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Des bombes volcaniques
Selon
la définition formulée dans les textes de géologie du siècle
dernier, et encore aujourd'hui dans de nombreuses encyclopédies
scientifiques, les bombes se forment à partir de lambeaux de
lave incandescente projetés durant l'activité explosive d'un
volcan et qui, de par un mouvement de rotation associé au frottement
de l'air, prennent des formes qui se distinguent ainsi des scories
et des blocs dépourvus de morphologie particulière.
Une
telle définition, vraie dans un certain nombre de cas, limite
dans un schéma rigide l'explication d'un phénomène volcanique
en réalité plus complexe, et dans lequel entrent en jeu d'autres
facteurs de diverses natures. Par l'examen d'exemplaires de
l'Etna faisant partie de ma modeste collection, je peux tenter
d'élargir un peu l'éventail des recherches sur la genèse des
bombes, même si cela reste limité étant donné la myriade d'échantillons
existant dans la nature.
De
nombreuses bombes présentent sur leurs surfaces des stries plus
ou moins profondes, formant un bouquet longitudinal ou bien
étant à développement hélicoïdal (fig. 1). Gaetano Ponte, qui
fut directeur de l'Institut de Volcanologie de l'Université
de Catane, écrit en 1934 dans un mémoire intéressant que de
telles stries sont causées par le passage forcé du magma bien
fluide à travers des orifices aux contours irréguliers présents
dans la carapace qui obstrue parfois le fond d'une bouche explosive
(... à peu près comme la crème qui, sous pression, passe à travers
l'orifice à section étoilée de l'ustensile de cuisine du maître
pâtissier.). Il peut tout à fait arriver que la masse de lave
extrudée, qui prend en général la forme d'un cylindre, entraîne
avec elle un fragment de la carapace à travers laquelle elle
est passée (fig. 2)..
Je
possède aussi dans ma collection une bombe à deux pointes (fig.
3). Il est très probable qu'il s'agisse en réalité de deux exemplaires
distincts qui se sont agrégés par hasard durant leurs trajectoires
aériennes.
Si
on tient compte du fait qu'une bombe qui tombe, par exemple,
d'une hauteur de 200 m, touche le sol avec une vitesse d'à peu
près 252 km/h (formule approximative V=√2gh, ou g est
la valeur de l'accélération de la gravité terrestre et h la
hauteur à partir de laquelle commence la chute libre vers le
bas), on comprend pourquoi on trouve autour des cônes explosifs
de nombreux exemplaires en forme d'ombrelles de méduses, c'est-à-dire
aplatis du cote de l'impact et convexes sur le côté opposé.
La forme des
bombes dépend aussi du temps nécessaire à leur refroidissement
rapporté au temps dévolu à la trajectoire aérienne. Si un lambeau
de magma subit un refroidissement rapide, la bombe acquiert
déjà dans l'air une forme définitivement sphérique, subsphérique
ou amygdaloïde (fig. 4). Si le temps de refroidissement est
égal à celui du parcours de la trajectoire, la forme est généralement
celle d'une massue ou d'un ruban, avec des signes de torsion
et d'étirement dus à la résistance de l'air (fig. 5 & 6). Si,
pour finir, un grand volume de magma touche terre encore bien
chaud et fluide, il s'écrase en donnant origine à la bombe dite
" en bouse de vache " (terme haut en couleur introduit officiellement
dans les textes de volcanologie de l'illustre volcanologue suisse
Alfred Rittmann), pouvant atteindre le poids de plusieurs tonnes
; une variante est la bombe dite " en croûte de pain ", qui
se forme quand le noyau, incandescent et riche en gaz, exerce
une poussée sur la mince couche extérieure plus froide, et la
craquelle de manière uniforme (fig. 7).
