| Définitions
:
Dans l'esprit
général, il y a confusion entre les termes lave, magma et roche
volcanique. On assimile ainsi la lave au magma et roche volcanique
est souvent synonyme de basalte.
Pourtant, la réalité de la pétrographie des roches volcaniques
est beaucoup plus complexe. Issu des profondeurs du manteau,
le magma, mélange de roches et de gaz sous pression, remonte
en surface par différence de densité, sous forme de "poches magmatiques".
En géologie, on parle de diapirisme et ces "poches d'ascension"
se nomment des diapirs.
Deux
phénomènes peuvent alors se produire : -
Dans
le premier cas, un magma dit "basaltique", vient alimenter une chambre
magmatique et il se produit alors, soit des coulées de laves fluides à partir
d'un édifice volcanique, soit une extrusion (formation d'un dôme ou d'une aiguille
à partir de laves visqueuses). -
Dans
le second cas, un magma dit "granitique", s'infiltre dans les roches
environnantes sans pouvoir parvenir à la surface de la croûte terrestre, mais
en formant des massifs cristallins : c'est le phénomène
de l'intrusion. On
parle de roches magmatiques (synonyme : roches ignées) pour les matériaux issus
de ces deux cas de figures. Avec la famille des roches métamorphiques,
les roches magmatiques constituent le groupe des roches endogènes
(du grec endon, dans, et gennan, engendrer), car formées
totalement ou partiellement dans les entrailles de la Terre. En revanche, ce terme
ne s'applique pas aux roches sédimentaires, dites exogènes
(du grec exô, en dehors, et gennan, engendrer), car formées,
quant à elles, à la surface du globe terrestre. Classification
des roches magmatiques d'après leur composition minéralogique :
La
classification usuelle des roches magmatiques s'effectue en fonction des minéraux
contenus (quartz, feldspaths alcalins et plagioclases). On les divisent alors
en trois séries dites effusives, filoniennes et intrusives. Ces dernières
sont à leur tour découpées en fonction de leur teneur en
SiO2 pour devenir : - des
roches ultrabasiques, lorsqu'elles possèdent moins de 45% de SiO2,
- des roches basiques, lorsqu'elles ont un
rapport en SiO2 compris entre 45 et 52%,
- des
roches intermédiaires, lorsque le rapport SiO2 est compris
entre 52 et 66%,
- des roches acides, lorsque
le rapport en SiO2 dépasse 66%.
Il
existe néanmoins une exception à cette classification en fonction
du rapport en SiO2. Ce sont les roches alcalines, riches
en sodium et/ou en potassium.
-
les
roches magmatiques effusives (synonymes : roches extrusives,
roches volcaniques, laves ou vulcanites). Directement
issues du volcanisme, ces roches ont cristallisé
très rapidement à la surface terrestre. En
langage courant, ce sont les laves. Elles sont issues d'un
magma relativement fluide qui prend sa source dans les entrailles
de la Terre à une profondeur minimale de 40 kilomètres sous
les continents et de 10 kilomètres sous les océans. Selon
la classification décrite ci-dessus, elles se décomposent
en :
-
roches magmatiques
effusives ultrabasiques. On ne connaît dans cette catégorie
qu'une seule roche volcanique relativement rare provenant
de Sibérie : la meyméckite.
-
roches magmatiques
effusives basiques. Ce sont les roches de la série basaltique,
subdivisée en basaltes alcalins (absence de pyroxènes
et présence d'olivine) et en tholéiites (présence d'augite
et de pyroxènes avec verre dévitrifié ou quartz). Selon
leur composition minéralogique, ces basaltes deviennent
des océanites
ou des picrites (tholéiites ou basaltes alcalins ayant
plus de 50% d'olivine), des islandites (tholéiites à
plagioclases), des ankaramites (basaltes riches en pyroxènes),
des basaltes demi-deuil (basaltes à labradorite et augite),
des sakalavites (basaltes sans olivine mais avec au
moins 10% de quartz), des shoshonites ou des absarokites
(basaltes riches en potassium et en plagioclases), des
paléobasaltes (basaltes altérés
à pyroxènes, olivine, épidote, chlorite, calcite et
serpentine) ou des roches alcalines intermédiaires (syéno-gabbro
mieux connu sous la dénomination de "trachybasalte",
hawaïte, mugéarite, etnaïte, benmoréite). Les basaltes
correspondent généralement à un volcanisme de coulées
(rifts ou points chauds). La série basaltique représente
à peu près 90% des laves émises sur Terre. Ces laves,
très fluides, sont émises à des températures de l'ordre
de 1.100°C à 1.200°C. Vers 1.000°C, elles se solidifient
formant soit des coulées en blocs scoriacés (ou laves
"aa"), soit des laves cordées ou des "pahoehoe", soit
des formations prismatiques perpendiculaires aux coulées
(orgues basaltiques).
