Hommage

Bibliographie et Filmographie
Une force volcanique...

Hommage à Katia & Maurice Krafft

Le bureau de L'Association Volcanologique Européenne, par son président et au nom de tous ses membres, tient à rendre hommage à Katia et Maurice Krafft morts au Japon sur le volcan Unzen. Membres de l'association depuis son origine, ils nous avaient toujours encouragés dans nos efforts et montré le plus grand intérêt pour le bulletin. Celui de juillet 1991 (nº 32) leur a été dédié.

Claude Lesclingand, juillet 1991



Dr Jérôme A. Lecointre, Massey University (Nelle-Zélande), Mai 1998

La crise éruptive du mont Unzen restera liée dans nos mémoires à la disparition brutale et prématurée de trois de nos collègues. Harry Glicken, Maurice et Katia Krafft étaient à pied d'œuvre sur le terrain depuis quelques jours, pour suivre en détail l'activité explosive du volcan, lorsque le nuage d'une coulée pyroclastique atteignit leur site d'observation. C'était le 3 juin 1991, peu avant 16h00 en temps local.

Tous trois seront retrouvés deux jours plus tard, en compagnie des autres victimes, par un détachement de soldats venus porter secours dans la zone dévastée de Kitakamikoba. Les volcanologues japonais, dont les professeurs Aramaki et Kamo, participeront à leur identification. Leurs corps seront déposés dans le Temple Anyoji de Shimabara, élevé à la mémoire des victimes de la catastrophe de 1792.

Katia Conrad est née le 17 avril 1942 à Guebwiller. Elle fait ses études à l'Université de Strasbourg où elle se spécialise en physique et en géochimie. Elle obtient le prix de la Fondation de la Vocation en 1969, pour ses premiers travaux de volcanologie sur sites actifs. Elle épouse Maurice Krafft en 1970.

Maurice Krafft est né le 25 mars 1946 à Mulhouse. A 7 ans, il assiste à sa première éruption au Stromboli. A l'âge de 14 ans, il devient membre de la Société Géologique de France. Ses études le conduisent à Besançon puis à l'Université de Strasbourg, où il obtient sa maîtrise de géologie. En 1968, il fonde avec quelques amis l'Equipe Vulcain, puis peu de temps après, le Centre de Volcanologie de Cernay.

Katia et Maurice Krafft étaient surnommés les "volcano devils" par nos collègues américains. Nul doute que cette appellation un peu sulfureuse traduisait un sentiment d'admiration et de reconnaissance devant l'enthousiasme et la passion du métier exprimés par le couple de volcanologues français.

Depuis près de 25 ans, nous nous étions habitués à les voir crapahuter aux quatre coins de la planète, dès qu'une fumée suspecte ou le grondement soudain du sol annonçaient le réveil proche d'une bouche à feu. Toujours prêts à sauter dans le premier avion, Katia et Maurice Krafft avaient rejoint en ce 29 mai la ville de Shimabara au Japon, espérant une fois de plus immortaliser dans leurs boîtes magiques les soubresauts ardents du mont Unzen. Mais cette fois-ci, le volcan était gris. Et le piège se referma brutalement sur eux.

"L'éruption de l'Unzen est sûrement la plus dangereuse que j'aurai vue dans ma vie..." confiait Maurice Krafft quelques jours avant le drame à la personne chargée de la préparation de son dernier livre (Le Monde du 7 juin).

Les Krafft sont de toutes les expéditions: Italie, Islande, Indonésie, Afrique, Amérique, la Réunion, Hawaï, Nouvelle-Zélande... Leurs reportages leur valent l'attribution du Prix de la Société de Géographie de Paris, puis la remise du Prix de l'Exploration des mains du Président de la République (1975). Ils s'orientent délibérément vers l'étude de la phénoménologie éruptive, et font largement partager leurs découvertes à la communauté scientifique.

Mais c’est surtout au travers de la diffusion des connaissances et de l’information du public que les époux Krafft concrétisent leur enthousiasme. Leur notoriété, en France comme à l’étranger, s’appuie d’abord sur les nombreuses conférences effectuées dans le cadre du réseau "Connaissances du Monde". Viennent ensuite les livres de vulgarisation scientifique (une vingtaine), les émissions de télévision (entre autres pour le compte de la BBC), les expositions ("L’Homme face aux volcans", présentée à Kagoshima en 1988, puis à Fontainebleau en 1989), et les films diffusés en cassettes vidéo.