J'ai également
observé des petites bombes qui, sous la pression de gaz internes,
ont explosé en deux morceaux qui sont restés attachés par une
petite charnière. Il existe en outre des exemplaires qui renferment
des masses blanchâtres de sable siliceux marin (flysch) provenant
du socle sédimentaire du Miocène sur lequel l'édifice de l'Etna
s'élève (fig. 8). En conclusion, il ne me semble pas hasardeux
d'affirmer (mais cela est une opinion personnelle) que, dans
le chaos dynamique d'une déflagration volcanique, chaque bombe
a sa propre genèse et sa propre histoire qui la différencie
de toutes les autres.
Sur l'Etna
Sur
l'Etna, la fin d'une activité strombolienne appelle une foule
invisible de collectionneurs à la recherche de bombes volcaniques
: celui qui arrive le premier s'approprie les plus beaux exemplaires.
Pour recueillir les bombes il faut de la patience, un œil averti
et un peu de chance ; quelques feuilles de journal pour envelopper
les échantillons repérés et un récipient en plastique pour leur
transport s'avèrent toujours utiles.
Même si la tentation
est forte, il faut éviter de chercher les bombes durant une
éruption : l'attention portée sur le terrain - et non sur les
explosions - expose à un danger mortel contre lequel aucune
protection ne peut être efficace. Une bombe d'à peine 200 grammes
qui, bourdonnant tel un essaim d'abeilles, touche terre à la
vitesse de 70 m/s, possède une énergie cinétique largement suffisante
pour défoncer le casque et la tête du malheureux qui se trouve
sur sa trajectoire.
Il est vrai
que les meilleurs exemplaires sont les premiers à disparaître
du terrain après la fin d'une éruption mais, pour consoler les
retardataires, je conseille de renouveler la recherche au même
endroit à la fin de chaque printemps : de fait, les eaux provenant
de la fonte des neiges remanient les couches de téphra et portent
à la surface des échantillons de bombes de belle apparence réchappés
de la chasse de l'année précédente.
Parfois, on
tombe sur de très belles bombes mais qui, à cause de leur longueur,
apparaissent cassées ou mutilées de leurs pointes. Dans ce cas,
il faut chercher patiemment dans un rayon d'un mètre du point
de repère, en remuant délicatement le téphra avec les mains
: il est possible de repérer deux ou trois morceaux manquant
au puzzle de pierre. À la maison, on rassemble les morceaux
avec une colle noire spéciale, à deux composants, utilisée par
les marbriers (elle se trouve dans n'importe quel magasin de
bricolage), et la bombe réapparaît solide, entière et parfaite.
Si on ne trouve pas de colle de couleur noire, on peut utiliser
la même colle de couleur claire en y ajoutant un peu de toner
de photocopieuse. Pour finir, un lavage à l'eau courante élimine
toute trace de saleté à l'intérieur des porosités, et on peut
considérer le lifting concluant.
Actuellement
sur l'Etna, il est possible d'effectuer une recherche fructueuse
de bombes de petit ou moyen gabarit dans certains lieux bien
précis. La selle entre le cratère sud-est et la partie sud-orientale
du cône terminal est riche en exemplaires à demi cachés par
la cendre, mais qui apparaissent au printemps et en été après
des vents très tourmentés.
Autre endroit
intéressant : la zone comprise entre le cratère du Laghetto
et le bord de la Valle del Bove. S'y trouvent mélangées des
bombes provenant de l'éruption de la Montagnola (1763) et celle
de 2001, mais les premières se reconnaissent car elles sont
plus compactes et par leur superficie plus dégradée par les
agents atmosphériques.
Enfin, au Piano
delle Concazze, dans la partie contiguë à la Valle del Leone,
on trouve à coup sûr un grand nombre de petites bombes (certaines
évoquant plutôt la transition vers les grosses gouttes de lave),
émises par le cratère nord-est durant les années soixante, et
qui ont été transportées ici par de violents vents hivernaux
d'ouest et de sud-ouest (fig. 9).
À tous, bonne
balade sur l'Etna et bonne chasse !
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Grosse bombe volcanique en bordure du Vallone Serracozzo, non loin du Refugio Citelli. Photographie : Giuseppe Scarpinati.
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