Fiche scientifique
Les grandes catastrophes :







.......... Nevado del Ruiz, 13 novembre 1985,
des lahars dans la ville

 


Introduction

         Mis à part des images insoutenables (mort de la fillette devant les caméras en direct, des centaines de cadavres jonchant le sol), on ne peut pas dire que les médias se soient surpassées quant aux informations géologiques, physiques et volcanologiques sur l'éruption elle même, d'où l'utilité d'une synthèse même très condensée des principaux évènements qui ont fait de cette éruption la 4ème catastrophe volcanique sur le plan mondial (tout de suite après celle de St Pierre à la Martinique).

Éruptions historiques

         Le Nevado del Ruiz (Colombie), volcan situé sur la limite de la plaque continentale du Pacifique, culmine à 5 321 m. Sa nature éruptive est bien connue :

         - 1350, 1570, 1595, 1623, 1805, 1826, 1828, 1829, 1831, 1833,
         - 1845 : un millier de morts provoqué par des lahars, coulées de boue provoquées par la fonte rapide des glaciers et de la neige et composées de matériaux volcaniques (cendres, …),
         - 1916.

L'éruption de 1985

         Les premiers signes annonçant le réveil du volcan se sont manifestés à la fin du mois de décembre 1984 par des séismes répétés d'une magnitude de 4.

         Janvier 1985 : Lors d'un survol du cratère, les scientifiques constatent des traces d'éruptions phréatiques avec d'importants dépôts de sels sulfureux.

         Février 1985 : Visite des ingénieurs de la Centrale Hydroélectrique de Caldas.

         Mars 1985 : Premières explosions avec dégagement de vapeur dans le cratère. Par la suite, les séismes vont s'intensifier, et l'activité fumerollienne s'accroître.

         Juillet 1985 : Lors d'une nouvelle visite, les ingénieurs de la Centrale Hydroélectrique de Caldas remarquent un accroissement de l'activité. Le niveau du lac dans le cratère Arenas a monté d'un mètre. Pour les ingénieurs, ce serait la fonte du glacier qui aurait permis la montée du niveau de ce lac.

         Août 1985 : Les séismes sont localisés entre 1 et 2 km sous l'édifice volcanique.

         11 septembre 1985 : La première grande manifestation éruptive commence : bruit important, émission de cendres, blocs de pierre expédiés à 2 km du cratère dans les champs de neige, début d'un lahar avec une vitesse de propagation d'une quinzaine de
kilomètres par heure ; une route sera coupée. Cette séquence éruptive cesse le lendemain matin. Les explosions phréatiques continuent. La cendre sort toujours en tourbillonnant du cratère et on la retrouve une centaine de kilomètres plus loin. Des fissures nouvelles s'ouvrent côté Ouest dans la calotte de glace. Jusqu'à la fin du mois, l'activité évolue très peu ; seuls éléments nouveaux, des orages électriques et une modification de la couleur du panache.

         Octobre 1985 : Une équipe se rend sur le cratère. Elle relève une baisse d'activité. Il n'y a pas de matériaux jeunes dans le "Téphra" 1985. Les géologues dressent une carte délimitant les zones dangereuses et les résidents de la vallée Nord-Est sont tenus en alerte. A son tour, une équipe de volcanologues italiens visite les lieux. Un échantillon de gaz indique la présence d'un fluide magmatique mais il n'y a pas de matériaux jeunes éjectés par le cratère. D'après le rapport de mission de cette équipe (15-22 octobre), l'explosion du 11 septembre avait un caractère phréatique. Les volcanologues italiens soulignent justement que la priorité pour le Ruiz est d'installer un système de communication permettant d'alerter les populations dès qu'une éruption commence car les risques de lahars sont grands. De nouveaux séismes d'origine tectonique sont enregistrés à 12 km sous le flanc Nord du volcan. Puis une accalmie relative s'installe sur l'édifice. Des apaisements de ce genre ont, dans l'histoire, été préludes à de grandes catastrophes (NDLR : constatations personnelles d'après récits et publications d'ouvrages spécialisés). Les scientifiques du groupe INGEOMINAS évaluent à 60% les risques que l'éruption entraîne des glissements de boue, à 21% des projections de blocs et à 8% un épanchement lavique. Ils indiquent également que la ville d'Armero pourrait être évacuée sans danger en 2 heures ... mais la récolte de café bat son plein et les gens ne semblent pas vouloir quitter leurs plantations.

         10 novembre 1985 : Départ de l'onde sonore sur 3 jours, plus faible cependant que celle du 11 septembre. La crise sismique est intense. Les sismographes sont saturés. Le groupe INGEOMINAS recommande l'évacuation d'Armero (information non confirmée).

La catastrophe du 13 novembre 1985

         La première explosion a lieu vers 16 h, selon les témoins.

         Vers 17 h 30, des cendres et lapillis commencent à tomber sur Armero.

         Vers 20 h, la radio donne le message suivant : "Le volcan est en éruption, il n'y a pas de danger".

         Vers 22 h, la pluie de cendre augmente. La panique s'installe dans la ville mais les évènements se précipitent : augmentation de la crise sismique, odeur de soufre persistante, panache importante au dessus du cratère. Les explosions teintent de rouge les nuages environnant le sommet. Des morceaux de ponce de 15 cm et des lapillis de 1 cm ainsi que des matériaux frais sont expédiés sur 18 km de distance. La pluie diluvienne redouble. Un avion de ligne se trouvant pris dans le panache de cendres s'en sort de justesse : le pilote doit passer sa tête par le hublot pour atterrir, les vitres étant recouvertes de ponce. Le pilote d'un DC 8, volant à 25 000 pieds, raconte : "j'ai vu un éclair énorme dans le ciel et puis un énorme champignon faisant penser à l'explosion d'une bombe atomique". Cela coïnciderait avec une explosion (souffle dirigé sur le Nord-Est vers 22 h 30). Des témoins entendent un grondement qui provient de la rivière. Ils grimpent sur une colline, ce qui les sauvera. C'est la première vague de boue froide, dynamisme dont la vitesse présumée atteignit les 35 km/h. Elle se réchauffera ensuite jusqu'à devenir brûlante. Des matériaux incandescents tombent sur la ville.

         Le lendemain matin, Armero était recouverte d'une dizaine de mètres de boue solidifiée. À l'ouest du Nevado del Ruiz, la ville de Chinchiná fut également durement éprouvée. On dénombra un total de 25 000 personnes à jamais enfouies vivantes.

Cartographie des lahars du 13 novembre 1985


Carte des lahars et des retombées pyroclastiques de l'éruption de 1985.
© Réalisation : Joël Boyer d'après un croquis de Claude Lesclingand.

 



Claude Lesclingand
d'après le bulletin scientifique SEAN
Article publié dans la revue L.A.V.E. n°1 (mars 1986)
et réactualisé en janvier 2010 pour le site L.A.V.E.