Mars 2002

Christophe TOUSSAINT (LAVE Sud-Est) - Joël BOYER (LAVE Paris IDF)


Observations 
in situ 

11/03/02 

        Départ de nuit vers 2h10 du pied du volcan à l'altitude de 1200 mètres sous un petit crachin. La pente est d'abord facile mais les conditions climatiques se détériorent rapidement et transforme le sentier en torrent. Peu avant 4h00, alors que la pente commence à s'accentuer, nous rebroussons chemin à 1900 mètres d'altitude.


12/03/02 

        Nouveau départ au lever du jour à 6h15 sous des cieux plus propices. Le sentier bien marqué se raidit progressivement et les 300 derniers mètres ne nous paraissent guère praticables par temps de forte pluie etnous confortent dans la décision de la veille. Les premiers d'entre nous arrivent au cratère vers 11h30. Il apparaît un peu sinistre avec des coulées sombres et un sol presque boueux par endroit. Son plancher légèrement bombé n'a pas la blancheur espérée. C'est le résultat des pluies importantes des derniers jours et peut-être d'une activité peu importante. Une coulée encore chaude par endroit indique cependant une éruption récente. Trois réunionnais présents dans le cratère depuis deux jours nous confirment une activité commencée le 10/03/2002 vers midi et terminée le lendemain à la même heure. L'activité effective se réduit alors à un petit lac de lave d'environ 20 mètres carrés difficilement visible en sécurité et à quelques fumerolles sur plusieurs hornitos. L'activité fumerollienne baisse peu après puis stoppe complètement sur le hornito voisin du lac de lave. Dans le même temps, des grondements sourds indiquent la montée du magma. Nous nous éloignons prudemment et attendons l'éruption qui paraît alors imminente. Ce n'est cependant qu'à 13h13 et sur un hornito distant de 50 mètres environ du hornito que nous observions que la lave apparaît. Le flot, tout d'abord très faible, se renforce progressivement. A 13h15, une seconde bouche située à 5 mètres de la précédente entre alors en activité. La première coulée apparaît à 13h18. L'activité de la seconde bouche s'amplifie dès 13h27. A ce moment sur le hornito, trois jets de lave sont observables simultanément. Durant l'après-midi, après deux brefs répits durant de la première heure de l'éruption, l'activité se renforce doucement mais sûrement. En dépit de la faible pente du plancher du cratère, la lave très fluide rend la progression des coulées en direction du bord est-nord-est du cratère inéluctable. Des canaux se forment…(A DECRIRE OU PHOTO).

Photos : Joël Boyer (LAVE Paris, IDF)
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        Une petite excursion au sommet effectif du Lengaï 120 mètres au dessus du cratère met en relief trois points de débordement de la lave hors du cratère qui est beaucoup plus rempli que sur les photos de 1999 que nous avons en notre possession. Les hornitos sont plus nombreux ??? qu'en 1999 (PHOTO). L'éruption très dirigée d'une des bouches permet son approche dans de bonnes conditions de sécurité … (PHOTO) A la tombée de la nuit, nous observons une faible incandescence au niveau des bouches. L'activité atteint alors son paroxysme. Vers 23h30, la coulée de lave s'épanche finalement hors du cratère. L'activité faiblit alors et stoppe peu après minuit.


13/03/02 

        Vers 7 heures du matin le lendemain, le volcan ne donne plus aucun signe d'activité. La coulée principale de la nuit a atteint 220 mètres de long et commence à blanchir sur ses bords. L'activité du lac de lave observé la veille reprend dans la matinée. Vers 13h00, alors que plus aucun signe n'indique une possible reprise d'activité, nous quittons à regret le cratère afin d'effectuer la descente dans les meilleures conditions.




Juillet 2001

Roberto Carniel ou serveur Volcano


Observations 
in situ 

        Le 27/07, le volcan Ol Doinyo Lengai, habituellement caractérisé par de petites éruptions, a produit une spectaculaire activité éruptive lors de la visite d'une équipe de scientifiques et de volcanophiles. Cette phase a été définie comme "paroxysmale" comme cela n'avait jamais été observé. D'autres dépôts dans le cratère ont pu être engendrés par plusieurs phénomènes identiques, ce qui n'exclue pas que cela se reproduise dans quelques mois.


 


Dominique Chrismann

 





Mars 1999

Norbert Choisi (L.A.V.E.), Franck Pothé (Terra Incognita), Roland Schlussel (SVG)
avec la participation de Dominique Decobecq (L.A.V.E.)


