JUILLET 2001

 

Information et contacts :
Sandrine Wallez & Douglas Charley, Département de la Géologie, des Mines & des Ressources en Eau, DGMWR, PMB 01, Port-Vila, Vanuatu et
Michel Lardy, Institut de Recherche pour le Développement, IRD,
Bondy, Paris, France.


Observations 
in situ 

       Le vendredi 8 juin, aux environs de 11h (heure locale), le volcan du Lopevi a repris son activité, localisée dans la zone d'activité de février à avril 2000. L'éruption a débuté par une activité explosive, correspondant au débourrage du cratère adventif. Un panache éruptif s'est mis en place, atteignant une altitude d'environ 6 km (le panache a été détecté par les satellites de la NOAA, le 8 juin à 18H52, heure locale) (voir carte ci-dessous). Poussé par des vents Sud-Est violents, il est retombé en partie sur la zone Nord-Ouest de l'île de Lopevi. Ces retombées ont recouvert la majeure partie des dépôts volcaniques mis en place par les éruptions passées ; leur épaisseur varie entre 0,5 et 1,5 m, suivant le recouvrement végétal des pentes.
       La violence de l'explosion a créé une instabilité du flanc Ouest de l'édifice (qui excède 45° vers le sommet) qui a conduit à la mise en place de deux avalanches de débris (voir photo 3) : l'une, de petite taille et de couleur grise, s'est formée le long de la coulée de lave mise en place l'année dernière. Une autre, de couleur beige, plus large, a atteint la mer et s'est formée sur l'avalanche de débris mise en place l'année dernière ; elle est principalement composée de fragments de basaltes à olivine, de fragments de coulée de lave et de scories noires et rouges. La grande proportion de scories rouges, qui donne à l'avalanche sa couleur caractéristique, montre qu'elle s'est formée par l'effondrement partiel du cône actif.
       Suite à cette activité explosive, l'activité effusive s'est installée avec la mise en place d'une coulée de lave au Nord-Ouest de l'île, recouvrant également partiellement la coulée de lave mise en place l'année dernière à cet endroit. Le point d'émission de la coulée de lave est situé à environ 200 m au-dessus du niveau de la mer et se trouve sur la faille de direction générale Sud-Est/NordOuest (voir photo 1). Le survol de cette coulée, de type aa, le samedi 9 juin, a permis d'observer la fontaine de lave en activité (voir photo 2). L'épanchement de lave s'est arrêté rapidement ; lors de notre visite, le 11 juin, la coulée fumante commençait à se refroidir. Au moment de l'éruption plinienne du Lopevi, les conditions météorologiques ont engendré des retombées importantes du panache éruptif sur l'île de Paama (voir figure ci-dessous), située à 5 kilomètres du volcan, et des retombées de cendres mineures sur les îles d'Ambrym et de Malicollo. La population de Paama, constituée de 1 650 personnes, a souffert des retombées de cendre (environ 7 cm sur la côte Est et la partie centrale de l'île), qui l'ont plongée dans l'obscurité, pendant quelques heures, et ont contaminé leur réservoirs d'eau (pH 3-4). L'intervention de la Croix Rouge a été nécessaire pour l'approvisionnement en eau potable.
       L'éruption du vendredi 8 juin, correspond à une reprise " classique " d'activité du volcan Lopevi (BGVN 24 :02 (02/99) & BGVN 24 :07 (07/99). L'activité est maintenant calme, seules de faibles explosions sont perceptibles au niveau du cratère adventif. Cette activité devrait se poursuivre sur plusieurs mois.

Michel Lardy (Institut de Recherche pour le Développement).


LAVE et 
la gestion 
des risques 
volcaniques 

LAVE participe à la gestion des risques volcaniques : utilisation de papier pH pour des villages des îles d'Ambrym et de Paama (Vanuatu).

       Les panaches émis en quasi permanence par les cratères Benbow et Marum (Ambrym) avaient, au printemps austral 1998, compte tenu des vents orientés à l'Est, provoqué des retombées de pluies acides sur les villages situés dans l'Ouest de l'île. Des phénomènes de défoliation avaient été observés et l'acidité des rivières et des eaux de pluie enregistrée grâce à l'utilisation de papier pH qui a permis de prendre quelques précautions pour la consommation en eau des habitants.
       LAVE n° 91 signalait la reprise d'activité du Lopévi au début du mois de juin avec l'émission d'un panache de 6 km qui, poussé par les vents d'Est, a plongé pendant quelques heures l'île de Paama, distante de 5 km, dans l'obscurité. Les dépôts de cendre (cf. ci-dessus l'article de S. Wallez et D. Charley) d'une épaisseur de 7 cm témoignent d'une activité équivalente à celle enregistrée en 1962 (cf. Lopevi : résumé de l'activité historique et de l'activité récente paru dans LAVE n° 77 de février 1999). Outre les dégâts sur les cultures vivrières, une augmentation de l'acidité des réservoirs d'eau potable (pH 3-4) a pu être mesurée. Une distribution d'eau potable par un navire de la marine australienne, le bâchage des réservoirs et la mise à disposition de papiers pH (comme à l'occasion d'une plus petite crise en 1999 sur la même île) ont permis de contrôler l'alimentation en eau des quelques 1 600 habitants de Paama, les plus touchés par cette nouvelle reprise d'activité du volcan de Lopévi.

