Le
volcan est décidément imprévisible! En effet, hier matin,
la lave a brutalement cessé de s'écouler. Aucun trémor n'est
enregistré depuis hier dans le secteur du piton Guanyin, né de l'éruption
du 16 Novembre. Cependant, tout n'est peut-être pas terminé car la
sismicité reste à un niveau supérieur à la normale.
La possibilité d'un effondrement qui affecterait le sommet du volcan est
envisagé par les scientifiques de l'observatoire. De ce fait, le survol
du sommet est interdit sur un rayon de 2 km, ainsi que l'accès à
l'Enclos.
Info-LAVE du lundi 2
décembre :
Après
avoir coupé la RN2 samedi soir à 23 heures, la rivière de
lave a atteint l'océan hier matin à 5 heures, déjouant ainsi
- une fois de plus! - tous les pronostics. En effet, il y a seulement quelques
jours, rien ne laissait prévoir que les événements allaient
se précipiter ainsi. De plus, hier après-midi, une nouvelle langue
de lave menaçait de couper la route au nord de la coulée déjà
établie.
Info-LAVE du dimanche
1er décembre :
Après
la forte augmentation du tremor éruptif enregistrée depuis vendredi,
la lave a coupé la RN 2 hier soir à 23 heures. Le front de coulée,
d'une centaine de mètres de large et de 5 m de hauteur, se dirige donc
vers la mer. L'Enclos reste interdit au public qui peut accéder à
la coulée par deux sentiers tracés de part et d'autre.
Novembre 2002
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du jeudi 28
novembre :
L'éruption se poursuit
là aussi et n'est visible que depuis la RN 2 qui reste indemne pour
le moment. Les très mauvaises conditions météo qui ont sévi
sur l'île ces derniers jours n'ont pas permis de faire des observations
intéressantes.
Info-LAVE du samedi 23
novembre :
L'éruption se poursuit,
mais le mauvais temps causé par le passage de la tempête tropicale
Boura n'a pas permis de faire d'observations sur le terrain. Au niveau de l'anecdote,
on notera que le cône éruptif qui s'est formé sur l'une des
fractures éruptives a été baptisé Piton Guanyin, du
nom d'une déesse chinoise. L'accès à l'Enclos reste interdit
au public.
Info-LAVE du mardi 19
novembre :
La coulée de l'éruption
qui a commencé samedi n'a guère avancé depuis notre dernier
bulletin. Le replat du Grand Brûlé et les débordements dans
les Grandes pentes ralentissent considérablement son alimentation. Il est
impossible de dire si la lave atteindra la RN 2. S'agissant de l'observation
sur le terrain, la descente dans l'Enclos est interdite et la Préfecture
rappelle qu'il est également interdit de quitter la RN2 pour pénétrer
dans l'Enclos et s'approcher des coulées.
Info-LAVE du lundi 18
novembre :
L'état de préalerte
déclenché le 12 Novembre était pleinement justifié
puisque le volcan est entré en éruption samedi matin sur son flanc
Est. De ce fait, le spectacle éruptif se situe dans le Grand Brûlé.
Les coulées avaient atteint l'altitude 500 m samedi soir et ont encore
gagné du terrain pendant la nuit de samedi à dimanche. Hier après-midi,
leur front se trouvait à l'altitude 400 m, soit à moins de 2 Km
de la route nationale 2. Cependant, la lave étant parvenue dans la zone
de replat du Grand Brûlé, sa progression avait considérablement
ralenti hier soir. Hier soir toujours, seules 2 des 4 fissures qui se sont ouvertes
samedi matin étaient actives à une altitude de 1600 m. Elles émettent
des fontaines de lave d'une trentaine de mètres de hauteur. L'accès
à l'Enclos est interdit à partir du Pas de Bellecombe. La coulée
est visible uniquement depuis la RN2.
Info-LAVE du jeudi 14
novembre :
Le volcan
est à nouveau en état de préalerte depuis le 12 Novembre.
Une nouvelle crise sismique était encore enregistrée hier.
Janvier 2002
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du mardi 15
janvier :
1ère
Édition 8h00 : Comme
cela était prévisible, la lave est entrée dans l'Océan Indien, un événement qui
ne s'était pas produit depuis 1986. En chemin, la coulée a recouvert le site de
la Vierge au Parasol, mais cette dernière a pu être retirée à temps. Seuls quelques
pêcheurs ont pu assister depuis leurs barques au mariage de l'eau et du feu de
la terre.
2ème
Édition 21h00 : L'éruption
se poursuit avec une coulée divisée en 2 bras qui se jettent dans l'Océan Indien.
Le fait nouveau depuis notre bulletin de ce matin est la décision de la préfecture
de procéder à l'évacuation du village de Bois Blanc menacé par une extension de
l'éruption hors Enclos. Étant donné la progression de la sismicité, cette
éventualité ne saurait être écartée.
Info-LAVE du lundi 14
janvier :
Alors que le calme semblait revenu
et l'éruption terminée, la lave a brusquement fait sa réapparition pendant la
nuit de Samedi à Dimanche. Une fissure s'est ouverte dans la base du rempart de
l'Enclos, vers l'extrémité Est de la plaine des Osmondes, à 1050 m d'altitude.
La coulée, après avoir coupé la RN 2 au niveau de la Vierge au Parasol, poursuit
sa route vers la mer. Les premiers prélèvements révèlent une lave riche en olivine,
donc de provenance plus profonde que lors des éruptions précédentes. D'autre part,
les paramètres sismiques enregistrés par l'Observatoire laissent entendre que
le Piton a peut-être d'autres tours dans son sac.
Info-LAVE du dimanche
13 janvier :
Devant la baisse régulière de
la sismicité, les autorités ont décidé de rouvrir l'Enclos hier samedi. Néanmoins,
les randonneurs n'auront pas grand'chose à voir, puisque les coulées ont disparu.
Devant l'éventualité d'une reprise de l'éruption hors Enclos, les accès au Nez
Coupé de Ste Rose et au Piton de Partage restent interdits. En effet, si la lave
devait sortir dans ce secteur, des éboulements pourraient mettre en péril la vie
des visiteurs.
Info-LAVE du vendredi
11 janvier :
L'éruption continue à baisser
d'intensité. Hier 10 Janvier, une expédition partie dans l'Enclos dans le but
d'ouvrir un sentier d'accès au site éruptif est rentrée bredouille. Le spectacle
n'était plus au rendez-vous. Étant donné les risques inutiles que prendraient
des randonneurs, il a été décidé de maintenir l'Enclos interdit au public. Les
scientifiques et les autorités restent cependant très vigilants. Une réactivation
de l'éruption hors Enclos reste toujours possible.
