Le tour du monde en 80 Volcans
Les fiches volcans : Pico do Fogo
Les fiches volcans : Pico do Fogo

 
Volcan n°  : 1804-01=
Situation   : Île de Fogo
Pays             : République du Cap Vert
Altitude      : 2 829 mètres
Type             : Strato-volcan
Latitude     : 14, 95° Nord
Longitude : 24, 35° Ouest






Contexte géologique : 

        Au large du Sénégal, l'archipel du Cap-Vert est situé sur un point chaud et il est constitué d'une dizaine d'îles volcaniques dont le point culminant est le Pico do Fogo, sur l'île-volcan de forme quasi circulaire de Fogo (476 km²). L'archipel complet repose sur un bombement sous-marin de 600 km d'envergure maximum. Ce bombement est dû à l'accumulation du magma du panache du point chaud sous une lithosphère océanique en déplacement relativement lent. Ce déplacement de la lithosphère est bien entendu la conséquence de l'ouverture de l'océan Atlantique. Chacune des îles apparaît, sous forme de plateaux couverts de dunes, ou de montagnes déchiquetées aux pics acérés et aux gorges profondes. ou de cônes abrupts parfois égueulés. L'archipel s'élève à une hauteur de 4 à 7 km au-dessus du plancher océanique, vieux, à cet endroit de quelque 130 millions d'années.
        L'île de Fogo se présente actuellement comme un énorme stratovolcan conique aux flancs escarpés qui culmine à 2 829 m au-dessus du niveau de la mer, soit à environ 7 000 m au-dessus du plancher océanique. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a plusieurs dizaines de milliers d'années, l'île-volcan, qui était alors un volcan-bouclier, culminait à 3 500 ou 4 000 m d'altitude. Puis, il y a plus de 10 000 ans, à la faveur de l'effondrement d'une gigantesque chambre magmatique, ou avec le rejeu de grandes failles Nord-Sud, ou avec la multiplication des dykes d'alimentation de ce stratovolcan. ou avec la variation du niveau de la mer, ou avec ces quatre facteurs conjugués, un volume de matériaux évalué à plus 150 km' de ce volcan a basculé dans la mer en direction de l'Est. Il en est résulté peut-être des tsunamis à l'époque. mais il en est resté surtout une vaste caldeira ouverte vers la mer d'une dizaine de kilomètres de diamètre. Du volcan primitif il subsiste actuellement dans la caldeira un petit pointement appelé Monte Amarelo. Peu après ce basculement, les cicatrices, vers la nier, ont été rapidement effacées par l'apparition d'un nouveau système volcanique : le Cha das Caldeiras (ou plaine des cratères) actuel. Le Pico de Fogo en est le cône le plus important.
        Une falaise en demi-cercle de 800 à 1 000 m de haut et de 20 km de long, la Bordeira ; un cône parfait flanqué de volcans adventifs ; une plaine noire parsemée de pointements volcaniques ; des fumerolles ; des champs de laves torturées ; quelques vignes ; quelques champs ; deux minuscules villages (Portela et Bangaeira) à la beauté rude et des gens accueillants : c'est tout cela, dans un décor noir et magique, que nous nous proposons de découvrir, et d'essayer de comprendre.



Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico do Fogo, novembre 2009

Cliquez sur les photos pour les agrandir

Carte des coulées : 



Itinéraires géologiques : 

        Toutes les excursions partent de l'Ouest de Fogo, à Sao Filipe, petite ville propre et calme, construite en amphithéâtre en bord de mer et qui fait face à l'île de Brava. Sao Filipe peut être atteinte à partir de la capitale Praia, par vols réguliers arrivant sur un petit aéroport proche de la ville.
        Le premier itinéraire, à pied, part de Cha das Caldeiras que l'on peut atteindre en voiture de location, en taxi ou par aluguer (transport local qui ne démarre que lorsqu'il est plein) après une heure et demie de trajet. La route, entièrement pavée de pierres volcaniques, épouse d'abord le flanc Sud du volcan en traversant de nombreuses ravines (des barrancos) avant d'attaquer, plein Nord, la montée qui serpente à travers champs, petits hameaux et maisons isolées. A droite, les pointements volcaniques de Monte Pertutanto et Monte Rachinha annoncent l'entrée dans Cha das Caldeiras : monde imposant, majestueux et même irréel.
        A Cha das Caldeiras, on pourra s'installer à la Pousada Pedra Brabo, ou, pour un contact plus authentique, chez l'habitant. Il est facile de trouver à se loger avec un confort certes spartiate mais dans des lieux toujours très propres. L'épicerie de Bangaeira (si ce n'est pas jour de mariage !) est ouverte et bien achalandée.



Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Cliquez sur les photos pour les agrandir

Le Pico do Fogo : 

        A tout seigneur tout honneur, l'ascension du Pico do Fogo semble s'imposer, même si ce n'est pas là que l'on trouvera le plus grand intérêt géologique. Prendre éventuellement un guide pour accéder au cratère d'environ 500 m de diamètre et de 150 m de profondeur, après 900 à 1000 m de montée.
        De là-haut, s'il fait beau, la vue est splendide. Les dernières activités sommitales du Pico de Fogo datent de 1725 et elles se seraient poursuivies de façon essentiellement strombolienne durant cinq siècles. La montée se fait dans les scories, les lapilli, la cendre et quelques pyroclastites soudées, probablement d'origine phréatomagmatique. Si l'on a eu la précaution de prendre des bâtons pour rendre la montée plus aisée, la descente est un vrai plaisir : courir, sauter ou glisser dans la pouzzolane permet de dévaler les 1000 mètres en moins d'une heure, tout en recueillant quelques échantillons de roches !
        Les deux dernières activités de Fogo, qui datent de juin août 1951 et d'avril mai 1995, ont été observées et décrites en détail par les géologues.
        En 1951, l'éruption a été principalement fissurale (alimentation par dykes) et elle s'est manifestée en deux endroits : près de Bangeira, au Monte Preto, et sur le versant Est où la coulée venant de Monte Rendall, sur le flanc Sud du Pico de Fogo, a dévalé jusqu'à la mer vers Cova Matinho. C'est là que l'on pourra collecter, sur le second itinéraire, quelques échantillons, car cette coulée n'a pas été recouverte par les lapilli de l'éruption de 1995.



Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, novembre 2009 (photographie : Claude Humbert)

Pico do Fogo, novembre 2009

Pico do Fogo, octobre 2005 (photographie : Laurent Latour)

Pico do Fogo, octobre 2005

Pico do Fogo, octobre 2005 (photographie : Laurent Latour)

Pico do Fogo, octobre 2005

Pico do Fogo, octobre 2005 (photographie : Laurent Latour)

Pico do Fogo, octobre 2005

Cliquez sur les photos pour les agrandir

Le Pico Pequeno : 

        L'éruption de 1995 a, elle aussi, été fissurale, mais, très localisée dans Cha das Caldeiras ; elle a permis l'édification d'un petit cône adventif au Pico do Fogo : le Pico Pequeno (1920 m). L'ascension de ce cône, la visite de son cratère, de la vallée des bombes, des champs de laves, des tunnels et des coulées aux formes les plus fantastiques, pourra prendre une journée.
        Tous les ouvrages sur le Cap-Vert, ainsi que ceux qui sont mentionnés en bibliographie, décrivent en détail les différents événements de cette éruption de 1995: du 3 avril au 18 mai, explosions, projections de blocs, de bombes, coulée de lave d'un débit moyen de 800 000 m³ par jour et de 3 à 10 m d'épaisseur avançant à 10 mètres par heure : trente millions de m³ émis couvrant presque 5 km², nuages de poussières de 500 m de haut, panaches de particules atteignant 1,5 km de haut ; plus de 1300 personnes déplacées, un village, Boca de Fonte, complètement détruit, la visite des médias, de l'ONU, des volcanologues (entre autres François Le Guern du CNRS)...
        Le long de la route pavée, à 3 km au Sud de Portela, le sentier qui conduit au sommet du Pico Pequeno est bien indiqué, et, en général, très fréquenté. On traverse d'abord un champ de pieds de vignes, chaque plan à l'abri d'un petit muret, quelques pommiers, puis on s'élève dans les scories et on chemine ensuite parmi les laves cordées puis les pahoehoes. Après un enchevêtrement de blocs, on chevauche des fissures remplies de blocs, on rencontre quelques dépôts de sulfures teintés de vert, jaune ou rouge ; plus haut, des fissures ou des petits cratères, très chauds, ont encore une activité fumerollienne, puis on entre dans le cratère égueulé.
        L'intérieur de ce cratère encombré de blocs est tapissé d'un empilement de scories indurées aux couleurs très variées, tournant du noir au rouge avec toutes les nuances de jaune et d'orangé. Poursuivant la montée, on atteint les bords du cratère où l'on pourra recueillir du soufre parmi les fumerolles et où l'on verra une belle fissure très ouverte orientée Nord. La descente pourra se faire dans un thalweg, à la droite du chemin de montée. Cet endroit est un véritable musée de bombes : des fuseaux, des boules, des croûtes de pain, et, ce qui est assez rare, des bombes en forme de tortue, avec leur carapace bosselée et concave, leur « ventre » plat et leur petit nez qui dépasse.
        Rejoignant le point de départ et partant vers la droite, il ne faut sous aucun prétexte manquer la visite du champ de lave de 1995. L'accès et le cheminement en sont assez malaisés mais, si l'on s'arrange avec un jeune de Bangeira, il se fera un plaisir de vous entraîner dans un dédale de aa, de pahoehoe, de cascades de tripes, de cordes, d'écheveaux et de ficelles, de pâtes dentifrices enchevêtrées et il vous fera entrer dans la gueule aux lèvres rouges de secrets tunnels de lave.



