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Jusqu'au bout de ses rêves ... |
Nous étions cinq, cinq passionnés
de volcan, unis dans ce voyage pour atteindre l'objet de nos rêves : le
lac de lave l'Erta Alé. Après des années d'attente, d'une
meilleure situation géopolitique et un long travail de prise de contacts
avec les autorités locales, enfin, nous pouvions organiser ce voyage d'exploration
dans le désert Danakil en Ethiopie. C'est la première fois que
je voyageais avec Jean-Pierre. J'ai découvert en lui une personnalité
passionnée et passionnante. Un homme de rêves et de projets.
Je me souviens de nos balades à arpenter le sol Danakil à la recherche
de minéraux, de fossiles, et de pointes de flèches en obsidienne
; De nos regards dirigés vers la voûte céleste, à contempler
dans la pureté du ciel du désert, les étoiles et les planètes
lointaines. Je me souviens de notre déception quand des mauvaises nouvelles
venaient remettre en cause l'approche de l'Erta Alé, et de notre ferveur
à ne jamais laisser tomber et repartir de plus belle pour surmonter les
difficultés administratives et humaines. Je me souviens de l'émotion
partagée quand nous avons, ensemble, plongé notre regard vers ce
lac mythique et de sa joie à filmer et à photographier la beauté
terrifiante de ce lac en mouvement. Je me souviens de nos discussions sur
le futur, nos rêves d'atteindre d'autres volcans difficiles d'accès
comme l'Erebus. Rien pendant ce voyage ne nous laissait présager des
problèmes de santé. Il était un peu fatigué (mais
nous l'étions tous un peu avec la chaleur et des nuits souvent coupées
pour profiter des températures plus clémentes). Rien ne laissait
présager qu'à la fin de la descente du massif de l'Erta Alé,
l'accident cardiaque (infarctus) aurait lieu. Le samedi 21 avril vers 16h30
nous étions à 1h30 du campement Afar de Dodom et de nos voitures.
Chacun étant impatient de finir cette marche, le groupe avec les chameaux
marchait devant. Jean-Pierre étant fatigué, j'étais avec
lui en arrière avec deux afars comme guides. Au fil des minutes qui suivirent
il marchait de plus en plus lentement. Afin de le soulager, j'ai envoyé
un Afar chercher le chameau de selle (chameau que Jean-Pierre avait plusieurs
fois utilisé à l'aller et au retour pour se reposer). Il était
encore très conscient, nous discutions de sa fatigue. Il ne se plaignait
d'aucune douleur ni de soif (nous avions de l'eau en quantité suffisante),
mais seulement d'une fatigue grandissante. Quand le chameau est arrivé,
il fût incapable de tenir dessus seul, même attaché. J'envoyai
chercher l'un des 4X4, sachant qu'il serait très difficile pour lui d'approcher,
à cause des zones de sable. Ne pouvant plus marcher, ni monter à
dos de chameau, je l'allongeai afin d'attendre le 4X4. J'étais seul avec
lui et un Afar. Il tomba rapidement inconscient, puis dans le coma, ne semblant
plus m'entendre, ni réagir. Je lui parlais, le protégeais du sable,
du vent et du soleil, lui humectais les lèvres
Quand le 4X4 réussi
à approcher avec mille difficultés la nuit approchait (18h30 - 19h00).
Quelques minutes après, il nous quittait sans bruit, son pouls disparaissant
progressivement. Au-dessus de lui, à l'horizon, l'Erta Alé se découpait
dans le ciel du Danakil. Ce volcan magique qui lui avait donné tant de
bonheur et procuré tant d'émotion
Ces dernières
heures passées ensemble resteront gravées dans ma mémoire,
souvenir de partage d'instants précieux, mais souvenir aussi d'impuissance
et de désarroi devant la vie qui part. |
| Franck Pothé
Guide et co-fondateur de TERRA INCOGNITA. |
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| Lettre ouverte à Jean-Pierre
Kloster | | Jean-Pierre,
j'ai peine à croire que tu sois parti pour ce pays sans retour. Il
y a un peu plus de deux semaines, tu as quitté ta Lorraine natale pour
aller en Ethiopie, arpenter, gravir, respirer, pénétrer ce volcan
mythique de l'Erta Ale avec son lac de lave. Et le destin, la fatalité,
le malheur ont décidé que tu ne reviendrais pas pour nous raconter,
nous montrer, nous faire partager, comme tu savais si bien le faire, les périples
de ce voyage qui te tenait tant à cur. Car c'est le cur qui
me semble-t-il a gouverné toute ta vie au travers de tes multiples passions
et aspirations que tu qualifiais volontiers de " folies ". Ces passions
débordantes qui concernaient notre Univers et une soif jamais étanchée
de le connaître t'ont poussé à le découvrir dans les
livres bien sûr, mais surtout " de visu ". Aussi tu as observé
les astres lointains à travers ton télescope ou celui du Pic du
Midi, tu es descendu dans les profondeurs de la Terre, tu as gravi les pentes
de ses massifs montagneux, des Alpes à l'Himalaya, mais par-dessus tout,
sur les cinq continents, tu as contemplé et vibré devant les grandioses
et fabuleux spectacles des forces de la Nature en action que sont les éruptions
volcaniques et leurs multiples manifestations. Pour moi, malgré ta
récente cinquantaine dont nous plaisantions souvent, tu étais resté
un grand " jeune homme " enthousiaste, dynamique, enjoué, chaleureux,
sympathique, toujours souriant. Secret sur ta vie personnelle, tu partageais sans
compter tes passions. C'est pourquoi, tu étais toujours prêt à
t'engager dans de nombreuses activités et toujours partant pour les expéditions
les plus risquées et les plus folles à la découverte des
merveilles de notre planète. Tu étais jusqu'au-boutiste, boulimique
d'actions, un peu comme si inconsciemment tu pressentais qu'il fallait faire vite,
sinon tu n'aurais pas le temps de tout faire. Tu as eu une vie bien remplie
d'émotions intenses que tu es allées chercher souvent à l'autre
bout du monde et j'ose espérer que cet ultime voyage en Ethiopie t'a apporté
toutes les satisfactions, les joies et la plénitude que tu en attendais...
