Hommage à Jean-Pierre KLOSTER
Notre ami Jean-Pierre Kloster, Délégué pour la Région Est - Alsace Lorraine,
nous a quittés le samedi 21 avril 2001, au pied de l'Erta Alé.


 
Jusqu'au bout de ses rêves ...
Nous étions cinq, cinq passionnés de volcan, unis dans ce voyage pour atteindre l'objet de nos rêves : le lac de lave l'Erta Alé.
Après des années d'attente, d'une meilleure situation géopolitique et un long travail de prise de contacts avec les autorités locales, enfin, nous pouvions organiser ce voyage d'exploration dans le désert Danakil en Ethiopie.
C'est la première fois que je voyageais avec Jean-Pierre. J'ai découvert en lui une personnalité passionnée et passionnante. Un homme de rêves et de projets.
Je me souviens de nos balades à arpenter le sol Danakil à la recherche de minéraux, de fossiles, et de pointes de flèches en obsidienne ; De nos regards dirigés vers la voûte céleste, à contempler dans la pureté du ciel du désert, les étoiles et les planètes lointaines.
Je me souviens de notre déception quand des mauvaises nouvelles venaient remettre en cause l'approche de l'Erta Alé, et de notre ferveur à ne jamais laisser tomber et repartir de plus belle pour surmonter les difficultés administratives et humaines.
Je me souviens de l'émotion partagée quand nous avons, ensemble, plongé notre regard vers ce lac mythique et de sa joie à filmer et à photographier la beauté terrifiante de ce lac en mouvement.
Je me souviens de nos discussions sur le futur, nos rêves d'atteindre d'autres volcans difficiles d'accès comme l'Erebus.

Rien pendant ce voyage ne nous laissait présager des problèmes de santé. Il était un peu fatigué (mais nous l'étions tous un peu avec la chaleur et des nuits souvent coupées pour profiter des températures plus clémentes).
Rien ne laissait présager qu'à la fin de la descente du massif de l'Erta Alé, l'accident cardiaque (infarctus) aurait lieu.
Le samedi 21 avril vers 16h30 nous étions à 1h30 du campement Afar de Dodom et de nos voitures. Chacun étant impatient de finir cette marche, le groupe avec les chameaux marchait devant. Jean-Pierre étant fatigué, j'étais avec lui en arrière avec deux afars comme guides. Au fil des minutes qui suivirent il marchait de plus en plus lentement. Afin de le soulager, j'ai envoyé un Afar chercher le chameau de selle (chameau que Jean-Pierre avait plusieurs fois utilisé à l'aller et au retour pour se reposer). Il était encore très conscient, nous discutions de sa fatigue. Il ne se plaignait d'aucune douleur ni de soif (nous avions de l'eau en quantité suffisante), mais seulement d'une fatigue grandissante. Quand le chameau est arrivé, il fût incapable de tenir dessus seul, même attaché. J'envoyai chercher l'un des 4X4, sachant qu'il serait très difficile pour lui d'approcher, à cause des zones de sable.
Ne pouvant plus marcher, ni monter à dos de chameau, je l'allongeai afin d'attendre le 4X4. J'étais seul avec lui et un Afar. Il tomba rapidement inconscient, puis dans le coma, ne semblant plus m'entendre, ni réagir. Je lui parlais, le protégeais du sable, du vent et du soleil, lui humectais les lèvres… Quand le 4X4 réussi à approcher avec mille difficultés la nuit approchait (18h30 - 19h00). Quelques minutes après, il nous quittait sans bruit, son pouls disparaissant progressivement. Au-dessus de lui, à l'horizon, l'Erta Alé se découpait dans le ciel du Danakil. Ce volcan magique qui lui avait donné tant de bonheur et procuré tant d'émotion…
Ces dernières heures passées ensemble resteront gravées dans ma mémoire, souvenir de partage d'instants précieux, mais souvenir aussi d'impuissance et de désarroi devant la vie qui part.

Franck Pothé Guide et co-fondateur 
de TERRA INCOGNITA. 


Lettre ouverte à Jean-Pierre Kloster
Jean-Pierre, j'ai peine à croire que tu sois parti pour ce pays sans retour.
Il y a un peu plus de deux semaines, tu as quitté ta Lorraine natale pour aller en Ethiopie, arpenter, gravir, respirer, pénétrer ce volcan mythique de l'Erta Ale avec son lac de lave.
Et le destin, la fatalité, le malheur ont décidé que tu ne reviendrais pas pour nous raconter, nous montrer, nous faire partager, comme tu savais si bien le faire, les périples de ce voyage qui te tenait tant à cœur. Car c'est le cœur qui me semble-t-il a gouverné toute ta vie au travers de tes multiples passions et aspirations que tu qualifiais volontiers de " folies ".
Ces passions débordantes qui concernaient notre Univers et une soif jamais étanchée de le connaître t'ont poussé à le découvrir dans les livres bien sûr, mais surtout " de visu ". Aussi tu as observé les astres lointains à travers ton télescope ou celui du Pic du Midi, tu es descendu dans les profondeurs de la Terre, tu as gravi les pentes de ses massifs montagneux, des Alpes à l'Himalaya, mais par-dessus tout, sur les cinq continents, tu as contemplé et vibré devant les grandioses et fabuleux spectacles des forces de la Nature en action que sont les éruptions volcaniques et leurs multiples manifestations.
Pour moi, malgré ta récente cinquantaine dont nous plaisantions souvent, tu étais resté un grand " jeune homme " enthousiaste, dynamique, enjoué, chaleureux, sympathique, toujours souriant. Secret sur ta vie personnelle, tu partageais sans compter tes passions. C'est pourquoi, tu étais toujours prêt à t'engager dans de nombreuses activités et toujours partant pour les expéditions les plus risquées et les plus folles à la découverte des merveilles de notre planète.
Tu étais jusqu'au-boutiste, boulimique d'actions, un peu comme si inconsciemment tu pressentais qu'il fallait faire vite, sinon tu n'aurais pas le temps de tout faire.
Tu as eu une vie bien remplie d'émotions intenses que tu es allées chercher souvent à l'autre bout du monde et j'ose espérer que cet ultime voyage en Ethiopie t'a apporté toutes les satisfactions, les joies et la plénitude que tu en attendais...
Mais, comme tu vas nous manquer à présent !