Observations 
in situ 

Ol'Doinyo Lengaï, le volcan sacré des Maasaïs :
récit d'un débordement annoncé.

        C'est dans le brouillard, au petit matin d'une journée de mars 99, que nous débouchons dans le cratère presque circulaire (510 m sur 360 m), au sommet du volcan Ol'Doinyo Lengaï. Nous ne pouvons encore voir les hornitos qui parsèment le centre du cratère, mais nous entendons de forts dégazages. C'est dans le brouillard que nous rejoignons alors les abords d'un hornito, et découvrons un lac actif de carbonatite. Pendant les trois jours que nous passerons au sommet, le spectacle ne sera que croissant de beauté et d'intérêt volcanologique (fontaines de lave et coulées qui débordent du cratère et dévalent le flanc externe du stratovolcan).

 

        A 200 kilomètres du Kilimandjaro, le Lengaï (2 886 m) est l'un des très nombreux volcans qui parsèment le fond du gigantesque effondrement tectonique du Rift est africain. L'Ol'Doinyo Lengaï est le plus septentrional et probablement le plus jeune d'un ensemble de sept grands volcans répartis sur une ligne nord-est/sud-ouest de 50 kilomètres. Il est proche de la falaise occidentale de la Rift Valley et du lac sodique Natron. Ces sept volcans culminent actuellement entre 2 000 et 3 000 m : l'Oldeani 3 188 m, le Ngorongoro 2 400 m, l'Olmoti 2 944 m, le Mont Lolmalasin 3 290 m, l'Empakaï, le Kerimasi et l'Ol'Doinyo Lengaï 2 886 m.
        Le Lengaï est le seul volcan qui émet à l'heure actuelle des laves et des tephra de carbonatites. Une particularité très rare, car par rapport aux laves " classiques ", elles sont riches en calcium et en sodium et dépourvues de silice.
        Jusqu'aux années 1960, les difficultés d'accès à cette région de Tanzanie ont fait que les rapports d'observation étaient rares. Heureusement, aujourd'hui, le Lengaï s'atteint facilement, malgré encore le mauvais état des pistes qui rejoignent la rive sud du lac Natron. Ainsi, depuis les années 1980, les visites régulières de voyageurs et de chercheurs permettent de mieux suivre et de comprendre l'activité de ce volcan.
        Jusqu'en 1983, le cratère était divisé en deux parties profondes. Le demi-cratère Nord s'est rempli, puis a comblé le Sud en débordant par-dessus la membrane qui les séparait. Actuellement, la zone Nord est la plus active avec une vingtaine de hornitos, et la zone Sud n'est q'un champ de laves surmonté d'un cône ancien. Lors de notre visite, nous avons installé notre campement dans le demi-cratère Sud (2 750 m).

Photos : Franck Pothé (Terra Incognita)
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        C'est avec impatience que depuis plusieurs mois nous attendions la nouvelle du débordement des coulées sur les flancs externes du volcan. Enfin, fin janvier, la nouvelle tombait : des coulées s'épanchaient sur le flanc Nord-Ouest. Ce débordement se présentait sous la forme de deux coulées de 20 m et 15 m de large, épaisses de quelques dizaines de centimètres. Elles avaient atteint déjà la cote de 2 500 m. Ces coulées provenaient de l'activité d'un gros hornito situé à 170 m de là, appelé T40 par le G.V.N., et H2 dans l'article ci-dessous de D. Chrismann et G. Mahoux. Un petit débordement sur le flanc Est avait eu lieu déjà quelques jours auparavant. Une coulée de quelques centimètres de large sur 100 m de dénivellation était visible.
        Sur le flanc Ouest, la lave n'était plus qu'à un mètre du bord, et un débordement semblait devoir se produire en peu de temps si les hornitos situés à l'Ouest étaient toujours aussi actifs.
        Le troisième jour au matin, après une nuit blanche, nous aurons la joie d'assister après douze heures d'activité dans le grand lac de lave, à un débordement sur le flanc Est. La lave descend alors en deux petites branches de 40 cm de large, avec un débit de 50 à 100 litres par seconde. Le spectacle est magnifique. La lave très fluide éclabousse au moindre obstacle la végétation qui parsème la pente. Au milieu des fumées de la broussaille qui brûle, nous voyons le flot qui dévale la pente. Pendant une demi-heure, la coulée est alimentée et descend certainement plusieurs centaines de mètres de dénivellation (non vérifiable, car trop dangereux à cause d'une barre rocheuse 100 m en contrebas).