-
roches magmatiques
effusives alcalines et autres. Généralement assimilées
aux roches magmatiques effusives basiques, il s'agit
de la seule catégorie de roches magmatiques à ne pas
être classifiées en fonction de leur teneur en silicium,
mais en fonction de leur teneur en sodium et en potassium.
Parmi elles, on trouve les phonolites et une série
de roches très proches les unes des autres (les
néphélinites,
les leucitites,
les téphrites
et les basanites).
Dans cette classification, figurent également des roches
originales : ce sont les carbonatites.
Il s'agit, en fait, de roches magmatiques ultrafémiques,
qui appartiennent à la fois au monde des roches magmatiques
effusives et à celui des roches magmatiques intrusives.
Un seul volcan actif, fournit à ce jour ce type de laves,
riches en carbonates : il s'agit de l'Ol'Doyno Lengaï
en Tanzanie. Parmi les roches ultrafémiques, citons
également les mélilites.
-
roches magmatiques
effusives intermédiaires. Cette série comprend les laves
visqueuses, émises entre 700°C et 900°C. Ce sont les
andésites,
trachyandésites,
dacites, latites et
trachytes (voir aussi dômite).
Ces roches se trouvent généralement sur les zones de
volcanisme de subduction, donc sur des volcans de type
explosif. Ainsi, les andésites, proviennent de la fusion
d'éclogites ou d'amphibolites situées à une profondeur
variant entre 30 km et 100 km.
-
roches magmatiques
effusives sialiques ou acides. Ces roches sont émises
à une température d'environ 950°C à partir d'un magma
tholéiitique ou granitique : il s'agit alors de
porphyres et de rhyolites (avec ses variétés hyperalcalines
: pantéllérite et comendite). Entre également dans cette
classification, la série des obsidiennes,
rétinites et ponces.
-
les
roches magmatiques filoniennes (synonyme : roches hypoabyssales).
Ce sont des roches intermédiaires entre les roches
effusives et les roches intrusives. Elles se sont mises
en place à des profondeurs terrestres moyennes, sous
une pression magmatique suffisante permettant un dégazage
partiel et généralement une forte minéralisation.
Les roches filonniennes sont dites hypovolcaniques lorsqu'elles
s'apparentent aux roches effusives ou périplutoniques
lorsqu'elles se rapprochent des roches plutoniques. Elles
sont également classées en fonction de leur teneur en SiO2.
On distingue ainsi :
-
Les roches filoniennes
basiques qui comprennent la série doléritique (dolérites,
ophites, variolites, …),
les lamprophyres et les lamproïtes. La série doléritique
est généralement plus connue sous la dénomination de
roches dites "en peau de serpent" (en
raison de leur aspect ressemblant à des écailles de
reptiles : les ophites
pyrénéennes, par exemple) ou "roches vertes"
(en raison de leur couleur). Il convient également de
noter que les dolérites sont fréquemment appelées diabases.
-
Les roches filoniennes
intermédiaires qui se composent essentiellement des
microdiorites.
-
Les roches filoniennes
sialiques qui comprennent les porphyres granitiques,
les granophyres, les pegmatites
et les aplites. Ces roches, généralement fortement minéralisées,
sont souvent exploitées pour leur potentiel minier (uranium,
phosphates, …).
En
Corse ou dans les Hautes-Alpes, au contact d'anciens pillow-lavas
doléritiques et basaltiques, des roches se sont trouvées
métamorphisées. On les regroupe sous le terme général d'ophiolites
lorsqu'elles sont serpentinisées et de couleur verte, ou
de radiolarites, lorsqu'elles prennent une teinte rougeâtre.
Les véritables ophiolites sont des roches magmatiques (dolérites,
lamprophyres, diorites, péridotites, lherzolites, euphotides
et autres gabbros, …). Pourtant, par extension, ce
terme s'applique également à des roches métamorphiques ou
sédimentaires ayant été en contact avec la lave. Il s'agit
alors des amphibolites, éclogites, schistes à glaucophane,
chloritoschistes, prasinites, serpentinites et serpentine-roche
pour la partie métamorphisme ou de certaines ophicalcites
pour la partie sédimentaire.
