Le tour du monde en 80 Volcans
Les fiches volcans : Waw an Namous
Les fiches volcans : Waw an Namous

 
Volcan n°  : 0205-008
Pays             : Libye
Altitude      : 547 mètres
Type             : Caldeira
Latitude     : 24, 93° Nord
Longitude : 17, 73° Est



Contexte géodynamique : 

        Les volcans africains appartiennent à deux types de contextes géodynamiques. Certains se situent sur le rift est-africain : Erta Ale en Éthiopie (Géochronique 85, 2003, p. 14), Kilimandjaro et Ol Doinyo Lengai en Tanzanie (Géochronique 59, 1996, p. 4). Les autres résulteraient de l'activité de points chauds ou de lignes chaudes : mont Cameroun (Géochronique 71, 1999, p. 27 et 91, 2004, 13-16). De même ceux qui se situent sur une grande faille ancienne (protérozoïque ?) qui traverse l'Afrique du nord en écharpe, du Maroc à l'océan Indien : Hoggar (Algérie), Tibesti (Tchad), Darfour (Soudan). En Libye, on connaît un alignement volcanique NO - SE, orienté N 140, depuis la côte méditerranéenne au nord jusqu'au Tibesti (frontière avec le Tchad) au sud : petites coulées basaltiques de Tarhuna en Tripolitaine, Jabal As-Soda (= Sawda) (840 m), Al-Haruj al Aswad (1200 m), Waw an Namous.

Accès : 

        Il existe au coeur du Sahara, dans le sud libyen, un volcan méconnu mais d'une beauté surprenante. Il a pour nom «Waw an Namous », littéralement le «Volcan des Moustiques ». Il est situé en plein désert, à plus de 300 km du dernier gros village de Timessah relié au réseau routier du pays. De là, il faut des guides expérimentés pour traverser, pendant près d'une journée, les immensités monotones et planes d'un grand erg, partie septentrionale du Ténéré.
        Les premières traces d'un volcanisme évident se rencontrent à une vingtaine de kilomètres à l'ouest du Waw an Namous, sous la forme d'un cône bas, tronqué et sombre, tigré par le sable orange du Sahara. À ses pieds, enfouis dans le sable parmi d'innombrables morceaux de bois pétrifié de petites tailles, derniers vestiges des forêts qui couvraient la région il y a des millénaires, émergent des blocs de basalte très usés par l'érosion éolienne qui est décuplée ici grâce au sable meuble jouant le rôle d'abrasif. Malgré cette usure prononcée, de nombreuses et petites alvéoles parfaitement reconnaissables, qui contenaient jadis du gaz volcanique, criblent leur surface. Ces blocs appartiennent sans nul doute à de très veilles coulées de lave qui ont suinté des pieds du cône.


Géologie : 