Info-LAVE du lundi 7
janvier :
L'éruption qui a commencé samedi
5 Janvier à 23 h se poursuit, mais à huis clos. En effet, devant le risque d'une
propagation hors Enclos, les autorités ont interdit les accès au promontoire du
Nez Coupé de Ste Rose et au Piton de Partage, pourtant situé à 2,5 km de la zone
sensible. L'annonce de cette dernière décision était accueillie hier avec beaucoup
d'étonnement. Étant donné l'absence de danger sur ce site ; on se demande
quels motifs ont dicté cette mesure d'interdiction.
Info-LAVE du dimanche
6 janvier :
Après
3 mois déroutants pour les scientifiques de l'observatoire, le volcan est entré
en éruption le samedi 5 janvier. A 23 heures (heure locale), 4 fontaines de lave
ont jailli sur la rupture de pente qui surplombe la Plaine des Osmondes, à 1850
m d'altitude. Elles illuminent le rempart du Nez Coupé de Ste Rose dont elles
sont éloignées d'environ 400 mètres. L'accès à l'Enclos est bien sûr interdit.
Les autorités demeurent vigilantes car, au vu de la sismicité, une éruption hors
Enclos n'est pas exclue.
Info-LAVE du vendredi
4 janvier :
Le
volcan demeure en état de préalerte. Des séismes sont toujours enregistrés par
l'observatoire, ainsi qu'un gonflement du volcan. L'accès à l'Enclos reste autorisé,
mais il est demandé aux randonneurs d'être vigilants.
Juillet 2001
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du samedi 14 juillet :
L'éruption est officiellement
déclarée terminée depuis l'arrêt de l'activité le 7 juillet dernier. Le principal
souci des autorités est désormais de dégager la RN n°2 qui a été coupée par une
coulée dans le Grand Brûlé.
Info-LAVE du samedi 8
juillet :
L'éruption (commencée il y a 3
semaines) se poursuit, mais les très mauvaises conditions météo interdisent toute
observation valable.
Alain Barrère, L.A.V.E. La Réunion
Observations in situ
Après
une activité sismique stable depuis le début de l'éruption, plusieurs coulées
sont visibles le 2 juillet en haut du Grand Brûlé
après un cheminement en tunnel. Le front d'une coulée qui descend dans les Grandes
Pentes est mesuré à 500 m d'altitude. Entre le 2 et le 6
juillet, le nombre de séismes quotidiens passe de 23 à 229 et le trémor
est au maximum. Le 6 juillet, 150 séismes sont mesurés,
une coulée traverse la RN2 dans le Grand Brûlé à 16h et engloutit la borne historique
en pierre de la limite entre les communes de St-Philippe et Ste-Rose. Le 7
juillet, une 2ème coulée traverse à nouveau la RN2 vers 9h, à environ
1 km de la précédente, dans la direction de Ste Rose. Elle engloutit une borne
kilométrique (cf. photo de dernière page, Revue LAVE N°92). Dans la soirée,
le trémor chute de 95 % puis toute activité sismique disparaît ; l'éruption se
termine donc très brutalement dans la nuit du 7 au 8 juillet.
Lors de la traversée de la RN2, le 7 juillet, les
scientifiques de l'Observatoire ont remarqué que le basalte était riche en phénocristaux
d'olivine (comme en 1986), ce qui est peut être un signe de réalimentation profonde
des chambres plus superficielles. Le Piton Madoré, témoin de cette éruption, a
été baptisé en hommage à un chanteur de rue réunionnais (1928-1998).
Site du Journal de l'Ile de la Réunion : http://clicanoo.com
(" cliquez sur nous " en créole !)
Observations in situ
Le
29/06, de nouvelles coulées de lave étaient observées
dans la zone du Grand Brûlé. Le 1/07, une augmentation
du trémor, pendant une heure, était accompagnée par un fort dégazage du cône et
l'évacuation de grande quantité de lave : une ouverture s'est produite à
la base du Piton Madoré. Le 2, plusieurs petites dizaines
de coulées étaient visibles dans les Grandes Pentes. Le 3,
le trémor et les tremblements de terre de magnitude inférieur à 3 étaient localisés
sous le cratère Dolomieu à des profondeurs proche du niveau de la mer. Le 6
et 7/07, deux coulées a'a traversaient la route nationale 2 pour la première
fois depuis 1986. Vers 15h00 le 7/07 en moins de une
minute, le trémor disparaissait brutalement signifiant la fin de cette septième
éruption depuis "l'éruption du siècle" en 1998.
Juin 2001
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du jeudi 21
juin :
L'éruption continue, avec des
fontaines de lave sur le site éruptif baptisé Piton Madoré. L'Enclos est à nouveau
ouvert au public depuis lundi, mais il faut savoir que l'accès aux coulées est
très difficile et demande 6 à 8 heures de marche pénible. La météo, actuellement
très incertaine à la Réunion, n'arrange pas les choses.
Info-LAVE du dimanche
17 juin :
Commencée le 11 Juin, l'éruption
se poursuit, avec quelques modifications au niveau de l'émission de lave. Au lieu
d'avoir plusieurs fontaines échelonnées le long de la fracture éruptive, on assiste
maintenant à la formation d'un cône qui concentre les projections sur un seul
point. Dans son cratère, un lac de lave s'est formé où explosent parfois de grosses
bulles de magma. Contrairement à ce qui avait été annoncé, l'accès de l'Enclos
est resté interdit ce week-end.
Info-LAVE du vendredi
15 juin :
Après une brève crise sismique
de 126 événements le 11 juin, le Piton est à nouveau entré en éruption ce même
jour à 13h50 heure locale. Plusieurs fractures en échelon sont apparues sur le
versant ESE entre les altitudes 2 500 et 1 800 m. Plusieurs coulées ont emprunté
les pentes du Grand Brûlé, mais leur progression est très lente. En ce moment,
seule la fracture la plus basse est active sur une longueur de 200 m, avec deux
ou trois fontaines de lave d'une trentaine de mètres de hauteur. La coulée emprunte
la bordure nord de l'éruption du 27 mars dernier. Actuellement interdit, l'accès
de l'Enclos devrait être ouvert au public ce week-end. Consulter les précautions
à prendre sur le site Internet du Journal de l'Île.