Mais, comme tu vas nous manquer à présent ! |
| Simone Chrétien,
L.A.V.E. Nancy | |
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Comment et quand ai-je rencontré J.P. Kloster pour la première fois
? Je ne m'en souviens pas et ça n'a pas d'importance. La seule chose dont
je me souvienne, c'est que nous avons réalisé très vite que
nous nourrissions la même passion pour les volcans et pour l'Etna en particulier.
Le fait d'enseigner tous les deux dans des Classes Préparatoires aux Grandes
Écoles n'a fait que renforcer cette amitié qui était née
rapidement entre nous. Chaque fois que cela était possible, nous nous
donnions rendez-vous à Zafferana, à Nicolosi ou au Refuge Sapienza
pour mettre au point la stratégie d'approche du Mongibello. J'appréciais
chez Jean-Pierre le souci de l'organisation, le désir d'aller au plus près
du site éruptif, mais aussi le respect des normes de sécurité.
Nous avons connu ensemble des moments inoubliables en 1998 lors des paroxysmes
de la Bocca Nuova et surtout de la Voragine. Postés sur le cratère
Nord-Est, caméras et appareils photo sur pied, nous jouissions du spectacle
incroyable donné par le cratère central, tandis que le sol vibrait
sous nos pieds et que les bombes jouaient les frisbees au-dessus de nos têtes.
Ensemble nous avons fait à plusieurs reprises le tour des cratères,
allant jusqu'à escalader les pentes du cône sud-est afin d'examiner
le puits qui en creusait le sommet. L'été dernier, le retour
au calme des cratères nous avait donné l'idée d'aller visiter
les tunnels de lave qui percent les flancs de l'Etna ; en chemin, nous parlions
de nos projets futurs et Jean-Pierre avait déjà en tête cette
expédition à l'Erta Alé. Lui qui avait raté le lac
de lave du Puo Uo à Hawaii avait à cur de découvrir
celui du volcan éthiopien. Lors de notre dernière rencontre au Festival
de Volcans à Blois, il me faisait part de son ardent désir de descendre
sur la terrasse qui se trouve dans le puits. Connaissant les qualités de
spéléo de Jean-Pierre pour les avoir appréciées dans
les grottes de l'Etna, je ne me faisais pas de souci quant à la réussite
de ce projet. Son décès est intervenu sur le chemin du retour de
l'Erta Alé. Je sais que l'expédition autour du volcan s'est bien
déroulée et donc que Jean-Pierre aura pu contempler le spectacle
du lac de lave avant sa mort. Aujourd'hui, je me sens orphelin car je viens
de perdre quelqu'un qui m'était cher. Les amis italiens que nous avions
en commun sont très affectés par sa disparition. Nous devions retourner
ensemble sur l'Etna à la fin de l'été. J'ai décidé
d'y retourner seul, mais Jean-Pierre sera encore avec moi quand je gravirai les
dernières pentes de la zone sommitale. |
| Claude Grandpey,
L.A.V.E. Limoges | |
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Je suis très choqué car, à Blois, le 24 mars dernier, Jean-Pierre
m'avait raconté sa joie de partir là-bas. Je me rappellerai ce compagnon
fidèle en amitié et toujours souriant, pilier de l'association LAVE.
Régulièrement je pense à lui, en le citant, lorsque je passe,
en conférence, le film vidéo "Eruptions stories" auquel
nous avons participé ensemble. | |
Jacques-Marie Bardintzeff,
L.A.V.E. | |
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Il faisait partie des quelques personnes qui m'ont fait découvrir et apprécier
les Volcans, par l'intermédiaire des images qu'il avait tournées
lors de ses nombreux voyages. Si aujourd'hui je suis adhérent de LAVE,
c'est grâce à des gens passionnés et d'une gentillesse à
toute épreuve comme il était. | |
Jean-Luc Pilet, L.A.V.E. |
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| La disparition de Jean
Pierre me touche énormément. Lors de ses multiples voyages il rapportait
de très belles images vidéo. Depuis une dizaine d'années
il était membre du conseil d'administration et délégué
régional, il était de ceux qui assumait sa tâche avec beaucoup
de calme et de gentillesse. Au revoir Jean Pierre. |
| Claude
Lesclingand, co-fondateur de L.A.V.E. | |
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