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        L'un des aspects les plus intéressants pendant notre séjour fut la présence de deux petits lacs de lave. Le premier, de 5 m sur 3, à la base du grand hornito T48, et l'autre 10 m plus loin, de 9 m de diamètre et 5 m de profondeur. Lorsque ce dernier était vide, il était possible d'en observer le plancher. Au fond, s'ouvrait une cheminée d'alimentation par laquelle la lave montait. Pendant notre séjour, par trois fois nous assisterons à la vidange et au remplissage de ce lac. Spectacle surprenant de beauté par la rapidité du remplissage (quelques dizaines de minutes pour un volume de 300  m³, avec une fois un débit estimé à 140 litres par seconde), et surtout la vidange (en quelques minutes parfois). Le remplissage se faisait sous forme de bouillonnements très bulleux (des bulles hautes parfois de plus d'un mètre).
        A plusieurs reprises le plus grand des lacs débordera, et étalera sa lave en deux coulées, vers le nord-ouest et l'est. Proches de leurs points d'émission, les coulées d'aspect gris sont encore très chargées en gaz et bulleuses. Après quelques dizaines de mètres, dégazées, elles sont alors d'un aspect moins mousseux, et prennent une couleur noire. De nuit, la vision du lac et des coulées est extraordinaire. Le lac en fusion et les coulées qui serpentent sont rouge sang. La température de la lave du Lengaï est comprise entre 550 et 600 degrés. Compte tenu de la couleur nocturne rouge vif de la lave, nous estimons qu'elle était certainement plus proche de 600 degrés, voire au-dessus.
        
Une des particularités de la carbonatite est sa faculté, suite au contact avec l'atmosphère, de se décomposer, et surtout de blanchir en quelques jours. Cela donne ces coulées blanches caractéristiques du Lengaï. Nous remarquerons cependant que les coulées blanchissent de façon plus importante quand elles sont arrosées par une pluie alors qu'elles sont encore chaudes (voire en mouvement), que quand elles refroidissent lentement.
        
L'étude d'un échantillon prélevé sur une coulée de type pahoehoe non bulleuse montre une densité de 2,15 (source Norbert Choisi).

Photos : Franck Pothé (Terra Incognita)
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        Le clou de notre séjour sera un autre événement exceptionnel. L'un des membres de notre groupe installé sur le hornito T40, occupé à prendre quelques photos " aériennes " du lac de lave, ressent soudain quelques vibrations sous ses pieds. Il n'a que le temps de descendre, car à 3 m sous le sommet du hornito (qui fait 7 m de haut environ) s'ouvre une fissure de 20 cm qui éjecte une lave noire. Rapidement d'autres fissures apparaissent à la même hauteur, et éjectent à plusieurs mètres du hornito de la lave très sombre. La pression interne devient si forte que la lave gicle même du sommet. Nous craignons l'agrandissement des fissures et l'effondrement de la partie sommitale, mais rien de tel n'arrivera. Des coulées se forment alors et atteignent rapidement plus de 100 m de long. Cela va durer 5 heures.
        
Les coulées qui atteignent le rebord Nord mettent le feu à la végétation qui colonise les laves anciennes. A la tombée de la nuit, alors que l'activité décroît sensiblement, la lave apparaît rouge sombre, et le spectacle est superbe.
        
Nous estimons que 2 500 à 3 500 m² de surface seront recouverts par la lave issue de ces fontaines, sur une épaisseur de 20 à 30 cm. Cela fait un volume de 400 à 750 m³, et un débit de 35 à 70 litres par seconde.
        
Il est probable que dans les années à venir, des coulées s'écouleront régulièrement sur les flancs externes Nord-Ouest, Ouest et Est. Petit à petit, le plancher va monter, pour finalement faire disparaître le bord interne actuel du cratère, sauf au sud où celui-ci domine encore de 100 m le plancher actif. On aura alors une plate-forme bombée en son centre, avec les hornitos et leurs coulées, et de nombreuses coulées sur les flancs Ouest, Nord et Est. A moins que la pression exercée par l'empilement des coulées dans le cratère depuis 1966 n'engendre un glissement de terrain...