Ses éruptions
se suivent et … se ressemblent : depuis le 11 juin dans l'après-midi, le volcan
nous offre sa 7ème manifestation depuis l'éruption du siècle de 1998 ! Encore
une fois sur le flanc Sud-Est - donc invisible du pas de Bellecombe, là où se
situe le parking et le point de vue sur le volcan - et toujours par des fissures
qui s'ouvrent au-dessus de 2 000 m mais qui cette fois-ci se sont étalé plus bas
jusque vers 1800 m. Après
avoir décru très rapidement, l'activité éruptive s'est concentrée à 1 850 m d'altitude
sur une fissure de 100 à 150 mètres de long, le 12 juin. Orientée Ouest-Est, elle
était ponctuée d'une série de fontaines de lave qui avaient édifié un rempart
continu de part et d'autre de ses lèvres. Une coulée, malgré un débit très modeste,
finissait, le 13 au soir, par atteindre la cote 380. Les
prélèvements de matériaux et de gaz effectués par l'équipe scientifique de l'observatoire
de la plaine des Cafres n'ont pas mis en évidence de modifications de la composition
du magma par rapport aux récentes éruptions. A noter aussi que l'Observatoire
réunionnais de l'air (ORA) a pu détecter au soir du 12 juin des concentrations
de SO2 supérieures aux seuils de vigilance dans l'atmosphère du Nord-Ouest de
l'île du fait du régime actuel d'alizés qui diffusent les gaz volcaniques bien
au-delà de la région du volcan. Petit
à petit, l'activité volcanique s'est limitée à une seule zone fissurale d'effusion
où un cône a fini par se constituer. Le 15 juin au soir, un groupe de passionnés,
membres du Centre de Documentation et de Diffusion sur le Volcanisme (CDDV), a
assisté à un spectacle pyrotechnique rare : le chenal par lequel s'évacuait la
lave s'étant peu à peu obstrué, des bulles de gaz sphériques de plusieurs mètres
de diamètre se sont mises à éclater à la surface du lac de lave à l'intérieur
du cône, avant que cela le chenal débouche. Une
semaine plus tard, le piton Madoré était là, bien planté sur le flanc Sud-Est
du Dolomieu et toujours en activité pour le plaisir de ses admirateurs qui avaient
pu enfin être autorisés à l'approcher 15 jours après le début de l'éruption -
posant une fois de plus l'épineuse question de l'ouverture de l'Enclos au public
lors des événements éruptifs. Le 28 juin, l'éruption se poursuivait avec 2 bouches
toujours actives d'où partait une coulée de 1 km environ et avec un trémor
associé relativement élevé. Décidément ce Piton de la Fournaise, quel point chaud
!
Jean PERRIN, L.A.V.E. La Réunion
Jeudi 14 juin :
Ayant obtenu
l'autorisation préfectorale indispensable pour toute dépose par hélicoptère dans
" l'Enclos ", nous partons au " Pas de Bellecombe ". 16h30
: après un jeu de cache cache avec les nuages notre pilote nous dépose sur la
" D.Z. " sous le " Signal de l'Enclos ". Il ne nous reste
plus qu'à tout transporter (à six) sur quelques centaines de mètres de très mauvais
blocs et grattons ! En contrebas, nous apercevons par intermittence deux ou trois
belles fontaines et les méandres de la coulée qui se perd sous les nuages habituels
dans cette région de l'Enclos. Nous apercevons par moment le lac de lave donnant
naissance à la fontaine la plus aval. Une fois le dîner dégusté, nous nous équipons
(casque, masque à gaz, gros gants de cuir) pour approcher le phénomène. Un col
situé entre les deux fontaines principales nous autorise un panorama imprenable
sur les deux lacs de lave et la coulée qui s'épanche (cf. photo couverture).
Vendredi 15 juin :
5h30 : direction
le col repéré la nuit précédente. Lever de soleil un peu décevant car très couvert
; le spectacle fascinant est toujours au rendez-vous, même s'il faut se méfier
en permanence des bombes qui fusent autour de nous : la direction des projections
variant au gré du vent et des caprices des bouches éruptives. Des bulles de gaz
de plusieurs mètres de diamètre crèvent la surface de ces deux lacs en furie à
un rythme soutenu. La journée se passe ainsi à observer les variations d'activité
des deux fontaines. Entre 17 et 19 heure, l'obstruction du chenal d'évacuation
du lac aval entraîne une montée notable du niveau de la lave nous permettant de
profiter au mieux du spectacle. Le second dîner se fera devant la fontaine amont
qui redouble de dynamisme. Après avoir fait écouter les fontaines à nos amis restés
dans le monde " civilisé ", y compris en métropole, nous essayons de dormir sous
le bombardement continuel de lapilli. Nous sommes tout de même un peu anxieux,
ayant appris, grâce à une liaison avec l'observatoire, que des séismes avaient
été enregistrés dans les dernières 24 heures sous le tremor et que l'on pouvait
légitimement craindre une nouvelle ouverture dans le secteur : ce scénario s'est
déjà produit par le passé.
Samedi 16 juin :
6 h : brouillard
et pluie. Nous ne pourrons pas tout porter…. nous somnolons sous les tentes et
l'éternel crépitement des lapilli sur nos bâches. 7h30 / 8h, le voile se lève
et nous découvrons un spectacle ayant totalement évolué dans la nuit : le col
d'observation de la veille est bombardé en permanence (et devenu totalement inaccessible)
par la fontaine amont qui reste la seule très active et par ailleurs fait monter
considérablement le cône en formation, nous dissimulant définitivement les lacs
de lave.
Mars,
Avril 2001
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du mardi 27
mars :
Depuis
le début de l'après midi (vers 13 heures, heure locale), après
une crise sismique d'une trentaine de minutes, une éruption a commencé
au niveau du cratère DOLOMIEU. Dimanche après-midi, l'alerte 1 avait
de nouveau été mis en place au vu d'un regain de sismicité,
avec des événements de plus en plus superficiels. De ce fait, l'accès
à l'Enclos est interdit au public.
Info-LAVE du vendredi
9 mars :
L'éruption
se fait toujours attendre. Rappelons que samedi dernier 3 mars, les autorités
avaient décrété le niveau d'alerte 1, signe d'une éruption imminente. Le dimanche
4 mars, les sismographes ne signalaient plus aucune anomalie. Le lundi 5 mars,
on notait le retour de l'activité sismique et une inflation de l'édifice volcanique.
Entre le mardi 6 et le jeudi 8 mars, on a continué à observer des signes d'agitation
discrets mais indéniables. Le niveau d'alerte 1 reste en place. En conséquence,
l'accès à l'Enclos reste interdit.
Qu'elle
fut courte cette première éruption du nouveau millénaire ! 8 jours, pas un de
plus ! Démarrée le 27 mars après une très brève mais
intense crise sismique, cette éruption s'est achevée le 4
avril très tôt, par une série de dégazages brutaux du cône, typiques des
fins d'éruption. Une centaine de coups de canon ont ainsi été enregistrés dans
l'enclos Fouquet entre 4 et 6 h, ce matin là. Dès
les premiers jours du millénaire, le volcan a donné des signes d'agitation. Puis,
de phase sismique en phase sismique, toujours sans suite, le Piton de la Fournaise
a joué avec les nerfs des observateurs et des autorités durant plusieurs semaines.
