderas

1404-13-

1 394 m

11° 26′ 46″ N

85° 30′ 54″ O

11.446, -85.515

stratovolcan

Holocène

Cordillère des Maribios, du nord au sud

Chonco

 

1 165 m

12° 42′ N

87° 03′ O

12.7, -87.05

stratovolcan

 

San Cristóbal

1404-02=

1 745 m

12° 42′ 07″ N

87° 00′ 14″ O

12.702, -87.004

stratovolcan

2008

Casita

 

1 405 m

12° 41′ 24″ N

86° 57′ 54″ O

12.69, -86.965

stratovolcan

 

Telica

1404-04=

1 061 m

12° 36′ 07″ N

86° 50′ 42″ O

12.602, -86.845

stratovolcan

2007

Santa Clara

 

780 m

12° 34′ 41″ N

86° 48′ 36″ O

12.578, -86.81

stratovolcan

 

Rota ou Orota

1404-06-

832 m

12° 33′ N

86° 45′ O

12.55, -86.75

stratovolcan

Holocène

Cerro Negro

1404-07=

728 m

12° 30′ 22″ N

86° 42′ 07″ O

12.506, -86.702

cône de scories

1999

Las Pilas -

El Hoyo

1404-08=

1 088 m

12° 29′ 42″ N

86° 41′ 17″ O

12.495, -86.688

volcan complexe

1954

Cerro Asososca

ou El Tigre

 

818 m

12° 27′ 11″ N

86° 40′ 30″ O

12.453, -86.675

stratovolcan

 

Lac Asososca

ou El Tigre

 

 

12° 26′ 02″ N

86° 39′ 47″ O

12.434, -86.663

maar

 

Momotombo

1404-09=

1 297 m

12° 25′ 19″ N

86° 32′ 24″ O

12.422, -86.54

stratovolcan

1905

Momotombito

 

 

12° 21′ 04″ N

86° 28′ 26″ O

12.351, -86.474

stratovolcan