Janvier 1999

François-Martel-Asselin, L.A.V.E. La Réunion


Observations 
in situ 

        Fin janvier, nous avons passé quatre jours complets et autant de nuits (avec la lune, magique…) dans le cratère du Lengaï. A notre arrivée, nous découvrons une coulée encore brûlante, la végétation finissant de se consumer sur la paroi intérieure Nord du cratère. Par ailleurs, un débordement avait dû se produire peu de temps auparavant par le déversoir situé au Nord-Nord-Ouest (coulées encore noires). Le " lac " de lave (au fond du gros hornito qui présente une importante ouverture latérale) est très actif par périodes. Il est visible à une vingtaine de mètres de profondeur à peine (mesuré avec un fil de nylon lesté d'une pierre !) et encaissé dans un puits qui doit mesurer 6-7 m dans sa plus grande dimension. Le niveau de ce lac variait, avec des débordements parfois, mais il se situait le plus souvent à 2 m au moins sous son rebord. Lors des périodes de plus forte activité la nuit, les lueurs sont bien rougeâtres ou orangées. L'après-midi de notre arrivée, nous avons compté quatre phases éruptives du hornito le plus au Nord-Est du cratère, de 15 à 30 minutes, espacées de 45 minutes environ ; la coulées la plus longue n'a pas dépassé 100 m, en direction du déversoir. Il n'y a pas eu d'autres phases les trois jours suivants !





Juillet 1998

Thierry SLUYS, L.A.V.E Belgique


Observations 
in situ 

        21 juillet 1998, 8h15 du matin : alunissage sur le tapis blanc de ce cratère irréel. Un hornito est en pleine activité ; il a environ 5 m de hauteur et est situé entre le H1 et le H3 (voir ci-dessous le dessin de G. MAHOUX). Une coulée noire s'en échappe ; longue d'environ 50 m, elle se dirige vers la partie nord-ouest du cratère, là où la bordure n'a plus que 60 cm de hauteur !
        Vers 18h, nous découvrons un petit lac de lave d'environ 3 mètres de diamètre. Un bruit de ressac accompagne d'importants changements de volume. De gros bouillons viennent agiter sa surface ; une légère incandescence sera observée à la nuit tombante. Le lendemain matin, surprise : le lac est remplacé par une colonne de 4 m de hauteur qui affleure au niveau du sommet de l'édifice. Au centre de celle-ci, la carbonatite se déchaîne. Les parois de la colonne ont été formées pendant la nuit par l'accumulation des débordements de lave qui se sont figés et soudés instantanément.
        La colonne grandira encore de 20 cm pendant 2h, sous nos yeux émerveillés. Vers 10h30, la lave se retire laissant un nouveau monument dans ce monde fascinant et éphémère. Nous quittons à regret ce fabuleux cratère du bout du monde où le temps et l'univers semblent suspendus.





Novembre 1998

Dominique CHRISMANN et Gilbert MAHOUX (LAVE)


Observations 
in situ 

        Une équipe de sept français (D. BRAZILLIER, M.L. CAZZARO, D. CHRISMANN, E. FARGEAS, C. GATINEAU, G. MAHOUX et P. PERON) a séjourné deux jours et deux nuits dans le cratère entre le 2 et le 4 novembre 1997. Partie vers 2 heures du matin le dimanche 2, l'équipe était sur les lieux aux alentours de 7-8 heures (montée par la face ouest). Le campement était installé sur la bordure nord-ouest, à un endroit où le rempart qui limite le cratère n’est plus très haut. A son minimum, ce rempart ne dépasse pas une hauteur d’homme.

 

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 Le cratère de l'Ol'Doinyo Lengaï, vu du   sommet du volcan à 2878 m. A l'horizon sur   la droite, le lac Natron en période de basses   eaux, plus de 2000 m plus bas dans le fond   de la vallée du Rift. Sur la gauche, le grand   escarpement marque la faille qui limite à   l'ouest l'effondrement du Rift.