 

Découverte d'un volcan en éruption depuis plusieurs mois,
le Lopevi (Vanuatu).

 

par Guy de Saint-Cyr (Aventure et Volcans)


Observations 
in situ 

Le Lopevi, qui est situé à 17 km au sud de la pointe sud-est de l'île d'Ambrym et à 20 km au nord-est de l'île d'Epi, est entré en éruption, selon divers recoupements, entre le 9 et le 13 juillet 1998.


Activité 
de juillet 
au 
15 novembre 
1998 

       Jusqu'à fin juillet, les détonations qui accompagnent les explosions ainsi que les lueurs rouges ou gerbes de lave, situées au-dessous du cratère, sont audibles et visibles chaque jour de la côte sud-est d'Ambrym (village Maranatah), de la côte nord-est d'Epi (villages de Mapouna-Nouvi et Ngala, où sont hébergés les réfugiés) ainsi que de toute la côte est de Paama. L'activité se serait ralentie durant le mois d'août (parfois plusieurs jours sans lueur et sans bruit). De septembre au 15 novembre, l'activité est irrégulière, mais persistante avec détonations et gerbes incandescentes.

Sur cette photo aérienne du Lopevi, prise en 1995 par Pierre Evin (Orstom, Port Vila), on remarque sur la face sud-est du volcan, un alignement radial de cratères éteints, qui semble avoir son origine au voisinage de la zone sommitale et s'étendre jusqu'à la partie inférieure du cône. Ces cratères témoignent d'une activité éruptive fissurale qui se serait développée récemment dans cette zone du volcan, sans qu'elle ait été signalée, contrairement à la partie nord-ouest, siège des regains successifs d'activité répertoriés depuis 1963.



Observations 
visuelles 
ou auditives 
(fin novembre 
1998) 

       - Nuit du 17 au 18 novembre 1998. Alors que je descends avec un groupe sur la face sud-est du Bembow en direction du camp de base, vers 22h, nous apercevons une gerbe incandescente qui sort du volcan Tetarvoe (Lopevi). Six personnes sur dix apercevront le phénomène, qui sera de courte durée. Nous sommes à environ 40 km du volcan. Aucun bruit n'est perceptible.
       - 22 novembre : j'appelle à Port Vatu (Ambrym), Jimmy Penuel, à qui j'avais demandé de se rendre à Maranatah (côte sud-est d'Ambrym) dans la nuit du 21 au 22 novembre afin d'observer le volcan. Malheureusement, les nuages interdiront toute visibilité pendant la nuit. Toutefois il percevra distinctement trois détonations, dont la dernière très forte.
       - 23 novembre : j'interroge plusieurs pilotes de Vanair. Tous sont formels : depuis juillet "ça bouillonne très fort" à l'intérieur du cratère situé sur le flanc nord-ouest à environ 250 m sous le sommet. Un pilote français me précise : qu'il y a beaucoup de fumée qui monte parfois très haut sous forme de colonnes. Aucune activité dans le cratère sommital.
       - 26 novembre : j'appelle à nouveau Jimmy qui est retourné à Maranatah dans la nuit du 25 au 26. Il est formel. Il a aperçu une grande lueur rouge en dessous du sommet aussitôt suivie par le bruit puissant d'une détonation en tout début de la nuit, avant que les nuages ne cachent à nouveau le volcan.
Le même jour, j'interroge le chef pilote de l'aéro-club de Port Vila, qui me confirme qu'il y a une activité explosive intense avec des panaches de fumée "depuis environ une semaine, en dessous du cratère principal".


