PHOTO & Volcans


Photo numérique
et images de volcans

Depuis plusieurs mois, le monde de la photographie est en train de connaître l'un des plus grands chamboulements de son histoire. La venue de la technologie numérique entraîne une révolution identique à l'arrivée de la couleur à une époque qui ne connaissait que les tirages en noir et blanc.

Depuis plusieurs années déjà, les caméscopes ont délogé les caméras Super 8 et autres 16 mm, en donnant des résultats globalement satisfaisants.
Pourtant, s'agissant du monde des volcans, certains problèmes apparaissent au niveau de la restitution des couleurs.
Les vidéos réalisées de jour rivalisent en qualité avec leurs homologues d'autrefois. Les réalisations de nos adhérents n'ont rien à envier aux films de Maurice Krafft, comme nous avons pu le constater lors du dernier festival de Villejuif.
Par contre, de nuit, l'affaire se corse ! Les vidéos présentent le grave défaut de blanchir la lave là où la pellicule restituait fidèlement les couleurs, le jaune en particulier. Quoi de plus désagréable que de voir neiger sur le Stromboli ou le Yasur ?

Un problème identique affecte le monde de la photographie. Les appareils nouvelle génération, qu'ils s'appellent compacts, photoscopes ou reflex numériques éprouvent tous la même difficulté à restituer avec fidélité les couleurs superbes de la lave en fusion pendant la nuit. Il suffit de feuilleter les catalogues spécialisés dans les voyages sur les volcans pour se rendre compte du phénomène. On reconnaît facilement les photos réalisées avec un matériel argentique et celles obtenues avec des appareils numériques. Dans les premières, les couleurs chaudes des explosions et des coulées sont agréables à regarder. Dans les autres, le blanc remplace le jaune et le rouge prend une teinte délavée.
Bien sûr, on peut corriger - au moins en partie - ce défaut avec des logiciels de retouche, mais c'est un travail long et fastidieux qui ne donne que partiellement satisfaction. Et puis, une photo retouchée n'est plus une photo qui, par définition est le rendu instantané d'un moment précis ; elle devient une image qui, aux yeux des puristes, n'a plus qu'une valeur relative.

Quoi qu'il en soit, il faudra accepter la médiocrité des photos de nuit sur les volcans puisque le monde de la photo argentique est en train de vivre ses dernières années, voire ses derniers mois. La firme Nikon vient d'annoncer qu'elle arrêtait ses chaînes de fabrication de reflex argentiques et il est fort à parier que les autres marques vont suivre la même voie. Ceux qui ont religieusement conservé leurs appareils photo argentiques vont rapidement se trouver dans une impasse eux aussi dans la mesure où les fabricants de pellicules (Kodak ou Fuji entre autres) se tournent vers le numérique qui permet de réaliser de gros profits.

Le numérique séduit actuellement beaucoup de gens. Il est vrai que la commodité de prise de vue est fantastique. On peut jongler avec les sensibilités, mitrailler et effacer à volonté, et même effectuer soi-même sur papier des tirages de qualité (ce qui va entraîner à plus ou moins long terme la mort des petits laboratoires photo).
Cependant, le numérique suscite un certain nombre de questions concernant, entre autres, la durée de conservation des documents, que ce soit sur disque (CD, DVD dont la durée de vie est encore inconnue) ou sur papier.
Pour nous autres passionnés de volcanologie, le problème le plus important concerne le matériel et plus particulièrement les capteurs, clés de voûte de la prise de vue numérique. Ces petites choses sont extrêmement fragiles et hyper sensibles à l'oxydation. A l'heure actuelle, les fabricants voient affluer nombre de produits (caméscopes et appareils photo) dont le capteur a rendu l'âme, souvent détruit par la simple oxydation due à l'air ambiant. Une (longue !) liste des appareils concernés est d'ailleurs accessible en ce moment dans les principales revues photo. On est en droit de se demander quelle sera la durée de vie d'un matériel qui aura traversé des zones de fumerolles ou de gaz volcaniques riches en SO2 ! Sans coque de protection, bonjour les dégâts !

On peut conclure avec la projection numérique qui soulève elle aussi un certain nombre de problèmes et de questions. Une chaîne de projection (ordinateur, vidéo-projecteur, écran) digne de ce nom, coûte très cher et il faut bien reconnaître qu'on est encore loin - du moins en photographie - de la qualité et de la finesse de la projection des diapositives. De bons logiciels de montage de diaporamas existent sur le marché, mais il faut investir une somme importante dans un vidéo-projecteur professionnel pour obtenir des images correctes où la trame n'est pas gênante. Gageons que la disparition de l'argentique va contraindre les fabricants de matériel à s'engager dans ce créneau en passe d'être rentable lui aussi.



  
 
Claude Grandpey - LAVE