La première exploration permettait de découvrir deux centres d'activité : une bouche strombolienne

encapuchonnée (S), située à peu près au centre du cratère, de 2 à 3 m de diamètre et profonde d’environ 5-6 m (niveau variable), projetait par intermittence des lambeaux de lave en arrosant le sol alentour ; par ailleurs, un lac de lave (L1) également encapuchonné, situé plus à l'est, d'environ 15 m de diamètre, présentait une activité intense (mousse, bulles explosant en surface, oscillations du niveau de la lave). Une coulée récente encore chaude, émettant une multitude de craquements dus à la formation de failles de retrait dans les coulées pahoehoe fraîchement solidifiées, et dirigée vers le bord est du cratère, témoignait de cette activité. Vers 12h30, le lac débordait et une nouvelle coulée recouvrait la précédente. Le débordement a duré environ ½ heure. Vers 15h, le niveau du lac était redescendu d’environ 2 m. Pendant deux jours le niveau ne cessera d’osciller fortement; il descendra jusqu’à une bonne quinzaine de mètres, découvrant ainsi une vaste cavité qui s’élargit en profondeur. Le 4 au matin, nous observerons un nouveau paroxysme : bulles explosant à plusieurs mètres de hauteur, vagues de lave faisant s’effondrer les bords, débordements de la masse liquide et mousseuse, coulées successives rayonnant du sud-est au nord-nord-est.

 

Toujours le 2 novembre, vers 16h30, sur un groupe de trois hornitos situés au nord du cratère, un premier hornito (H1) entrait en éruption, puis un second plus important (H2), d’une dizaine de mètres de hauteur. Ce dernier n'a cessé jusqu’à notre départ le surlendemain de couler de diverses façons, et sur plusieurs versants : cascades,  fontaines,  puissants  jets

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Les sites actifs dans le cratère,
du 2 au 4  novembre 1997
(les coulées récentes, de moins de 24h,
sont représentées en pointillés sur le dessin).

de lave qui jaillissent horizontalement à des mètres de distance. Par ailleurs, l’activité strombolienne de la bouche S s’amplifiait, et à quelques mètres de là, un troisième hornito (H3) entrait en éruption. Le cratère présentait à 19h ce 2 novembre une activité continue en plusieurs points.

 

        Nous observons à loisir la lave qui jaillit mousseuse, d’un gris argenté. Dès qu’elle est dégazée, elle devient noire comme du jais. Des coulées pahoehoe en miniature naissent, de couleur brune ou grise. La lave y creuse des rigoles larges parfois de moins d’un centimètre, dans lesquelles elle s’écoule en formant des laves cordées. Lorsqu’elle avance sur un sol humide, elle vaporise l’eau sous-jacente et des bulles viennent alors crever sa surface avec un bruit intense de friture.
        
Avec l’obscurité qui tombe, nous découvrons l’incandescence rouge sombre du lac de lave L1. Après dîner, nous allons observer le grand hornito H2 qui redouble d’activité. Ses cascades, fontaines et coulées incandescentes apparaissent sous la lumière des torches comme des écoulements de sang.
        
Pendant la nuit, après une période de vent et de brouillard durant laquelle nous ne cesserons d'entendre les giclées de lave de H2, les explosions et les coups sourds de la bouche S, nous sortons de nouveau. Du côté des tentes, l'air est imprégné de l'odeur sulfhydrique caractéristique des fumerolles volcaniques. Vers 3h½ du matin, l'activité est intense. La bouche S pique une colère et arrose tout alentour. Nous découvrons alors un nouveau site éruptif : un lac de lave (L2), plus important que L1 (une vingtaine de mètres de diamètre), perché au sommet d’un édifice conique de 10 à 15 mètres de haut, déborde abondamment. La lave extrêmement fluide descend très rapidement la pente du cône, et alimente des coulées qui atteindront le bord nord-ouest du cratère à 200 m de là, pas très loin de nos tentes. Nous montons sur la rive du lac qui est en pleine effervescence. Une fontaine de lave d’un rouge plus vif que le lac jaillit en son centre à plusieurs mètres de haut. Vers 5h½, brusquement le lac déborde de tous côtés et nous redescendons précipitamment. Au même moment, nous voyons au sommet du grand hornito H2 une fontaine incandescente et bien verticale de 3 à 4 m de haut. H3 reprend son activité et émet de nouvelles coulées.
        
Dans la matinée du 3, le lac L2 cesse son activité, la lave a disparu, et vers midi nous pourrons descendre sur une plate-forme qui en constituait partiellement le fond, plate-forme depuis laquelle nous observerons très loin au fond d'une cheminée verticale le bouillonnement de la lave (profondeur estimée à au moins 30 m). Dans la journée du 3 novembre, le grand hornito H2 continuera de couler abondamment (robinets, coulées à la base,…) jusque vers 17h30, et nous apparaîtra assez déformé par rapport à son aspect du premier jour. Un nouvel hornito (H4) entre en éruption près de la bouche S, et l'annonce par une violente et bruyante explosion. A 18 h le niveau de la lave dans la cheminée d’alimentation du lac L2 est remonté à environ -15 m, et ne cesse de monter pour atteindre progressivement le niveau de la plate-forme. En début de nuit L2 déborde à nouveau, et nous constaterons le lendemain matin une intense activité : bouillonnements, mouvements incessants de montée et de descente de la lave.
        