Reconnaissance 
sur les lieux 
de l'éruption 

       Il est 23 h lorsque les porteurs d'essence arrivent. Tout le village (environ 150 personnes) nous accompagne jusqu'au bateau. Durant la traversée (1h45), j'aperçois et j'entends trois explosions, dont une particulièrement violente accompagnée par une cascade de blocs incandescents dont certains très volumineux arrivent jusqu'à la mer. Ces explosions ne partent pas du cratère principal mais d'un cratère situé 250 m en dessous sur la face nord-ouest.
       Il est 5h du matin. Le chef Apia m'explique que la seule possibilité pour grimper sur le volcan est de longer la plage à l'ouest jusqu'au point où les coulées de lave ont fait une large saignée dans la végétation. A partir de là, nous devons pénétrer dans la zone de retombée des blocs et des bombes. Ensuite, nous pourrons nous éloigner à nouveau vers l'est et quitter cette zone malsaine.
       Je suis surpris par la largeur de cette zone dangereuse. Nous avons une chance inouïe : il y a 1h1/4 que nous grimpons quand éclate une explosion. Nous sommes hors de portée des projections mais je reste sidéré par le volume de certains blocs, qui descendent avec des bonds énormes. Très peu atteignent la mer. Maintenant, nous nous dirigeons plein est en toute sécurité jusqu'à l'aplomb du cratère central sous les grandes pentes "croûteuses", qui grimpent d'un seul jet jusqu'au sommet. A partir d'ici, je décide de monter tout droit jusqu'à la hauteur du cratère actif que nous atteindrons après 5h d'effort soutenu sur des pentes de 40 à 45 °.
       La grosseur des blocs projetés, qui sortent du cratère (certaines explosions durent parfois 4 à 5 minutes), le bruit des déflagrations, l'onde de choc qui les accompagne, les chutes de cendres souvent très fortes : tout cela est suffisamment impressionnant pour décourager les cinq personnes qui nous accompagnent et qui grimpent ici pour la première fois. Après avoir parlé avec les esprits, mâché des feuilles et craché, ils posent les sacs, s'excusent et plongent dans la descente.
       Nous grimpons avec Jimmy une centaine de mètres au-dessus du cratère actif et obliquons plein ouest jusqu'à rejoindre l'arête qui relie le cratère actif au cratère sommital. La vue est ici fascinante. Notre regard plonge directement à l'intérieur du cratère actif (entre 150 et 200 m de diamètre). La sécurité semble assuré par l'orientation des trajectoires et l'éloignement de la bouche.

 

       Dynamisme éruptif
       A chaque explosion le bruit est si violent qu'il fait mal aux tympans, l'onde de choc nous frappe la poitrine. Le spectacle est colossal. Je suis étonné par le diamètre relativement étroit de la bouche qui crache le matériel éruptif aussi haut et surtout aussi large : 8 peut être 10 m de diamètre tout au plus ...
       Entre les explosions, des phases de dégazages extrêmement bruyantes entrecoupées de silence total. La hauteur de projections des blocs ne dépasse pas 150 à 200 m. Aucune bombe n'arrive jusqu'à nous. Nous taillons une petite plate-forme et nous nous installons pour une observation qui durera pas moins de 2h avec cinq belles explosions suivies de chutes de cendres abondantes. Vers 14h, les nuages montent et cachent toute visibilité. A 15h, une pluie diluvienne s'abat sur nous alors que nous montons dans les nuages jusqu'au cratère sommital. Nous redescendons sur notre terrasse pour attendre une hypothétique éclaircie en début de nuit. Mais la pluie ne s'arrête pas et vers 18h nous attaquerons la descente dans le "coton". Le retour sera difficile. Une chute sur cette pente raide recouverte d'une croûte solide uniforme sur 1 000 m serait difficile à enrayer. Nous passerons quelques minutes interminables dans la zone exposée aux projections et arriverons à 1h du matin. Il y a 20h que nous sommes partis. Nos amis nous ont ramassé et préparé des crabes de cocotier, des ananas sauvages, des mangues et des papayes. Il est saveurs que je ne sais décrire. La pluie n'a pas cessé. Nous dormons 2h et nous mettons le bateau à l'eau.(Une montée de H. Tazieff, en 1959, au Lopevi a été décrite par Roland Priam, dans le n° 72 de LAVE).

