Le tour du monde en 80 Volcans
Les fiches volcans : Ardoukoba

 
Volcan n°  : 0201-126
Situation   : Rift d'Asal
Pays             : République de Djibouti
Altitude      : 298 mètres
Type             : Volcan fissural
Latitude     : 11, 58° Nord
Longitude : 42, 47° Est


Situation : 

        Sur le rift d'Asal, situé entre le lac Asal et le Ghoubbet al Kharâb, à l'ouest de la ville de Djibouti.
        C'est un volcan de type fïssural à éruption basaltique (type de volcan le plus répandu sur le globe puisqu'il correspond aux rifts ou dorsales océaniques).
        Son altitude est d'environ - 100 mètres (il est proche du lac Asal qui est une dépression située à - 157 mètres), la hauteur du cône volcanique (spatter rempart) constitué de scories est de 40 mètres.


Contexte éruptif : 

        Ce volcan, baptisé Ardoukôba par Haroun Tazieff, du nom du secteur où il est apparu, est situé sur une dorsale océanique à l'air libre et qui est très active : les fissures lithosphériques sur lesquelles il se trouve s'ouvrent à la vitesse moyenne de 3 cm par an. L'Ardoukôba est le dernier-né des volcans de la planète, et il est celui qui a eu la vie la plus brève : son éruption a duré du 7 au 14 novembre 1978, libérant plus de 43 mégatonnes de basalte à phénocristaux et 6 milliards de mètres cubes de gaz constitués de 80 % d'eau. Son éruption a clos une période d'intense activité sismique (80 séismes de magnitude 4 par heure au maximum) et a libéré d'importantes contraintes : il en est résulté un écartement brusque du plancher estimé à 1,20 m.
         De plus, l'Ardoukôba se trouve à proximité de l'exceptionnelle convergence de trois structures majeures de l'écorce terrestre : le point triple de l'Afar où se rencontrent la Rift Valley (qui est en train de scinder l'Afrique en une plaque nubienne et une plaque somalienne), une dorsale océanique parallèle à celle de la mer Rouge, et la dorsale du golfe d'Aden - la plaque concernée par ces deux dernières dorsales étant l'Arabie. Cette région illustre parfaitement la dérive des continents et la naissance des océans : la République de Djibouti est un véritable laboratoire de géologie à ciel ouvert.
        L'océanisation proprement dite autour du point triple de l'Afar s'est faite progressivement et de façon assez complexe, depuis le Pliocène, il y a 3,5 millions d'années jusqu'à nos jours.


Géologie : 

        Les structures des coulées de laves basaltiques rencontrées sur le rift d'Asal sont, sur un espace relativement réduit, d'une grande diversité : tantôt prismatiques du type « trapps », cordées du type « pahoehoe », rugueuses du type « aa », sans oublier pillows, hornitos, bombes, tunnels, soufflures, scories, tufs et tumulus (la croûte de basalte y a été soulevée et crevassée, et c'est là qu'a glissé mon marteau de géologue... à jamais perdu).

Accès : 

        Quitter Djibouti par la N1, puis, après Wéah, prendre à droite la N9 (route de l'Unité ou du Roi Fahd) ; la route longe d'abord l'impressionnant canyon d'Adailé puis longe et surplombe le Ghoubbet (partie méridionale du rift) et ses pittoresques volcans des îles du Diable. Après une centaine de km, la route s'engage entre l'Asal et le Ghoubbet, champs de laves et failles se succèdent, Ces dernières coupant pantois la route goudronnée.
        Après Dankalélo (gîte d'étape et plage), emprunter, à gauche, une piste qui s'élève dans la montagne (4x4 nécessaire) et qui, après un col, permet de remonter une crête, à droite, d'où l'on atteint le « Belvédère » qui domine le rift : on peut alors en « prendre plein les yeux » ; puis la piste descend jusqu'au plancher du rift pour arriver au « Carrefour du Volcan » et, laissant ici le 4x4 , il faut continuer à pied.
         On rencontre d'abord un premier volcan, l'Inki Garrayto, puis, après une falaise de calcaires lacustres blancs (nombreuses coquilles de gastéropodes du type potamides) et un petit colon descend sur l'imposant champ de laves cordées et d'hornitos qui a, en toile de bond, l'Ardoukôba avec son rempart.
         Contourner ce rempart par la droite et aller observer l'intérieur du cratère (fissure longue de 200 m, haute de 30 m, et large d'environ 35 m). le chenal de drainage et les enduits fumeroliens qui ont clos l'éruption. Du cratère, on domine d'abord, en direction du Nord, l'immense champ de laves de Manda et la Grande Faille du même nom, puis le lac Asal et sa banquise de sel.
         Parcours à pied, aller et retour 4 h, à faire en hiver, provision d'eau indispensable.


Bibliographie : 

Très abondante, parmi laquelle il a été retenu :

- Barbieri F., Cheminée J.L., Hernandez J., Ruegg J.C., 1980 - Compte rendu d'excursions du Colloque International sur le Rift Asal. Bull. Soc. Géol. France n° 6 , pp. 801-807.

- Bizouard H. et Richard O., 1980. - Etude de la transition dorsale océanique-rift émergé golfe de Tadjoura, Asal, Afar Central. Bull. Soc. Géol. France (7) t. XXII n° 6, pp. 935-943.

- Caminiti A. M., 2000 - Le fossé d'Asal et le lac Abhé, deux sites géologiques exceptionnels en République de Djibouti. Edition Couleur Locale, Djibouti; 128 pages.

- Demange J. et Tazieff H., 1978 - L'éruption « tectonique » de l'Ardoukôba. C.R. Acad. Sci. France 287, pp. 1269-1272.

- Rivals R. , 1998 - Le guide de Djibouti Edit. La Manufacture Paris ; 176 pages.

- Vellutini J. et Piquet P., 1994 - Djibouti, itinéraires géologiques Mis. Fr. de Coop. et d'Action Culturelle à Djibouti, BCIMR et PFA Ed. Djibouti; 289 pages.


Vue satellite : 


Désiré Corneloup

  LAVE n° 109 - Juillet 2004