-
les
roches magmatiques intrusives (synonyme : roches plutoniques).
Dans certains cas, un magma de forte viscosité, s'infiltre
au travers de roches existantes, mais ne peut aboutir en
surface. La pression empêche alors le dégazage et les roches
cristallisent lentement dans les entrailles de la Terre.
C'est le phénomène d'intrusion. Il se forme alors des massifs
cristallins plus ou moins gigantesques que l'on nomme, en
fonction de leur taille et de leur forme batholite,
laccolite, lopolite ou filon-couche. Les roches issues de
ce phénomène sont dites "intrusives" ou "plutoniques". Comme
les deux séries décrites précédemment,
elles sont ensuite décomposées en fonction de leur teneur
en SiO2.
-
Les roches magmatiques
intrusives ultrabasiques. C'est dans cette série que
l'on trouve, les roches intrusives de grandes profondeurs.
La moins connue est sans doute la pyroxénolite, à dominante
de pyroxènes, avec ses variétés websterites, diallagites,
ariégites, bronzitites, … Avec une composition
de près de 90% d'olivine, vient ensuite la dunite.
Les compositions variant entre 40% et 90% d'olivine
donnent les péridotites (péridotites à pyroxènes ou
werhlite, péridotites à orthopyroxènes ou harzburgite,
péridotites feldspathiques, péridotites à grenats, …).
Dans la famille des péridotites, on trouve également
les lherzolites, les cortlandites et la célèbre
kimberlite, connue pour sa richesse exceptionnelle
en diamants en Afrique du Sud ou en Yakoutie. Figure
également dans cette série la hornblendite,
roche riche en hornblende et proche des gabbros et diorites.
-
Les roches magmatiques
intrusives basiques. Cette série comprend essentiellement
les différentes formes du gabbro
(norite, euphotide,
troctolite, hypérite, microgabbro, gabbro
orbiculaire) ainsi que les syénites feldspathoïdes,
la labradorite et l'anorthosite. Certaines variétés
du gabbro sont classifiées en fonction de leur contenu
minéralogique. Si le gabbro contient de l'olivine, il
devient de la théralite. On parle aussi de teschénites
pour les gabbros comprenant de l'analcime ou d'essexites
pour les gabbros ayant une teneur en feldspaths alcalins
comprise entre 10 et 40%.
-
Les roches magmatiques
intrusives intermédiaires. On rencontre dans cette série
de roches, la granodiorite, la kentallénite, la monzonite,
la tonalite, ainsi que la diorite
et les syénites alcalines.
-
Les roches magmatiques
intrusives sialiques. Dans cette série, on trouve la
plus célèbre des roches magmatiques intrusives :
le granite.
Les granites sont classés en fonction de leur teneur
en feldspaths alcalins et en quartz. On parle de granites
alcalins lorsque la teneur en feldspaths est supérieure
à 90%, d'adamellites lorsqu'elle est comprise entre
33 et 65% et de monzonites quartziques lorsque la teneur
en quartz est comprise entre 5 et 20%. Les
granophyres et les aplites, classés parmi les roches
filoniennes font également partie de la famille des
granites.
Pour chaque roche intrusive, il existe une roche effusive
ou filonienne équivalente comme le montre le tableau
ci-dessous.
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Roches effusives ou filoniennes
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Roches intrusives
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Andésite
Basalte
et Dolérite
Dacite
Syéno-gabbro
(ou trachybasalte)
Latite
et Trachyandésite
Leucitite
Néphélinite
Rhyolite
Téphrite
Trachyte
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Diorite
Gabbro
Granodiorite
Kentallénite
Monzonite
Fergusite
Ijolite
Granite
Théralite
Syénite
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Classification
des roches magmatiques d'après leur genèse et leur composition chimique
: Entre
les années 1950 et 1970, s'est progressivement mise en place une deuxième
méthode de classification des roches magmatiques en fonction de leur origine
magmatique et de leur composition chimique. Trois grandes séries de roches
magmatiques (tholéiitique, calco-alcaline et alcaline) se sont ainsi différenciées
auxquelles on adjoint généralement deux séries intermédiaires
(shoshonite et transitionnelle).
-
La
série tholéiitique.