 

       A Ngala, nous devons rencontrer les chefs de village dans le " nakamal " (grande hutte réservée aux chefs et aux hommes du village et où l'on peut boire le " kava ", la boisson traditionnelle et rituelle du Vanuatu). La nuit est tombée. Une quarantaine d'hommes vient s'asseoir à côté de nous. Beaucoup sont d'anciens ou de nouveaux réfugiés de Lopevi, qui ont dû abandonner leur village. Ils nous confirment que, les nuits où le sommet est dégagé, on aperçoit une intense lumière en dessous du sommet et régulièrement de grandes traînées rouges qui descendent jusqu'à la mer.
       Il est un peu plus de 21h lorsque le chef de Ngala, le chef de Lopevi -Alick Tugon- et le chef de Tamatu -Apia Signal- viennent nous souhaiter la bienvenue.
       Grand silence dans le nakamal. Jimmy se lève et explique à tous que nous sommes venus pour observer l'éruption de leur volcan, le Tetarvoe, et que pour cela, nous avons besoin d'un bateau et d'un guide.
       Le bateau est bien là…Ils ont aperçu le signal de fumée mais il n'y a pas d'essence !
       Premier résultat… premier accord. Ils font partir dans la nuit quatre solides garçons pour aller chercher des jerricans d'essence…(je ne sais où…). Il leur faudra environ 2h30 pour faire l'aller-retour.
       Ils nous donnent l'autorisation de partir sur leur île avec le chef Apia Signal de Tamatu qui désigne quatre personnes pour l'accompagner : Guy Tomegi (36 ans), Tasso Het (23 ans), Tasso Paul (22 ans), tous du village de Hollen et Timoty Tuma (40 ans) du village de Sulu.
       Ils acceptent que nous partions cette nuit. En attendant l'essence, nous questionnons les chefs et la soixantaine d'hommes qui sont maintenant réunis autour de nous. Concernant le début de l'éruption, je comprends tout de suite qu'il sera impossible d'avoir des dates plus précises : ils parlent avec les mois, la précision maximale est de l'ordre d'une semaine. Ci-après les informations que nous avons recueillies et que je traduis scrupuleusement de la bouche même des gens qui étaient sur Lopevi durant cette période (17 personnes toutes présentes) :

  •  Une semaine avant le début de l'éruption, les vieux ont annoncé la colère des esprits qui vivent dans le volcan (cf. récit ci-après).
  •  Environ une demi-heure avant la toute première explosion, tremblement de terre très violent qui a duré " longtemps ".
  •  Première explosion en début d'après-midi. Forte détonation avec émission d'un panache de vapeur blanche aussitôt suivi par une deuxième détonation beaucoup plus puissante accompagné d'un nouveau séisme très violent, alors que s'élève au-dessus du volcan un panache très sombre qui monte à une hauteur de 1 fois 1/2 à 2 fois la hauteur du cône (soit entre 2 000 et 3 000 mètres au-dessus du cratère).
  •  De gros blocs noirs tombent assez loin dans la mer et tout près des maisons de Hollen et Tematu.
  •  Les habitants de Hollen et Sulu s'enfuient en direction du village de Haloes.
  •  Les trois personnes qui vivent à Tamatu ne peuvent rien faire. Elles sont prisonnières entre les nuées de blocs et bombes qui tombent au nord-ouest et celles qui tombent au sud-ouest.
  •  Aucune accalmie, aucune interruption dans la violence des explosions qui sont continues et se poursuivent toute la nuit accompagnée de séismes.
  •  La nuit est rouge du cratère à la mer. Le bruit du volcan est si fort qu'il " fait mal aux oreilles ".
  •  En beaucoup de points, la végétation brûle.
  •  Grosse chute de cendres en fin de nuit.
  •  Au matin, le bateau d'évacuation (celui qui va nous emmener) - longueur 5,30 m - vient recueillir tout le monde pour les traverser sur Ngala.
  •  

           Alors que je note ces différentes informations, un homme, assez âgé, vient tout près de moi et me demande : " Est-ce que tu sais, toi, pourquoi le volcan est en colère ? ". Je dois expliquer, Jimmy traduit. Avec son couteau, je dessine sur le sol. Mes explications sur l'intérieur de la Terre et les courants qui entraînent les plaques les surprennent tout d'abord, puis les fait beaucoup rire. Je me rends compte du ridicule de la situation…
           En fait, c'est lui qui va m'expliquer le pourquoi de cette éruption avec une voix lente, dans un silence religieux : " Au mois de mai, comme chaque année, les gens qui vivent à Lopevi auraient dû porter sur une grande pierre plate située sur la plage (du côté d'où vient le vent) des offrandes pour les esprits qui vivent là-haut dans le cratère. Les esprits sont l'âme des vieux enterrés à Lopevi qui poursuivent leur vie dans le volcan. Ils devaient porter, comme d'habitude, du Kava à branches rouges, des cocos verts et une plante aux vertus magiques dont j'ai oublié le nom. Le vent devait ensuite transporter ces présents jusqu'au sommet du volcan où vivent les esprits. Mais cette année, ils ont oublié. Une semaine avant le début de l'éruption, les vieux ont prévenu : " les esprits vont se mettre en colère car ils n'ont rien reçu ". "



    Résumé de l'activité historique et de l'activité récente


     

    Roland PRIAM*, Douglas CHARLEY** et Michel LARDY***
    * Ancien Directeur du Département des Mines du Condominium
    des Nouvelles Hébrides.
    ** Technicien Volcanologue à la IRD (anciennement ORSTOM) et Département des Mines et de la Géologie du Vanuatu.
    *** Représentant de l'IRD (anciennement ORSTOM) en République du Vanuatu.