Echappés d'une fissure à une altitude de 2 000 m environ sur le flanc Sud-Est
du Dolomieu aux alentours du Piton Morgabim (coulée d'octobre 2000) et après avoir
dévalé les grandes pentes, les flots de lave se sont figés vers la cote 400 à
environ 1,5 km de la route nationale n° 2 d'où le spectacle, une fois encore,
a attiré un grand nombre de badauds admiratifs. Bienvenu
donc au piton " Tourkal ", nom de baptême attribué au cône originel par l'observatoire
volcanologique de la Plaine des Cafres. Tourkal est un mot d'origine indienne
désignant les deux vases où brûlent la braise et l'encens. L'éruption
du 27 mars n'aurait-elle mis en jeu que des poches
de magma superficielles, elles-mêmes sollicitées par des mouvements d'origine
plus profonde ? C'est possible lorsque l'on sait qu'un réseau très complexe de
fractures existe sous le massif du Piton de la Fournaise : nappe phréatique, gaz
issus du magma et magma lui-même y séjournent dans un fragile équilibre que de
nouveaux apports remettent sans cesse en question. Parfois cet équilibre est rompu
et se déclenche une éruption. Depuis
l'éruption du siècle du 9 mars 1998 qui, avec ses 196 jours, a battu tous les
records historiques de durée dans l'île, c'est la septième fois en 2 ans que la
Fournaise se manifeste. Ce " piton " est vraiment l'ami des passionnés
de volcans !
Janvier, Février 2001
Site du Journal de l'Ile de la Réunion : http://clicanoo.com
(" cliquez sur nous " en créole !)
Observations in situ
Huit
semaines après la fin de l'éruption du 12 octobre, l'attention des scientifiques
de l'observatoire a été attirée début janvier par de légères variations relevées
par le réseau de surveillance automatique du volcan. Au fil des jours, ils ont
constaté que l'extensomètre chargé de mesurer l'écartement d'une fissure dans
la région du cratère Château-Fort commençait à bouger, signe tangible de tensions
à l'intérieur de l'édifice du Piton de la Fournaise. Les signaux se sont fait
plus nets à partir du 15 janvier, date à laquelle les inclinomètres du Château-Fort
(au pied et au Sud du cône terminal), du cratère Dolomieu et de la Soufrière (au
sommet des cratères) se sont à leur tour signalés, mettant en évidence un début
de gonflement du volcan. Le bombement progressif de ses flancs, insensible pour
les randonneurs, ne pouvait échapper aux appareils, capables de déceler une modification
de niveau aussi faible soit-elle. La
confirmation du réveil du volcan est venue le week-end des 23-25 février avec
l'apparition des premiers séismes, sans doute générés par des mouvements de magma
: localisés au niveau de la mer, on en a dénombré sept pour chacune de ces 3 journées,
de magnitude inférieure à 1. Le 28 février, un séisme de magnitude 1,4 était enregistré
à l'aplomb du cratère Dolomieu, un peu au-dessus du niveau de la mer. Mardi
27 février après-midi, le passage en pré-alerte (" situation d'activité géophysique
anormale ") était déclenché ; rappelons qu'il existe 3 niveaux d'alerte.
Plan de secours spécialisé (PSS)
La
préalerte décrétée le 27 février correspond, aux termes du plan de secours
spécialisé - éruptions volcaniques - publié en 1992, à "une situation d'activité
géophysique anormale". Cette situation peut se terminer par un retour à un niveau
d'activité normal (préalerte levée), se maintenir pendant une période quelconque
(de un jour à plusieurs semaines) ou déboucher sur une crise éruptive (on passe
en alerte). - Alerte n° 1 : éruption imminente. "L'observatoire détecte les
signes d'une crise intrusive qui selon toute probabilité se traduira par une sortie
de lave". L'accès à l'enclos devient interdit. En l'absence de sortie de la lave,
il est possible de revenir en préalerte. - Alerte n° 2 : éruption dans l'enclos.
- Alerte n° 3 : éruption hors enclos. "Cette étape traduit la détection d'activité
vers les zones basses". Les communes de la côte sont averties du risque de coulées.
Novembre 2000
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du mardi 28
novembre ( 8h00) :
Comme
nous le laissions entendre dans un précédent bulletin, l'arrêt brutal de l'activité
du Piton MORGABIM le 14 novembre dernier marquait bien la fin de la troisième
éruption de l'an 2000.
Octobre 2000
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du dimanche
8 octobre ( 21h00) :
Depuis
3 semaines environ, on observe une nette augmentation de la sismicité. Mardi dernier,
on a même frôlé le passage à l'état de pré-alerte, une éruption semblant imminente.
Depuis, la situation semblait s'être calmée, jusqu'au vendredi 6 octobre où une
nouvelle crise sismique a débuté brutalement. Il s'agit d'événements faibles,
de 6 ou 7 secondes maximum, à l'aplomb du Piton, au-dessus du niveau de la mer.
Il n'est donc pas impossible d'assister dans les prochains jours à la troisième
éruption de l'an 2000.
Info-LAVE du vendredi
13 octobre ( 8h00) :
Depuis
hier matin 12 octobre à 5h05, le volcan est entré dans sa 3ème éruption de l'an
2000. Au terme d'une crise sismique de moins d'une heure, la lave a jailli de
fissures qui se sont ouvertes sur le flanc SE du Piton, et elle s'épanche désormais
en de nombreuses branches incandescentes qui viennent lécher les pieds du cratère
Pârvédi né de l'éruption de Juin dernier. Le site de l'éruption étant très loin
du Pas de Bellecombe, le spectacle se dérobe à la vue du public. De toute façon,
l'Enclos est interdit d'accès depuis plusieurs jours. Les internautes pourront
admirer de superbes images du début de l'éruption en allant sur le site Web du
Journal de l'Ile de la Réunion.
Juillet 2000
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du vendredi
7 juillet ( 21h00) :
L'éruption
commencée le 23 juin se poursuit à l'intérieur de l'Enclos qui reste fermé au
public. Les très mauvaises conditions météo ne permettent pas de faire de bonnes
observations. La température de la lave a toutefois été mesurée à 1150°C. Il est
regrettable de constater que plusieurs randonneurs ont bravé l'interdiction d'accès
à l'Enclos et s'y sont perdus, ce qui a nécessité des opérations de sauvetage
toujours délicates.
Info-LAVE du lundi 31
juillet (9h00) :
Après
une semaine de baisse d'activité, l'éruption du Piton de la fournaise vient de
se terminer. Le cratère Pârvédi s'est définitivement endormi au cours de la journée
du dimanche 30 juillet après avoir fait entendre un grand nombre de dégazages
explosifs, comme les derniers pétards d'un beau feu d'artifice.