La nuit du 3 au 4 novembre est très brumeuse, ce qui nous empêche d'explorer le cratère. A 6h du matin, nous allons dans le brouillard vers L1 et constatons à l'étendue des coulées qu'il a débordé depuis plusieurs heures. Les coulées de la veille ont pris une teinte claire avec des taches vertes. A 8h45, L1 dans un état d'activité intense déborde abondamment. Les coulées ont creusé de petits canyons, et forment en miniature des laves cordées sur des coulées pahoehoe, ainsi que des coulées aa. L1 n'en finit pas de bouillonner et de déborder. Il pleut. Nous écoutons le bruit de la pluie sur la lave chaude. Celle-ci, grise dès qu’elle se solidifie, est instantanément tachetée de blanc par les gouttes de pluie qui l’hydratent. La lave coule à gros flots... Sous les bourrasques de pluie, nous quittons ce lieu perdu, puissant et fantastique.





Janvier 1997

Source : Luc LENOBLE
Eric CHRISTIN, Nature Discovery, P.O. Box 10 574, Arusha, Tanzanie
fax/tél. : 00 255 57 84 06 / 00 255 57 40 63.


Observations 
in situ 

        Un groupe de quatre Français résidant à la Réunion (V. TERRISSE, J.L. CHERON, S. RUYS et L. LENOBLE), s’appuyant sur la logistique de Nature Discovery (E. CHRISTIN) a effectué une visite du cratère actif le 7 janvier 1997 ainsi qu’un survol aérien du volcan et du lac Natron le jour suivant.
        L’ascension a été entamée de nuit le 6 janvier à 22h sur la face Ouest pour atteindre le rempart Ouest à 3h30 du matin. Une visite approfondie du cratère Nord, d’où se dégageait une intense activité fumerollienne, a permis de constater d’importants changements morphologiques par rapport au dernier rapport connu (G.V.N., vol. 21, p. 17-19, Celia NYAMWERU, septembre 1996).
        Bien qu’aucune activité effusive n’ait été repérée ce 7 janvier, il est raisonnable de penser qu’une importante activité effusive a eu lieu dans la semaine qui a précédé cette visite. Une grande coulée de type aa s’est épanchée depuis la bordure Sud-Est du cratère en périphérie Est, Nord et Nord-Ouest, recouvrant près d’un quart du plancher du cratère.

 

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Vue du rempart Nord, montrant l’ennoyage du hornito A5 par la coulée aa récente, indicateur de l’épaisseur de la coulée
(2 à 3 m). Dessin d’après photo (07/01/1997) J.L. CHERON.

Cette coulée présentant à son front une épaisseur d’environ 1 mètre, on peut envisager que son épaisseur moyenne est de l’ordre de 2 à 3 mètres, ce qui est corroboré par l’ennoyage conséquent du hornito ancien A5 localisé sur la face interne du rempart Nord. Couvrant une surface estimée à 40 000 m², elle présentait encore le 7 janvier    la    coloration

noire significative des coulées récentes, d’où émanait une intense activité fumerollienne, indice supplémentaire d’une activité des plus récentes. Par ailleurs, on a pu noter la persistance d’une « soufrière » active localisée à l’aplomb d’une fracture radiale Nord-Ouest/Sud-Est qui découpe le rempart Est avec d’importants dépôts de soufre issus du dégazage intense. Les autres points d’activité notable restent le hornito T5/T9 qui présente aussi un fort dégazage, comme le hornito T20, ainsi qu’une cavité résiduelle où subsistent de superbes stalactites de carbonatites et des dépôts des soufre liquide. Si l’activité intermittente du Lengaï se poursuit au même rythme que ces dernières années, il ne serait pas étonnant que l’on enregistre en 1998, voire dès cette année 1997, un débordement des coulées de lave sur le flanc Nord du volcan, hors du cratère, tant est devenue réduite la hauteur (moins de 8 mètres) séparant le plancher actuel du cratère du rempart Nord.