Simone Chrétien, L.A.V.E. Nancy 


 
Comment et quand ai-je rencontré J.P. Kloster pour la première fois ? Je ne m'en souviens pas et ça n'a pas d'importance. La seule chose dont je me souvienne, c'est que nous avons réalisé très vite que nous nourrissions la même passion pour les volcans et pour l'Etna en particulier. Le fait d'enseigner tous les deux dans des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles n'a fait que renforcer cette amitié qui était née rapidement entre nous.
Chaque fois que cela était possible, nous nous donnions rendez-vous à Zafferana, à Nicolosi ou au Refuge Sapienza pour mettre au point la stratégie d'approche du Mongibello. J'appréciais chez Jean-Pierre le souci de l'organisation, le désir d'aller au plus près du site éruptif, mais aussi le respect des normes de sécurité.
Nous avons connu ensemble des moments inoubliables en 1998 lors des paroxysmes de la Bocca Nuova et surtout de la Voragine. Postés sur le cratère Nord-Est, caméras et appareils photo sur pied, nous jouissions du spectacle incroyable donné par le cratère central, tandis que le sol vibrait sous nos pieds et que les bombes jouaient les frisbees au-dessus de nos têtes. Ensemble nous avons fait à plusieurs reprises le tour des cratères, allant jusqu'à escalader les pentes du cône sud-est afin d'examiner le puits qui en creusait le sommet.
L'été dernier, le retour au calme des cratères nous avait donné l'idée d'aller visiter les tunnels de lave qui percent les flancs de l'Etna ; en chemin, nous parlions de nos projets futurs et Jean-Pierre avait déjà en tête cette expédition à l'Erta Alé. Lui qui avait raté le lac de lave du Puo Uo à Hawaii avait à cœur de découvrir celui du volcan éthiopien. Lors de notre dernière rencontre au Festival de Volcans à Blois, il me faisait part de son ardent désir de descendre sur la terrasse qui se trouve dans le puits. Connaissant les qualités de spéléo de Jean-Pierre pour les avoir appréciées dans les grottes de l'Etna, je ne me faisais pas de souci quant à la réussite de ce projet. Son décès est intervenu sur le chemin du retour de l'Erta Alé. Je sais que l'expédition autour du volcan s'est bien déroulée et donc que Jean-Pierre aura pu contempler le spectacle du lac de lave avant sa mort.
Aujourd'hui, je me sens orphelin car je viens de perdre quelqu'un qui m'était cher. Les amis italiens que nous avions en commun sont très affectés par sa disparition. Nous devions retourner ensemble sur l'Etna à la fin de l'été. J'ai décidé d'y retourner seul, mais Jean-Pierre sera encore avec moi quand je gravirai les dernières pentes de la zone sommitale.

Claude Grandpey, L.A.V.E. Limoges 


 
Je suis très choqué car, à Blois, le 24 mars dernier, Jean-Pierre m'avait raconté sa joie de partir là-bas. Je me rappellerai ce compagnon fidèle en amitié et toujours souriant, pilier de l'association LAVE. Régulièrement je pense à lui, en le citant, lorsque je passe, en conférence, le film vidéo "Eruptions stories" auquel nous avons participé ensemble.

Jacques-Marie Bardintzeff, L.A.V.E. 


 
Il faisait partie des quelques personnes qui m'ont fait découvrir et apprécier les Volcans, par l'intermédiaire des images qu'il avait tournées lors de ses nombreux voyages. Si aujourd'hui je suis adhérent de LAVE, c'est grâce à des gens passionnés et d'une gentillesse à toute épreuve comme il était.

Jean-Luc Pilet, L.A.V.E. 


 
La disparition de Jean Pierre me touche énormément. Lors de ses multiples voyages il rapportait de très belles images vidéo. Depuis une dizaine d'années il était membre du conseil d'administration et délégué régional, il était de ceux qui assumait sa tâche avec beaucoup de calme et de gentillesse.
Au revoir Jean Pierre.

Claude Lesclingand, co-fondateur de L.A.V.E.