    Observations 
    in situ 

           L'édifice volcanique de l'île-volcan de Lopevi (longitude 168°20', latitude 16°30', environ 6 km de diamètre, 1 450 mètres d'altitude, 3 500 mètres depuis le plancher océanique) est un des volcans les plus actifs de l'archipel du Vanuatu (Océanie).
           Contrairement aux édifices d'Ambrym et Tanna, dont l'activité reste permanente, les principaux paroxysmes du Lopevi rapportés depuis 1863 (le premier témoignage écrit est celui du capitaine Cook qui, en 1774, avait consigné sur son livre de bord " apparemment sans activité ") s'inscrivent dans des cycles d'environ 15 à 20 ans (1863/64, 1874 (peu de précision), 1892 ,1908, 1922, 1939, 1960…).
           Après la très violente éruption de 1960 qui débuta le 10 juillet par une manifestation plinienne sur le flanc nord-ouest, avec un panache d'une hauteur de 10 000 mètres, visible depuis Port Vila distant de 150 kilomètres (CE. Williams, R. Curtis), on observe l'enchaînement de manifestations variées : nuées d'avalanche, émissions de type hawaïenne, activité strombolienne et vulcanienne puis fumerollienne en moins d'un mois (JM. Rémy, C. Reichenfeld).
           Pendant quelques mois, des coulées de lave et de cendres en quantités importantes se sont répandues sur près de 1 000 hectares dans la zone nord-ouest de l'île où l'activité s'est cantonnée pendant toute cette période.
           En 1962 une petite coulée de lave est observée et le volcan reste au repos jusqu'au 7 juillet 1963 (toutes les observations de cette époque ont été faites par le " Geological Survey " et le " Département des Mines " du Condominium des Nouvelles Hébrides. Rapport de A.J Warden du N.H Geological Survey Department " Interim report on the 1963 Lopevi eruption "). L'éruption démarra par une explosion dans le cratère sommital, suivie quelques semaines plus tard par le regain d'activité des cratères de 1960 vers 900 mètres d'altitude (flanc nord-ouest), siège d'une activité strombolienne intense (lave, gaz, explosions,…).
           De 1963 à 1982 les manifestations d'émissions de cendres, de panaches, de coulées et de fontaines de lave, d'explosions stromboliennes, voire de l'émission d'une petite colonne plinienne (3 000 m) se sont enchaînées (voir chronologie J.P. Eissen, C. Blot, R. Louat, rapport ORSTOM 1991).
           C'est vraisemblablement en 1968/69 que l'activité sur le flanc sud-est a commencé à se manifester avec l'émission de deux coulées qui atteignent la mer (août - septembre 1968). L'émission d'un important panache (6 000 mètres) le 24 octobre 1982 clôt cette période d'activité qui dura plus de vingt ans.
           De 1982 à 1998 l'activité est essentiellement fumerollienne, et ce n'est qu'à partir de juillet 1998 qu'une reprise d'activité a été observée (voir l'enquête de Guy de St Cyr ci-dessus).
           Les clichés pris en mai 1998 (Air-Club Vanuatu) et confiés à un membre de L.A.V.E. ne montrent aucune activité particulière ; ceux du 10 octobre 1998 (M. Halbwachs, retour d'une mission sur Aoba/Ambae) du cratère sommital et du plus élevé des cratères adventifs du nord-ouest, ne révèlent qu'une activité fumerollienne. Au mois de novembre 1998, G. de St Cyr observe des séries d'explosions stromboliennes issues du cratère adventif de 1963 (LAVE 76).
           Douglas Charley observe, depuis l'île de Paama (6 km à vol d'oiseau), les 29, 30 et 31 décembre, des explosions stromboliennes et émissions vulcaniennes toutes les 4 à 5 minutes ; sur les 200 à 300 explosions quotidiennes pour cette période, cinq à six sont notées comme importantes. Douglas confirme à l'occasion d'un survol la mise en place d'une croûte de lave très foncée dans le cratère adventif.
           L'activité sporadique depuis quelques mois s'est donc cantonnée dans le cratère qui s'est créé en 1963 détruisant à l'époque l'harmonie parfaite de la silhouette conique du Lopevi, un rare volcan de l'archipel sans caldeira.