Pico Pequeno, novembre 2009 (photographie : Patrice Landry & Marie-Hélène Marcaud)

Pico Pequeno, novembre 2009

Cliquez sur la photo pour l'agrandir

La Bordeira : 

        Le champ de lave s'étale dans Cha das Caldeiras, il traverse la route et il s'achève par un front de aa qui vient pratiquement buter contre la Bordeira.
        C'est là que se terminera l'itinéraire par l'examen de cette haute falaise avec ses essaims de gigantesques dykes anastomosés, recoupant les nombreuses couches des émissions passées du primitif et gigantesque Monte Amarelo. Ces dykes, souvent verticaux, s'étalent sur un front de plusieurs kilomètres et s'élèvent parfois du pied au sommet de la falaise. Les experts, lisant ce puzzle de dykes et observant les mouvements des nombreuses fissures peuplant Cha das Caldeiras, sans oublier les études sismiques, peuvent reconstituer l'histoire de Fogo et envisager son avenir, plus ou moins lointain, qui devrait se solder, encore une fois, par un effondrement, peut-être, cette fois-ci, moins colossal que le premier.
        Le long de ces dykes suinte l'eau qui était retenue dans les couches volcaniques. Au pied de Bordeira, un vaste réservoir couvert permet l'alimentation des villages et l'arrosage des cultures. Au milieu des champs, les cabanes de paysans en pierres volcaniques sont de véritables petits chefs-d'oeuvre.


Le balcon du Pico : 

        Le second itinéraire nous entraînera sur la pittoresque route en balcon qui va de Sao Filipe à Mosteiros en passant par le flanc Est de Pico. Cette route pavée qui traverse barrancos, tufs, orgues basaltiques, champs et villages, est en général très bonne de Sao Filipe à Cova Figueira. A partir de là, la route s'accroche au volcan. On traverse maintenant des barrencos profonds et des pentes très abruptes (de l'ordre de 25 à 30 degrés). A la moindre pluie, des coulées de boue, et le 4x4 est nécessaire. De Cova Figueira à Corvo, ce ne sont que succession de coulées de laves du sommet du volcan jusqu'à la mer : on peut remonter le temps depuis 1951 jusqu'à 1785, en traversant au moins six coulées. Maïs, manioc et haricots sont cultivés dans les pentes, entre les coulées, pour profiter du terrain arable et fertile. Les maisons, noires et basses sont construites sur la coulée où l'on peut extraire directement des pierres à bâtir. Dans ce décor de bout du monde, si l'on s'arrête (pour échantillonner !) l'accueil des gens est très chaleureux : ils vous invitent par exemple à partager leur maïs grillé. Prévoir éventuellement quelques cadeaux (cahiers, carnets, stylos, cartes postales de France), qui seront reçus par le chef de famille pour les enfants.
        Sur Fogo, il existe bien entendu d'autres itinéraires géologiques intéressants : par exemple celui qui va de Cha das Caldeiras à Mosteiros ou celui qui monte à Cha das Caldeiras le long de la coulée de 1951 depuis le village d'Estancia Roque.


Références : 

        La bibliographie est très abondante, surtout depuis les années 1970. Pour cet article les références suivantes ont été consultées :
        - Day S.J. et al., 1999. A past giant lateral collapse and present-day flank instability of Fogo, Cape Verde Islands. Journal of Volcanology and Geothermal Research 94.pp. 191-218.
        - Fonseca F.B.D. et al., 2003. Multiparameter monitoring of Fogo Island, Cape Verde, for volcanic risk mitigation. Journal of Volcanology and Geothermal Research 125. pp. 39-56.
        - Gaspar J.L. et al., 1995. Eruptive activity at Fogo. Smithsonian Institution. Global Volcanism Bulletin. Vol. 20, N° 4. Avril 1995.
        - Girault F. et al. , 1998. Volcans vus de l'espace. Spot Image. Nathan. pp. 24-27
        - Le Guern F., 1995. Eruption de l'île de Fogo. Rapport de mission auprès du Ministère de l'Environnement. Direction de la Prévention des Pollutions et des Risques. CFR Na 1712 C. Laboratoire Mixte CNRS-CEA. Olivry J.C., 1989. Géologie du Cap-Vert. Editions de l'ORSTOM. pp. 7-26.
        - Wilson M., 1997. Igneous petrogenesis. A global tectonic approach. p. 117 et 275-276.
        - Références touristiques : Cap-Vert. Guides Olizane. Carte Fogo-Brava. 1/60 000. Karten-Verlag. 2002.


Vue satellite : 

Carte : 

Désiré Corneloup

  LAVE n° 114 - Mai 2005

Réactualisation mai 2006