        On pénètre plus loin vers l'est, et sans transition, dans la zone d'influence du Waw an Namous qui se reconnaît facilement par la présence, au-dessus du sable, d'une couche uniforme de lapilli basaltiques noirs qui tranche sur la clarté de l'erg. Elle est épaisse de quelques centimètres mais le simple passage d'un véhicule suffit parfois à faire réapparaître le sable orange sous jacent. Elle recouvre une superficie grossièrement ovale, orientée sous la direction des vents dominants venus du nord, et s'allonge ainsi sur une bonne quinzaine de km pour une largeur à peine moindre. Le sable amené dans cette zone par les vents du désert ne reste pas en surface mais passe entre les lapilli de basalte plus gros. Voilà pourquoi les grains de sable récents mais très fins se retrouvent enfouis sous la couche de cendre grossière et plus ancienne.
        Située grossièrement au centre de cet immense tapis basaltique noir s'ouvre une vaste dépression de 4 km de diamètre pour une centaine de mètres de profondeur, creusée dans la plaine comme à l'emporte-pièce. C'est une grande caldeira descendant en pente douce jusqu'au centre de la dépression où se dresse un magnifique cône volcanique. Elle n'est donc pas située au sommet d'un quelconque relief, comme on pourrait s'y attendre s'agissant d'une formation volcanique. A l'intérieur de ce vaste amphithéâtre de près de 10 km de circonférence ondulent de nombreuses collines de cendres, ou plutôt de sable, recouvertes de lapilli noirs. Cet ensemble géologique constitue un véritable joyau émergeant d'un immense désert uniforme et sans grand intérêt.
         Curieusement, la base du cône est cernée par trois lacs d'eau douce allongés et arqués, formant une sorte de couronne bleutée dessinée en pointillés épais sur fond de cendre noire. La présence permanente de cette eau de surface en plein désert suggère une alimentation constante et suffisante depuis la nappe phréatique en profondeur. L'humidité y étant permanente, c'est le seul endroit à des centaines de kilomètres à la ronde où une végétation marécageuse s'est développée durablement. Ce contexte phréatique a dicté l'activité éruptive du Waw an Namous. Le cône central est principalement constitué d'un tuf caractéristique, produit par des éruptions phréato-magmatiques. Les coulées de lave sont donc absentes de ce volcan dont l'ascension jusqu'au sommet ne pose aucun problème. Sur la trace, on peut récolter de nombreuses bombes volcaniques en « chou-fleur » dont les inflorescences sont usées par le temps. Un cratère bien formé, encombré de quelques éboulis, mesurant près de 150 m de diamètre pour 80 de profondeur, couronne la cime du volcan. De là-haut, on domine toute la caldeira parfaitement circulaire. Le regard se perd bien au-delà de ses rebords émoussés par la cendre, jusqu'aux limites de l'horizon, ce qui signifie que le volcan proprement dit dépasse d'une cinquantaine de mètres les lèvres de la grande dépression. Waw an Namous culmine à 547 m d'altitude et domine d'environ 170 m le fond de la caldeira.
        Les restes d'un autre cratère, plus ancien, entourent la moitié ouest du cratère principal. Il n'en reste qu'une paroi semi-circulaire, si bien que le sommet du volcan est en fait couronné par deux cratères emboîtés, rappelant les Fossa 1 et 2 du Vulcano des îles Éoliennes, la plus récente masquant en grande partie l'ancienne.
        De petits dépôts blancs de sublimés ou jaunes de soufre se remarquent sur les lèvres du cratère sommital ainsi que sur les bords de la caldeira. À cela viennent s'ajouter des nodules de péridotites présents sur certains blocs de lave.
        Le Waw an Namous semble très jeune (de quelques milliers d'années ?), peut-être aussi à cause de l'absence de précipitation dans le désert ? Le cône de tuf n'est que très faiblement raviné par les eaux de ruissellement, preuve qu'il n'y pleut qu'exceptionnellement.
        Cet édifice n'était d'ailleurs pas recensé en avril 2006 dans la liste des volcans à activité historique, établie par la Smithsonian Institution. Mais à la suite de notre proposition il y a été ajouté (sous le nom principal Wau-en-Namus) avec le numéro 0205-008.



Waw an Namous, mars 2006 (photographie : Gilbert Mahoux)

Waw an Namous, mars 2006

Waw an Namous, mars 2006 (photographie : Gilbert Mahoux)

Waw an Namous, mars 2006

Waw an Namous, mars 2006 (photographie : Gilbert Mahoux)

Waw an Namous, mars 2006

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Le lac "Um el Ma" : 

        À environ 500 km à l'ouest du Waw an Namous existe une autre curiosité naturelle déconcertante. Nichée au milieu des immenses dunes de sable de l'erg Oubari, une oasis de verdure cache le lac surprenant de « Um el Ma ». Ces eaux limpides, dont la couleur évolue en fonction de l'heure de la journée, donc de l'incidence des rayons du soleil, sont très salées et on flotte facilement à leur surface sans y faire le moindre mouvement. Mais le plus stupéfiant est la superposition uniforme de deux couches liquides de températures différentes. Si en surface on baigne dans 1,50 m d'une eau à peine chaude, en dessous, et sans véritable transition, les jambes peuvent plonger (si par mégarde on les met en position verticale) dans une couche brûlante tout à fait insupportable. Il ne s'agit nullement d'une source chaude ponctuelle dont la chaleur serait vite diluée dans le lac, mais bien d'une couche uniforme s'étalant sur tout le volume du plan d'eau, depuis le fond jusqu'à une hauteur d'homme sous la surface. Nous avons estimé à un bon 50° C la température de cette couche profonde qui défie les lois de la physique puisque, en principe, elle devrait se situer au-dessus de l'épaisseur plus froide donc plus lourde.
         Il faut donc être extrêmement attentif lorsque l'on pénètre dans le lac, s'enfoncer le moins loin possible sur ses berges immergées et nager dès que la profondeur d'eau le permet, car le risque de brûlures aux jambes est bien réel...


Vue satellite : 


Jacques-Marie Bardintzeff et Patrick Barois

  LAVE n° 121 - Juillet 2006
Géochronique n° 98 - Juin 2006

Réactualisation avril 2009