Elle s'applique aux roches qui se forment sur le volcanisme
de dorsales océaniques, ainsi qu'à quelques
cas de volcanismes continentaux ou d'arcs insulaires. Ces
roches sont sursaturées en SiO2
(teneur variant entre 45 et 70%), possèdent
une forte proportion d'Al2O3
(entre 12% et 19%) et, au contraire, une
faible quantité de potassium (K2O)
et de sodium (Na2O). La série
tholéiitique comprend les basaltes tholéiitiques,
les ferro-basaltes, les icelandites, les andésites basaltiques
ainsi que certaines laves de composition rhyolitique. Les
gabbros sont les équivalents intrusifs de cette série
ainsi que les dolérites pour les roches magmatiques
filoniennes.
-
La
série calco-alcaline. Cette
série dite également "série à hyperstène"
se subdivise en série calco-alcaline de marges continentales et en série
calco-alcaline d'arcs insulaires. Ces roches sont le fruit direct d'un volcanisme
de subduction et sont produites par la fusion de roches sédimentaires (argiles, grès, grauwackes, ...)
ou métamorphiques (amphibolites, éclogites, ...) lors
de l'enfoncement d'une plaque continentale sous une autre. La série calco-alcaline
est représentée en grande partie par des roches riches en silicium,
et plus particulièrement en quartz, soit les dacites, (entre 62% et 68% de SiO2)
et les rhyolites et ignimbrites rhyolitiques, d'une teneur supérieure à
68% de SiO2. Entrent également dans cette
série les andésites (teneur en SiO2 comprise
entre 53% et 62%), ainsi que des basaltes sursaturés en oxydes
d'aluminium (composition chimique en Al2O3
supérieure à 17% et teneur en SiO2 inférieure
à 53%). En outre, il semblerait qu'il existe une corrélation entre
la teneur en potassium de la série calco-alcaline et la profondeur du plan
de Benioff. En effet, le taux en K2O de ces roches augmente
avec la profondeur du plan. -
La
série alcaline. Cette série
est liée au volcanisme intracontinental et au volcanisme basaltique d'extension
(grabens et tous les cycles géologiques d'ouverture des océans).
Les roches de cette série ont une composition minéralogique à
base de feldspathoïdes (analcime, leucite, néphéline, mélilite,
sodalite, noséane et haüyne). Elles sont également classées
en fonction d'un rapport aluminium/silicium et d'un rapport sodium/potassium définissant
une séquence sodique (Na / K > 1) et une séquence
potassique (Na / K < 1). La série alcaline comprend
les basanites, les basaltes alcalins, les hawaites, les mugéarites, les
benmoréites, les néphélinites, les leucitites, les mélilitites,
les trachy-andésites, les trachytes et les phonolites. Selon cette classification,
s'apparentent également à cette série, deux roches un peu
particulières, liées à un volcanisme intracontinental de
dykes ou à base de carbonates. Ce sont les kimberlites et les carbonatites. -
La série
shoshonitique. Les roches composant
cette série ne sont pas à ce jour clairement définies. Néanmoins,
elles sont proches de la série calco-alcaline, mais elles en diffèrent
par une très forte teneur en potassium ; le rapport chimique
K2O/Na2O de ces roches est proche
de 1. Les autres éléments minéralogiques de ces roches sont
variables mais avec toujours une présence de feldspaths potassiques, de
plagioclases, de clinopyroxènes et d'olivine auxquels viennent s'ajouter
comme minéraux secondaires des orthopyroxènes, des feldspathoïdes
ou des micas riches en fer et en potassium (biotite ou phlogopite).
Sont considérées comme faisant partie de cette série, les
absarokites (teneur en SiO2 inférieure à 50%),
les shoshonites (teneur en SiO2 comprise entre 50% et
57%) et les latites (teneur en SiO2 > 57%). -
La série
transitionnelle. Il s'agit de laves
intermédiaires entre la série alcaline et la série tholéiitique.
Pour être classées dans cette catégorie, la roche doit répondre
à la formule mathématique : (Na + K) / Al > 1
(teneur en sodium et potassium supérieure à la teneur en alumines)
et posséder des silicates pauvres en calcium (amphiboles alcalines et/ou
pyroxènes alcalins). Font ainsi partie de cette série pétrographique,
les ferro-basaltes, les basaltes à olivine et hypersthène et les
basaltes à andésine. Cependant, les roches les plus connues de cette
série sont, sans aucun doute, les pantéllérites et les comendites
de l'île de Pantelleria en Italie. Pour répondre au critère
(Na + K) / Al > 1, la composition minéralogique
des pantéllérites de cette île est la suivante : anorthose,
cossyrite (variété d'aenigmatite titanifère), fayalite, hédenbergite
et olivine dans une pâte à base de quartz et de feldspaths.
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