Depuis quelques années, Maurice Krafft travaillait à la conception de documents audiovisuels d’information sur les risques volcaniques, à destination des populations menacées et des autorités en charge des dispositifs d'alerte et de secours. La première bande vidéo intitulée "Understanding Volcanic Hazards", réalisée à la demande de l’I.A.V.C.E.I. et en collaboration étroite avec l’UNESCO, l’UNDRO et l’U.S.G.S, fut présentée au Congrès de Mayence à l’automne 1990. Elle trouvera une application immédiate, curieusement en Juin 1991, avec le réveil catastrophique du Mt Pinatubo aux Philippines. La seconde partie de ce programme ("Reducing Volcanic Risk") a depuis lors été complétée et est maintenant disponible en versions anglaise et espagnole.

Enfin, le nouveau défi des Krafft s’articulait autour de deux projets ambitieux: la Maison du Volcan, sur l’île de la Réunion, et Volcania , en Auvergne. Le premier projet est devenu réalité. Centre local d’information, la Maison du Volcan a ouvert ses portes en 1991 sur un site voisin du Piton de la Fournaise, l'un de ses volcans préférés. Le second projet, véritable "science-centre" à vocation internationale et de conception révolutionnaire, fut lancé à la fin de l'été 1986 et présenté à la Région Auvergne. Il connaîtra un parcours mouvementé. Volcania, rappelons-le, devait abriter une fondation à but culturel et humanitaire, assurant ainsi une double mission de protection et de promotion du patrimoine au sein d'un centre moderne et vivant d’information scientifique conçu pour le grand public (cf. Bull. Sect. Volc. SGF, nº16, Déc. 89). Tel le phénix qui renaît de ses cendres, le Musée Européen du Volcanisme s'apprête aujourd'hui à sortir de Terre au cœur de la Chaîne des Puys, mais l'accouchement ne se fait pas sans douleurs… Souhaitons que dans un avenir proche, le public d'Auvergne et d'ailleurs puisse venir s'informer et découvrir dans un cadre prestigieux, l'héritage merveilleux laissé par les Krafft pour le plus grand bonheur de tous les passionnés de volcans.

Katia et Maurice Krafft ont constitué, en 25 ans d’activité, un patrimoine iconographique tout à fait exceptionnel: plus de 300 000 photos, 300 heures de film, 20 000 ouvrages géologiques, quelques 6 000 lithographies et tableaux anciens… Plusieurs organismes américains se sont montrés intéressés par l’acquisition de tels fonds: Smithsonian Institution, Musée Jaggar à Hawaï… Ces collections, inestimables pour la communauté scientifique et le grand public, méritent de trouver un cadre dans lequel elles seront mises en valeur, protégées et utilisées dans de bonnes conditions.

L'éruption du Mt Unzen emporta aussi Dr Harry Glicken, spécialiste des "debris avalanches". Harry obtint son Ph.D. en 1986 à l’Université Santa Barbara de Californie, pour son étude réalisée sur le glissement de flanc associé à l’éruption du mont St-Helens. Il travailla ensuite durant plusieurs années au Cascades Volcano Observatory, pour le compte de l’U.S.G.S. Bientôt titulaire d’une bourse de recherche post-doctorale, il effectua de nouveaux travaux sur les volcans japonais qu’il connaissait bien (dont le mont Unzen), à l’Université Metropolitan de Tokyo.

Il venait de rejoindre le couple Krafft depuis quelques jours, lorsque le drame se produisit. Dr. Harry Glicken déclarait peu de temps avant la catastrophe: "I want to become an excellent volcanologist like Dr. Lipman who studied under the late Prof. Hisahi Kuno in Japan" (Moriya, comm. pers.).

Cela fait maintenant près de 7 ans que nos amis ont disparu. La soif de communiquer leur passion et leur enthousiasme restent gravés dans nos mémoires. Ils ont suscité des vocations en se faisant les témoins "actifs" d'une planète qui bouge, faite de rouge et de gris. Merci à Katia et Maurice pour avoir su si bien nous faire partager leurs émotions telluriques.

 

 

Bibliographie et Filmographie
Une force volcanique ...


Le site de LAVE

Maj 3 juin 2005