Juin 2000
Claude GRANDPEY, L.A.V.E. Limoges
Info-LAVE du Mercredi
20 Juin (08h00) :
Un
état de pré-alerte a été décrété sur le volcan suite à une augmentation de la
sismicité ces derniers jours. Entre le 9 et le 17 Juin, les secousses se situaient
à environ 6 km de profondeur. Depuis ce weekend, la sismicité a brusquement remonté
à environ 1 km sous le volcan, culminant même à une magnitude de 1,9 pendant 15
secondes. Les scientifiques locaux se demandent si cette sismicité correspond
à une nouvelle intrusion de magma ou si elle correspond à des mouvements du magma
existant qui créeraient des déséquilibres dans l'édifice volcanique.
Dépèche AFP :
FRS0907
4 G 0272 FRA /AFP-QL24 Réunion-volcan Eruption du Piton de la Fournaise
à la Réunion SAINT-DENIS-DE-LA REUNION, 23 juin (AFP) - Le volcan du Piton de
la Fournaise à la Réunion est entré en éruption vendredi à 18 h locales (16 heures
à Paris), a-t-on appris auprès de l'Observatoire volcanologique de la Réunion.
Selon la préfecture de la Réunion l'éruption a eu lieu sur le flanc est-sud-est
du cratère Dolomieu au sommet du Piton de la Fournaise, presque au même endroit
que celle de juillet 1999. L'éruption ne présente aucun danger pour la population,
se situant à l'intérieur de l'Enclos dans une zone inhabitée. Le Piton de la Fournaise
a joué au chat et à la souris depuis deux jours avec les sismologues de l'Observatoire
qui avaient constaté jeudi une activité sismique laissant présager une éruption
imminente. Le site avait alors été interdit au public. Vendredi, l'activité avait
nettement baissé, conduisant le préfet à décider la réouverture du site dans l'après-midi.
Mais vers 17 heures l'Observatoire a enregistré une nouvelle série de fortes secousses
et à 18 heures, la lave est finalement apparue en surface, même si aucune reconnaissance
visuelle sur le site n'a pu avoir lieu en raison du mauvais temps. L'éruption
en cours est la quatrième enregistrée en deux ans au Piton de la Fournaise, la
dernière ayant eu lieu le 14 février dernier. Elle avait duré une vingtaine de
jours. La préfecture a invité les Réunionnais à ne pas se rendre sur place
pour admirer le spectacle en raison de la fermeture du site et le froid (3 à 4
degrés) qui règne au volcan, situé à près de 2500 mètres d'altitude. II/mfr/nm
AFP 231802 JUN 00
Info-LAVE du lundi 26
juin (08h00) :
Actuellement,
les coulées descendent dans l'Enclos en plusieurs branches et le front le plus
avancé se situe à environ 1,5 km de la RN n°2.
Info-LAVE du jeudi 29
juin (18h00) :
L'éruption
commencée le 23 juin se poursuit, bien que l'on note une certaine baisse de l'activité,
ce qui explique l'arrêt de la progression du front des coulées. On observe malgré
tout des fontaines de lave à la source de l'éruption. Leur température a été mesurée
à 1150°C. L'Enclos reste interdit au public. De toute façon, la météo est actuellement
mauvaise, ainsi que la visibilité sur le sommet du volcan.
Juillet 1999
Source : Observatoire Volcanologique du
Piton de la Fournaise
14 juillet :
10
mois environ après la fin de l'éruption de 1998, un séisme de magnitude 2,5 est
enregistré.
17 et 18 juillet :
Quelques
séismes sont enregistrés sur le réseau de surveillance de l'Observatoire Volcanologique
du Piton de la Fournaise.
19 juillet (18h17) :
Un
trémor déclenche l'alarme couplée aux enregistreurs. A 18h52, c'est l'éruption :
une fissure Est-Nord-Est s'est mise en place au fond du cratère Dolomieu. Cette
fissure se prolonge vers l'Est sur le bord du cratère. Une coulée de lave assez
importante s'épanche dans l'Enclos et se dirige vers les Grandes Pentes.
21 juillet :
Le
trémor éruptif a diminué et plus aucun séisme n'est détecté depuis le début de
l'éruption. Le sentier " du tour des cratères " est maintenant coupé par une coulée
d'une centaine de mètres large. Les coulées sont figées, mais l'activité se maintient
à l'intérieur du cratère Dolomieu sur son bord Est-Sud-Est. Cette activité présente
un fort dégazage probablement à l'origine du trémor encore observé. Un risque
d'effondrement du bord du cratère Dolomieu est à craindre à proximité de la zone
active.
L'éruption
en cours a entamé son sixième mois d'activité ininterrompue par une nouvelle surprise:
l'apparition d'une coulée de lave en dehors de l'enclos. La lave a jailli dans
les hauts de Bois-Blanc, vers 1700 m d'altitude, à 1750 m à l'est du
Nez Coupé de Ste-Rose et à quelques 500 m au nord du rempart qui limite l'enclos
(dès le vendredi 7, l'observatoire volcanologique avait enregistré des éboulements
à proximité du Nez Coupé, liés probablement à la progression souterraine du magma).
C'est la troisième fois depuis le début du siècle, et la septième depuis 350 ans,
que se produit une éruption hors enclos. Découvert
fortuitement lundi 10 dans la matinée par un pilote d'hélicoptère, le nouveau
centre éruptif est confirmé le même jour par Jacques Picard, le gardien du gîte
de Bellecombe : "En regardant du gîte vers le Nez Coupé, le ciel est tout
rouge", annonce-t-il vers18h30. La nouvelle déclenche l'inquiétude à Bois-Blanc,
où l'on n'a pas oublié la coulée de 1977, et une certaine nuit d'évacuation et
d'angoisse. Pendant 48 heures
on n'en saura guère plus. Les mauvaises conditions météorologiques interdisent
les reconnaissances aériennes, et par ailleurs, la zone montagneuse où se manifeste
l'activité nouvelle est d'un accès très difficile (végétation quasi impénétrable,
marécages). Le mardi 11, des scientifiques de l'observatoire volcanologique partant
du Pas de Bellecombe, tentent d'atteindre à pied la nouvelle coulée, en empruntant
le sentier qui longe le rempart nord. Après avoir passé le Nez Coupé de Ste-Rose,
ils tombent sur "des fissures énormes et fraîches recoupant le sentier",
indices d'après Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, d'une zone fracturée
tout récemment sur l'axe présumé Piton Kapor-éruption hors enclos. Ils n'atteindront
pas la nouvelle coulée. Finalement, ce n'est que le lendemain mercredi 12 vers
midi que l'hélicoptère de la gendarmerie nationale retrouvera la coulée, et constatera...
que l'éruption est, au moins provisoirement, terminée! Bois-Blanc respire, mais
la préfecture indique que "la surveillance des sites concernés se poursuit
avec la plus grande vigilance". On
découvre alors une longue fissure, large de 30 à 40 cm, d'où sont sorties deux
coulées. Larges elles-mêmes de 3 à 20 m, et longues de 5 à 600 m, elles
ont recouvert une surface d'environ 10 000 m² pour une épaisseur de
l'ordre de 2 m, soit un un volume total estimé de 15 à 25 000 m³.
Ce faible volume laisse présumer une éruption très brève, peut-être de quelques
heures seulement. Il n'y a pas eu apparemment d'activité strombolienne, seulement
émission de coulées pahoehoe et aa. Au
14 août, le Piton Kapor, quant à lui, est toujours très actif. Plus aucune coulée
n'est visible en surface, mais plusieurs regards se sont ouverts dans des voûtes
de tunnels de lave entre le Piton et le Nez Coupé. Au pied de ce dernier, le 13,
par un puits circulaire de moins d'un mètre de diamètre pour un mètre de profondeur,
on pouvait voir la lave filer à un débit estimé à 3 ou 4 m³ par seconde.
Dans la nuit du 13 au 14, une
nouvelle fissure souvre hors Enclos et, quelques jours plus tard, quatre
coulées sont observées. Le 20 août, lune dentre elles franchit le
rempart de Bois-Blanc et rejoint la Plaine des Osmondes. Le 24, deux autres coulées
tombent du rempart vers 1 540 mètres daltitude. La situation se
stabilise alors jusquau 8 septembre, lorsque la lave apparaît soudain au
pied et à quelques mètre en contrebas du Nez Coupé de Ste-Rose, formant rapidement
un large flot longeant le rempart et dévalant les pentes abruptes qui surplombent
la Plaine des Osmondes. Ce
sera la dernière manifestation spectaculaire de cette éruption. De jour en jour,
lactivité du Piton de la Fournaise baisse. Les signaux enregistrés par le
réseau de surveillance de lobservatoire volcanologique sont de plus en plus
faibles, y compris ceux en provenance de la zone éruptive la plus récente, hors
enclos. Le 21, le Piton Kapor a pratiquement cessé de dégazer, et seul un faible
panache de vapeur sen échappe. Enfin le 23, Thomas Staudacher déclare que
léruption qui a débuté le 9 mars dernier est bel et bien terminée.
Cet
épisode éruptif dans lhistoire du Piton de la Fournaise aura été exceptionnel
à plusieurs titres. Survenu après cinq ans et demi de sommeil, il a déclenché
un élan d'enthousiasme comme jamais il navait été donné d'observer. L'indescriptible
pagaille qui a accompagné les mouvements de foule difficilement canalisés vers
le Pas de Bellecombe devra être prise en compte dans le cadre d'un futur schéma
d'aménagement touristique de la région du volcan. On ne saura sans doute jamais
combien de visiteurs la Fournaise a reçus en six mois, répartis entre l'enclos
et la Vierge au Parasol : 100 000, 200 000 ou plus ? Un record assurément.
Autre record : la durée de cette éruption, hors du commun. Survenant après
un temps de repos exceptionnellement long (dernière éruption le 27 août 1992),
elle est semble-t-il la plus longue qu'ait connue l'homme depuis qu'il a mis le
pied sur l'île, il y a 350 ans environ. Les records précédents ne dépassent
pas 150 jours ; encore sont-ils sujets à caution, en raison de l'imprécision
des chroniques dont nous pouvons disposer. L'éruption du 9 mars se distingue par
ailleurs par les formes d'activité auxquelles il a été donné d'assister. Spectaculaires
fontaines de lave sur les cratères du 9 mars, visibles du Pas de Bellecombe (d'où
l'affluence), débordements spectaculaires à proximité du Piton de Partage (très
accessibles au public, par intermittence pendant plusieurs mois), puis coulées
vers la route nationale 2, à la Vierge au parasol (fin juillet, début août) et
enfin coulée hors Enclos au mois d'août : le Piton de la Fournaise a entretenu
un rare suspense sans finalement mettre en péril ni les zones habitées ni de réalisations
humaines malgré la menace potentielle, alors que les images des éruptions de 1977
et de 1986 surgissaient déjà dans toutes les mémoires. Comme on le sait, la coulée
de la Vierge au Parasol s'est arrêtée le 4 août à 2,50 m de la chaussée de
la RN 2 ! Quant aux coulées hors Enclos, elles ont stoppé leur progression
à plusieurs kilomètres du village de Bois-Blanc. A
quand la prochaine éruption ? Il est bien sûr impossible de le dire. Mais il nest
pas inintéressant de savoir que, depuis 350 ans, le Piton de la Fournaise est
crédité dune éruption tous les douze à seize mois en moyenne.
Léruption
qui a commencé le 9 mars dernier dans lEnclos Fouqué nen finit pas
de surprendre. Au 30 juillet, elle en est à son 144ème jour, et doit
être considérée désormais comme léruption du Piton de la Fournaise la plus
longue de ce siècle. Après
sêtre attardées pendant quatre mois dans la plaine des Osmondes, les coulées
basculent le 8 juillet dans les Grandes Pentes, et atteignent rapidement laltitude
de 400 m dans le Grand-Brûlé, enflammant la végétation qui y est très dense.
Puis le mauvais temps sinstalle sur la Réunion (le 20, les gendarmes de
la plaine des Cafres retrouvent pratiquement inanimés et souffrant dhypothermie
grave, un père jésuite de 52 ans et un jeune homme de 25 ans), et aucune
observation nest faite pendant quelques jours sur la progression des coulées.
En fait le front sest rapidement figé, en raison dune baisse de débit
et de latténuation de la pente. Et
le 25 juillet, cest la surprise ! Les automobilistes circulant sur la nationale
2 au pied du volcan découvrent deux torrents rouges dévalant les pentes abruptes
qui surplombent le Grand-Brûlé. Pour la seconde fois depuis le 9 mars, la lave
est parvenue à dépasser les limites de la plaine des Osmondes. Cela ne semble
pas correspondre à un regain dactivité, mais plutôt à une accumulation de
la lave dans cette plaine, avant un nouveau débordement dans les Grandes Pentes
le vendredi 24. Il nest pas exclu désormais que les coulées coupent un jour
prochain la route nationale (le 30 juillet, elles nen étaient quà
un kilomètre). Conséquence
prévisible : dimanche 26, des milliers de voitures provoquent un monstrueux embouteillage
entre Saint-Benoît et Saint-André. Et des centaines de marcheurs, attirés par
la beauté du spectacle, se lancent vers les coulées sur le sentier qui prend naissance
au-dessus du parking de la "Vierge au parasol", sur la nationale 2.
Il leur faut une heure pour arriver au front de coulée qui sest refroidi
il y a déjà près de trois semaines, et une petite heure supplémentaire pour atteindre
les coulées actives vers 600 m daltitude. Beaucoup
plus haut, à 2 150 m, le lac de lave du Piton Kapor, toujours très actif,
illumine le ciel nocturne.
31 mars 1998
Après plus de cinq ans et demi
de calme, Le Piton de la Fournaise vient à nouveau d'entrer en éruption. Dès le
samedi 7 mars, l'activité sismique du volcan a subitement augmenté, jusqu'à atteindre
un rythme de plusieurs centaines de séismes par jour, révélant une montée magmatique
à partir d'une profondeur de l'ordre de 1 à 2 kilomètres sous le niveau de la
mer. L'éruption elle-même
débute le lundi 9 mars à 15h05, dans l'Enclos Fouqué. Quatre grandes fissures
échelonnées, orientées nord-sud, ont ouvert le flanc nord du cône terminal sur
plusieurs centaines de mètres. Passées les premières heures, l'intensité de l'éruption
baisse pour ne laisser que 2 fissures actives. Puis l'émission de lave se concentre
au niveau des parties basses des fissures, aux alentours des Pitons Magne et Charles.
Des projections de lave de 30 à 50 mètres de hauteur alimentent une coulée de
plusieurs centaines de mètres, qui s'étale, en contrebas, dans la plaine des Osmondes.
Le spectacle de l'éruption est
déjà visible depuis le Pas de Bellecombe, mais l'accès à l'Enclos, donc l'accès
direct à l'éruption, est strictement interdit par arrêté préfectoral, jusqu'à
nouvel ordre. Toujours sur décision préfectorale, compte tenu de l'énorme affluence
de véhicules, l'accès au Pas de Bellecombe se fait uniquement par navettes et
bus depuis Bourg-Murat à partir du vendredi 13 à 13h et pour tout le week-end.
Des parking temporaires sont aménagés. Aucun véhicule privé nest autorisé
à emprunter la route forestière du volcan. Ces restrictions de circulation seront
réactivées le week-end suivant. Dans
la nuit du 11 au 12, une nouvelle petite fissure (50 à 100 m de long) souvre
sur le flanc sud-ouest du cône terminal. Un petit cône s'y édifie tandis qu'une
coulée d'environ 1 km s'étale entre le cratère Rivals et le rempart de Bellecombe
(bien visible depuis le sentier du Piton de Bois Vert). Les deux fissures du flanc
nord sont toujours actives, les cônes correspondant aux points de sortie du basalte
continuant de s'édifier (30 à 50 m de hauteur). Celui du haut est égueulé côté
nord face au cratère Magne ; celui du bas (en aval du cratère Charles) est fermé,
la lave s'échappant par un tunnel. L'ensemble
des laves émises par les évents du flanc nord progresse en une coulée de type aa,
parfois soumise à débordement, qui rejoint la Plaine des Osmondes où elle s'étale
doucement, ne semblant plus progresser en longueur. L'activité éruptive générale
(nord et sud-ouest) est globalement stable, l'activité sismique (hormis le trémor
bien sûr) ayant, quant à elle, largement diminué.
Carte :
Les
3 nouveaux cratères (numéros 1, 2
et 3 sur la carte) ont été baptisés par l'Observatoire
volcanologique (IPGP) : 1 - Piton Kapor
(flanc nord, fissure ouest) : dans le cadre de la commémoration du 150ème
anniversaire de l'abolition de l'esclavage à La Réunion (signifie "solide",
"costaud", "de belle prestance", en liaison avec la Capoeira),
2 - Katia et Maurice Krafft (flanc nord, fissure
est), 3 - Fred Hudson (flanc sud-ouest)
: à la mémoire du gendarme Fred Hudson originaire de St-Pierre, terrassé par une
crise cardiaque sur le volcan dans l'exercice de son service en septembre 1993.
Le
lundi 16 mars, la Préfecture rouvre l'accès à l'Enclos (Pas de Bellecombe) en
journée (jusqu'à 13h dans le sens aller). Il reste interdit de nuit. Le
vendredi 20 mars, l'activité éruptive des trois cratères ("Kapor", "Katia
et Maurice Krafft" et "Fred Hudson") se maintient de façon à peu
près stationnaire, avec des variations sporadiques entraînant parfois des débordements
de coulée. Le trémor est en légère baisse. La sismicité, hors trémor, est quasiment
nulle. Elle le sera totalement le mardi 24. A
cette date, les restrictions daccès à l'Enclos et celles concernant la circulation
des véhicules privés sur la route forestière N°5 jusqu'au parking du Pas de Bellecombe,
sont levées. Le 27 mars,
seul le Piton Kapor est actif, les deux autres cratères ne se manifestant plus
que par la présence dun panache, et non de la lave visible. Dans la Plaine
des Osmondes, la coulée de la première ouverture, large d'environ 300 m et avec
un front d'environ 5 m de haut, ne progresse plus depuis une semaine. Le
trémor, variable, est globalement à la baisse. Le
31 mars, le Piton Kapor a connu une brutale réactivation du dernier cratère en
activité vers les 5 h 20 du matin, avec fontaines de lave et coulées de lave cordée.
Lobservatoire ne sait pas trop à quoi correspond cet épisode.
Patrick Barois, L.A.V.E. Nord.
Observations in situ
Samedi
21 :
Muni
d'un laissez-passer obligatoire pour pouvoir me rendre avec ma voiture jusqu'au
Pas de Bellecombe, descendre de nuit dans l'Enclos (les personnes non accréditées
doivent emprunter les navettes payantes mises à leur disposition au village de
Bourg-Murat, dans la Plaine des Cafres), puis observer l'éruption depuis le haut
du rempart de l'Enclos, je me rends sur les lieux de l'éruption le samedi 21 mars
dans l'après-midi. Depuis la Plaine des Sables, le panache volcanique blanc, à
gauche du cône terminal de la Fournaise, indique les lieux de l'éruption. Mais
depuis le Pas de Bellecombe, de jour, l'activité volcanique n'est pas très spectaculaire.
Au loin, le cône Fred-Hudson émet un panache de fumées blanches. A 4 km vers l'Est
se remarque le Piton Kapor déjà imposant et derrière, plus en contrebas, le Katia
et Maurice Krafft ... Une
grosse heure de marche est nécessaire pour atteindre les lieux de l'éruption.
Nous installons notre bivouac à 200 m à l'Ouest du Kapor qui est un " spatter-cône
" typique égueulé vers le Nord. La coulée qu'il émet part en tunnel vers le cratère
Magne d'où, après un virage à 90°, elle se dirige vers le cratère Krafft et par-delà,
vers la plaine des Osmondes. Ce tunnel est matérialisé par une activité fumerollienne
assez importante et la présence, devant le cratère Magne, d'un superbe " skylight
" laissant apparaître sous nos pieds une véritable rivière jaune comme de l'or
fondu qui avance doucement (1 à 2 m/s). Sur ses bords, la chaleur est insupportable.
Un énorme talus d'environ 150 m de long, formé de coulées empilées, sort par l'égueulement
du Kapor. Il abrite un canal qui se remplit de lave quand le tunnel ne parvient
plus à contenir une brusque augmentation du débit à partir du cratère. Le
sommet du cratère Magne est le meilleur point d'observation car situé face à l'égueulement
du Kapor dont les explosions rythmiques sont continues et projettent des lambeaux
de lave jusqu'à 70 m de hauteur. Par l'égueulement du cratère, une véritable cascade
de lave très rapide tombe dans l'ouverture du tunnel principal. Souvent, d'énormes
pans de roche se détachent des parois internes du cratère et s'écrasent dans le
bain de roche fondue qui en occupe le fond. Ces effondrements provoquent parfois
des débordements éphémères du canal et " mettent à nu " les parois : elles resplendissent
alors d'une couleur très jaune, preuve qu'elles gardent une température interne
très élevée. Parfois, du gaz sous pression s'enflammant au contact de l'air, accompagne
les jets de lave. Sur la gauche,
le Krafft, qui est un cratère fermé, explose moins fréquemment : 4 à 5 événements/mn.
Deux types d'activités s'y observent : des explosions de faible ampleur (une vingtaine
de mètres tout au plus au-dessus des lèvres) constituées de très gros lambeaux
de lave de couleur très jaune ; des explosions plus violentes (40 à 50 m au-dessus
du cratère) avec du matériel incandescent plus fin et calibré. A droite du cône
s'étalent de nombreuses petites coulées de lave. Plus loin, derrière, une faible
lueur trahit la présence de la lave dans la plaine des Osmondes.
Dimanche 22 :
Au
matin, nous escaladons le talus de lave du Kapor et pénétrons dans le canal, face
à l'égueulement du cratère, à 70 m du lac de lave. La chaleur nous cuit le visage
mais nous assistons à un spectacle dantesque. L'activité est continue et très
impressionnante car nous nous croyons vraiment à l'intérieur du cratère. Lors
des violentes explosions, il faut suivre la trajectoire des plus légers lambeaux
de lave qui ne tombent qu'à quelques mètres devant nous. La lave est bien rouge
malgré la lumière éblouissante du soleil. Les
explosions du Krafft sont moins fréquentes que la veille. Sur sa gauche, j'observe
une belle résurgence. La lave, à peine sortie, se transforme en " grattons " et
les plaques refroidies sont charriées sur le dos de la coulée incandescente et
se redressent les unes par rapport aux autres. Toutes les laves de l'éruption
sont exclusivement des " aa ". Au loin, nous observons, vers 10h30, un gros débordement
du Kapor. Une lave rapide et très fluide remplit la partie amont du canal jusqu'à
l'endroit où nous étions postés une heure auparavant. Une coulée a même débordé
sur l'endroit du talus que nous avions escaladé. En
fin d'après-midi, retour dans l'égueulement du Kapor. La coulée qui a débordé
s'est arrêtée à la base du talus. Dans le canal, qu'elle a pratiquement rempli,
elle est encore très chaude et incandescente à quelques centimètres de profondeur.
La semelle des chaussures fond lorsque je marche dessus pour me poster juste en
face de l'égueulement. Pendant le quart d'heure où je suis face au lac de lave,
j'observe quelques effondrements des parois très importants. Les perturbations
induites provoquent, pendant quelques minutes, d'énormes vagues de lave qui jaillissent
avec force par l'égueulement et éclaboussent l'entrée du canal et les flancs de
l'égueulement (hauteur de ces " vagues " : environ 10 m). J'assiste ensuite à
un débordement, et une petite coulée de lave envahit la moitié du chenal à la
vitesse de 2 à 3 m/s. Je dois fuir devant le flux de chaleur devenu trop important.
Dans la soirée, nouveau débordement
plus important. La coulée dégueule sur le côté du talus face à nous. Elle s'arrête
à son pied. Nous remontons au sommet du talus pour constater que le chenal est
rempli de lave qui lentement coagule. La pression exercée sur les berges est telle
que le mur qui nous fait face, à 10 m de distance, s'effondre par pans entiers.
Là aussi, l'intérieur des berges est maintenu incandescent. Une petite coulée
a dû suinter à la base du mur car nous apercevons brusquement, par derrière, une
forte lueur.
Lundi 23 :
Le
cratère Krafft n'explose plus que rarement (3 à 4 événements/h tout au plus).
Je contourne le Kapor par l'amont et j'observe ainsi son activité éruptive, toujours
aussi soutenue, sous des angles différents. Les plus gros lambeaux, en s'écrasant
sur les flancs externes du " spatter-cône " explosent et dégringolent en petites
avalanches de couleur rouge cerise. Sur la droite du Krafft, j'explore quelques
coulées de lave qui s'étalent doucement sur les grattons des jours précédents,
mais on pressent bien la fin proche de l'activité de ce cratère.
Mardi 24 :
La
remontée en voiture jusqu'au pas de Bellecombe (la route forestière du volcan
est de nouveau ouverte à tous) est toujours aussi problématique : une grosse heure
sera nécessaire pour parcourir les 2 derniers km jusqu'à la falaise de l'Enclos.
Le Kapor a débordé et cette fois, la lave est parvenue jusqu'au bout du talus
au front duquel descendent 7 cascades de lave de débit variable (1 m/s pour les
plus lentes, 10 m/s pour les plus rapides). Il est 1 h du matin et ce débordement
doit être récent car une équipe suisse présente en début de soirée ne m'a pas
signalé un tel phénomène. Je retourne dans l'Enclos. Une coulée, alimentée par
ces cascades s'est étalée largement devant le cratère Magne dont elle a léché
le pied Ouest. Le Krafft connaît 3 à 4 explosions pendant mes 4h passées dans
l'Enclos. Vers 3h30 du matin, une grosse résurgence éblouissante apparaît entre
le pied Nord du cratère Magne et le " skylight ". La lave qui en sort doit se
diriger derrière le Magne (côté Est) comme en témoigne la lueur rouge dans les
nuages qui monte vers le sommet de la Fournaise, ce qui me fait rebrousser chemin.
Vers 4h du matin, les cascades de lave, bien que toujours très jaunes, ne coulent
plus. Les nuages me chassent de l'Enclos, et, vers 5 h, des trombes d'eau s'abattent
sur le massif, tirant un rideau sur un spectacle dantesque qui m'a tenu en haleine
pendant 4 jours et 3 nuits.